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Attentat de Nice: notre communauté touchée de plein fouet.

Lundi 18 Juillet 2016

Depuis jeudi soir, Bruno Razafitrimo tente de réconforter ses deux fils qui ont perdu leur mère. Heli, la tante de Mino, a été blessée à la jambe, lors de l’attentat et Andria, la cousine, en est sortie indemne. (LP/Philippe de Poulpiquet.)
Depuis jeudi soir, Bruno Razafitrimo tente de réconforter ses deux fils qui ont perdu leur mère. Heli, la tante de Mino, a été blessée à la jambe, lors de l’attentat et Andria, la cousine, en est sortie indemne. (LP/Philippe de Poulpiquet.)
Parmi les quatre vingt-quatre morts de l'attentat à Nice deux malgaches y figurent, quatre autres se trouvent dans un état critique, dont un enfant de cinq ans évacué dans un hôpital à Monaco.
Ce 14 juillet meurtrier a touché de plein fouet notre communauté, une jeune maman de 31 ans, Mino Razafitrimo, née Rakotomalala, mère de deux enfants y a perdu la vie.

Le Parisien rencontre sa famille déchirée par la douleur.

Un hématomeviolacé gonfle encore un de ses genoux, séquelle de ce 14 Juillet d'horreur. Mais ce qui frappe le plus, c'est ce regard éperdu de tristesse, dans les yeux fatigués de cet enfant de 4 ans. Il s'appelle Andrew, et jeudi soir un inconnu au volant d'un camion fou lui a arraché sa mère Mino Razafitrimo, 31 ans, et son meilleur ami, morts à quelques mètres de lui. Une tragédie que sa famille peine à expliquer à ce petit bonhomme, pour qui l'irrémédiable, à cet âge, ne peut avoir de sens.

Autour de lui, sa cousine, ses tantes, son père Bruno Razafitrimo et son grand frère Amaury, du haut de ses 6 ans, tentent, avec une dignité qui force le respect, de l'entourer. « Nous sommes allés voir les psychologues hier et aujourd'hui, et on y retournera autant qu'il le faudra », insiste Bruno. Après les avoir rencontrés, Amaury a « beaucoup pleuré ». « Il a compris, je crois », analyse Andria, 25 ans, le regardant s'échapper avec son frère et ses cousins pour jouer dans la cour de l'immeuble. Pour elle, Mino était plus qu'une cousine. « C'était comme ma soeur, dit-elle, et je ne l'avais pas vue depuis trois ans... » Elle aussi l'a vue s'éteindre, sur cette maudite promenade des Anglais. Le souffle coupé, elle raconte ce 19 t qui surgit « comme un ouragan », cette « seconde d'hésitation : fallait-il aller à droite ou à gauche ? » qui a peut-être coûté la vie à Mino, ce « miracle » d'avoir été épargnée et cette culpabilité diffuse d'être encore en vie. « Moi, je n'ai pas d'enfants, je n'avais rien à perdre », sanglote-t-elle.

« Amaury s'est approché de sa maman, il a ramassé ses affaires. Son sac était couvert de sang, il ne voulait plus le lâcher. » ANDRIA

La jambe enserrée dans une attelle pour maintenir sa rotule douloureuse, Heli, 45 ans, la tante de Mino, n'en dort plus. « Le pneu du camion m'a frôlée. Je revois ma nièce et je me dis, pourquoi elle et pas moi ? C'est à cause de nous, si nous n'étions pas venus en vacances, peut-être que rien ne serait arrivé », pleure-t-elle inlassablement. Et puis, les deux femmes décrivent l'interminable attente, les pleurs, la panique générale et les secours, débordés, qui passent sans s'arrêter. « Andria m'a appelée en larmes, elle parlait d'un camion qui les avait renversées, de Mino, qui avait du sang partout à la tête... » reprend Bruno, qui travaillait près d'Aix-en-Provence au moment de l'attentat. « D'émotion, je me suis mis à saigner du nez », dit-il sobrement. « Amaury s'est approché de sa maman, reprend Andria, il a ramassé ses affaires. Son sac couvert de sang, mais il ne voulait plus le lâcher. »

A l'hôpital Lenval, un scanner viendra confirmer le décès de la jeune maman. « Je suis arrivé à 5 h 30. Quand j'ai vu que c'était un psychologue qui s'avançait vers moi, j'ai compris », poursuit son époux. Il a alors fallu prévenir ses beaux-parents, à Madagascar, mais aussi mettre des mots sur ce drame, pour les enfants. « Andrew m'a dit : Papa, maman a été écrasée par un camion. Ça veut dire qu'elle est au ciel ? » raconte Bruno, pudiquement.


Mino et Bruno posent sur la promenade des Anglais, lors de leur mariage en 2009. (DR)
Mino et Bruno posent sur la promenade des Anglais, lors de leur mariage en 2009. (DR)
Originaires d'Antananarivo, c'est à Vichy (Allier), lors d'une rencontre de la communauté malgache, en 2004, que Mino et Bruno avaient eu le coup de foudre. « Tu te souviens, sourit alors Cicia, la grande soeur de Mino. C'est moi qui vous ai présentés. Ils ont discuté toute la soirée et à la fin, ils étaient introuvables... ! » rit-elle, évoquant cette soeur « discrète », « généreuse », « si studieuse ». Mino, titulaire de deux bacs, l'un français, l'autre malgache, arrivée en France à 17 ans pour étudier, titulaire d'un master, employée comme assistante en communication, et qui « s'enfermait pour lire pendant des heures », sourit Bruno. En 2009, un mariage était venu sceller cette union. Cicia, le coeur brisé, montre l'un des clichés de ce jour heureux. On y voit les deux époux, rayonnant de bonheur. Derrière eux, la mer. Ils posent sur la promenade des Anglais.

L'Equipe Madaplus présente ses sincères condoléances à la famille Razafitrimo ainsi qu'à tous les victimes de cet acte odieux.
N.R.

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