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COP21 : à Madagascar, des paysans sur la voie de la résilience

Jeudi 3 Décembre 2015

Sur l'île déjà frappée par le changement climatique, le collectif ICPM invente des solutions pour la population locale. À la COP21, il les donne en partage.

Pour avoir sa place dans le hall des observateurs et des expositions de la COP21 au Bourget, l'Initiative commune de plaidoyer pour la réduction des risques de catastrophes à Madagascar (ICPM) a dû faire des pieds et des mains, et accepter de partager son emplacement avec une autre organisation. Mais qu'importe la taille du bout de stand qui lui a été alloué, ce collectif d'associations, d'ONG - parmi lesquelles de grands noms, comme Médecins du monde, la Croix-Rouge malgache - et d'agences des Nations unies entend bien faire passer son message. Face au changement climatique, dans lequel la cinquième plus grande île du monde est déjà entrée de plain-pied, la résilience - cette capacité à rebondir plus haut à l'issue d'une épreuve - est possible, y compris pour les communautés rurales les plus pauvres, si l'on veut bien s'y employer.

Toujours plus de cyclones et la famine qui guette

« Pour nous, à Madagascar, le changement climatique est déjà une réalité. De janvier à mars, en particulier sur la côte est, les cyclones et leurs corollaires, les inondations, sont de plus en plus nombreux et, dans le sud de l'île où le climat est aride, les sécheresses sont de plus en plus sévères. Or, qui dit inondation dit famine, et qui dit sécheresse dit famine également », explique Sylvie Razafindrabe, responsable de l'ICPM. À « Mada », croiser les doigts dans l'espoir que les dirigeants du monde parviennent à se mettre d'accord pour limiter le réchauffement climatique à moins de 2 degrés ne peut déjà plus suffire. L'Initiative commune de plaidoyer pour la réduction des risques de catastrophes à Madagascar, née en 2010, s'emploie, elle, à imaginer des solutions et à les tester, pour commencer, auprès des populations locales de deux régions, Vatovavy-Fitovinany et Atsimo-Atsinanana.

« Le problème majeur dans ces zones côtières de l'est de l'île était qu'avec les inondations, consécutives au passage des cyclones, le riz traditionnellement récolté au mois de mars pourrissait de plus en plus souvent sur pied, laissant les paysans sans le moindre moyen de subsistance puisqu'il constitue la base de leur alimentation », explique Sylvie Razafindrabe. Alors, pour sortir de l'impasse, les membres de l'ICPM ont imaginé de nouvelles pratiques et sont allés convaincre les paysans. D'abord, des architectes ont été envoyés sur place pour enseigner aux villageois la manière de construire, avec les matériaux à leur disposition, des abris anticycloniques pour eux-mêmes et des barrages aux abords du fleuve pour protéger et même étendre leurs terres cultivables. Ensuite, la récolte du riz a été avancée à décembre, de manière à pouvoir être mise à l'abri, avant le pic cyclonique de janvier-février.

Sous le contrôle de l'ICPM, des membres de la communauté ont également été élus afin de jouer un rôle bien précis à l'approche d'une catastrophe signalée, comme mettre les vivres en sécurité ou bien savoir en permanence dans quel foyer se trouvent les femmes enceintes et les personnes âgées susceptibles d'avoir besoin d'assistance. « L'objectif est de leur donner les moyens de faire face par eux-mêmes, de ne plus tant dépendre d'une aide extérieure qui peut tarder à arriver. Et ça marche ! » explique la jeune porte-parole, une ancienne journaliste reconvertie dans la défense d'une initiative à laquelle elle croit dur comme fer.

De l'adaptation à la résilience

Mais ce n'est pas tout. Pour aller plus loin, le collectif encourage l'introduction de nouvelles cultures telles que l'igname, présente dans la forêt, mais qui n'était jusqu'ici ni cultivée ni même consommée par la population. « Or, ce tubercule a un double avantage. Il est riche nutritionnellement et il ne craint pas l'eau. En cas d'inondation, il continue sa croissance comme si de rien n'était. Ainsi, si le riz vient à être perdu, l'igname, elle, est toujours là. » Ajouter à cela des plants de caféier, de poivrier et de giroflier, et ces villageois auront même quelque chose à vendre !

Sylvie Razafindrabe se souvient de cette femme dont le mari n'était pas du tout convaincu à l'idée de se lancer dans la culture de l'igname. Elle la revoit creusant seule le trou d'un mètre cube nécessaire à l'expérience. « Aujourd'hui, ce couple, grâce à la vente d'igname, a pu s'acheter deux bœufs. Une richesse incroyable pour eux. Aujourd'hui, ils sont ravis tous les deux, et le mari a toujours beaucoup de choses à nous dire », confie-t-elle dans un rire. Elle pense aussi à Victorine, cette veuve et mère de huit enfants, qui, en acceptant de modifier ses méthodes de culture du riz, a non seulement quitté une vie de misère, mais parvient aussi finalement à envoyer ses enfants à l'école, à l'exception de son fils aîné qui l'aide dans la rizière.

Toute l'année, Sylvie Razafindrabe sillonne désormais la côte pour voir l'avancement des opérations et les résultats obtenus. « J'ai besoin de voir ça de près pour garder le feu. J'adore mon nouveau métier parce que je vois que ça change vraiment, concrètement, la vie des gens. Ce n'est pas du blabla. Et ce qui est fantastique, c'est qu'au début nous devions batailler pour convaincre les gens. Aujourd'hui, comme ils savent que cela a fonctionné ailleurs, c'est le plus souvent eux qui nous demandent de venir, voire qui se lancent seuls dans l'aventure ! »

Source ; LePoint.fr

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