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A Madagascar, le ricin pour lutter contre la faim

Mercredi 7 Janvier 2015

Plantation de ricin à Ambory, village de la région de l'Androy, dans le sud de Madagascar. / www.madaplus.info
Plantation de ricin à Ambory, village de la région de l'Androy, dans le sud de Madagascar. / www.madaplus.info
Au centre d’Ambory, village composé de quelques cases en bois et feuilles de sisal, dans la région de l’Androy, à l’extrême sud de Madagascar, les hommes sont rassemblés à l’ombre d’un des rares arbres. En retrait, les femmes, entourées de leurs plus jeunes enfants, forment un cercle autour d’une natte sur laquelle elles trient les graines.

Fanahia, 40 ans, le chef du village, se lève. D’un air résigné, il montre un premier champ de maïs qui dépérit… La récolte aurait dû avoir lieu en octobre, mais les plants ont manqué d’eau et n’ont grandi que de 50 centimètres. Ici, la pluviométrie n’excède jamais plus de 600 millimètres par an et des vents secs balayent fréquemment les sols, absorbant le peu d’humidité qu’ils contiennent. Alors que le changement climatique accentue les cyclones dans le nord du pays, dans le sud il aggrave la sécheresse.

Pour cultiver ce demi-hectare, Fanahia a dépensé 10 gobelets de semis, soit 20 000 ariarys (6,40 euros).Une grosse perte : le revenu moyen annuel d’un paysan du sud ne dépasse pas 620 000 ariarys (200 euros). L’insécurité alimentaire touche 8 millions de Malgaches, 36 % de la population, et, en Androy, région la plus affectée, 600 000 personnes, soit 83 % de la population régionale, sont affectées.

Source de revenus.
Passé ce champ de maïs, le visage de Fanahia s’éclaire lorsqu’il s’arrête devant les plantations de ricin dont les gousses, gorgées de graines, ne demandent qu’à être récoltées. En 2013, une vingtaine de paysans du village a décidé de relancer, avec l’aide du GIZ, une agence allemande de coopération internationale, la culture de cette plante dont on extrait de l’huile pour la pharmacie, la cosmétique et l’industrie.

Il y a soixante-dix ans, le ricin faisait la renommée d’Androy. « Madagascar était l’un des plus grands exportateurs au cours de la période coloniale », rappelle Claudia Maier, responsable de projet du GIZ, qui tente de développer des activités génératrices de revenus pour lutter contre l’insécurité alimentaire. « Le ricin est une plante adaptée à la sécheresse et aux sols pauvres en minéraux. Ses graines se récoltant en octobre-novembre, il offre l’avantage d’une source de revenus pendant la période de soudure. »

Une période où la population, faute de récoltes suffisantes, est souvent réduite à des stratégies de survie, allant jusqu’à consommer des graines servant de semences, hypothéquant ainsi les prochaines cultures. Mais, aujourd’hui, grâce aux revenus issus de la vente des graines de ricin, les villageois d’Ambory peuvent, durant cette période délicate, s’acheter au marché des aliments de base (riz, manioc, haricots) et même des poules, des dindes, des chèvres.

«Avec le ricin, nous avons doublé notre surface de production», se félicite Fanahia. La coopération avec le GIZ leur a permis d’améliorer leurs techniques culturales et d’acquérir des semences sous forme d’avance, qu’ils rembourseront avec des graines. Jusqu’ici, les villageois ne cultivaient guère que du sorgho et du niébé pour leur propre consommation.

L’insécurité alimentaire touche 8 millions de Malgaches : 36 % de la population.
Durant la première année de son programme sur la relance du ricin, qui vise à sortir de l’insécurité alimentaire 6 000 ménages (quelque 30 000 personnes) dans l’Androy, le GIZ a eu recours à des semis hybrides importés. En 2015, les paysans pourront acheter une autre variété de semis qu’ils réutiliseront sur plusieurs cycles de culture. Le GIZ a travaillé avec le Groupe de recherches et d’échanges technologiques (GRET), une ONG française, qui a mis au point un dispositif de production et de distribution de « semences locales ».

« Les semences locales sont adaptées aux contraintes locales de sol, de climat et de parasites, précise Fabrice Lhériteau, du GRET. Présentant une grande diversité génétique, elles sont robustes et peuvent être réutilisées de nombreuses fois. » Autant d’avantages décisifs sur les semences conventionnelles dont les protocoles de production sont quasiment impossibles à respecter dans le contexte malgache. « Celles-ci dégénèrent très rapidement et exigent un volume d’eau, d’engrais, de pesticides que les paysans malgaches n’ont pas les moyens d’avoir », insiste Fabrice Lhériteau, dont l’organisme a sélectionné deux variétés de ricin très résistantes à la sécheresse et offrant une productivité sensiblement plus importante que les autres espèces locales – 700 kg de graines par hectare contre 250 kg.

Des débouchés assurés.
Avant de lancer la production, le GIZ s’est assuré de trouver des débouchés pour les récoltes à venir. « Notre objectif est de créer pour les cultivateurs une source sûre de revenus. Nous nous attachons pour cela à développer des chaînes de valeur, en rapprochant les producteurs d’acheteurs », explique Claudia Maier. L’agence allemande travaille ainsi avec deux entreprises locales : Philéol, qui vend de l’huile de ricin sur le marché français comme lubrifiant industriel et composant de peinture, et Taza, qui produit des huiles médicales et cosmétiques pour le marché régional et national.

Cette nouvelle source de revenus commence déjà à devenir visible à Ambory : cinq téléphones portables et quatre vélos ont fait leur apparition dans le village. Retoboha, 30 ans, a désormais les moyens d’envoyer ses quatre enfants à l’école. Il s’est aussi acheté quelques poules dont il compte vendre la progéniture au marché. « Et aussi, ajoute-t-il avec fierté, un premier zébu. » Un animal d’une grande valeur symbolique à Madagascar et, pour Retoboha, un premier signe extérieur de richesse.

Source : lemonde.fr
N.R.

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