Interviews

Commémoration du 70è Anniversaire de l'Insurrection Malgache de 1947 à la Sorbonne, Paris IV

Dimanche 5 Mars 2017

Interview de Rakotoniaina Béarisoa, chercheur associé au Centre Roland Mousnier à la Sorbonne, Paris IV



RLH: Mr Rakotoniaina Béarisoa, qui êtes-vous et pourquoi raviver cet épisode sanglant de notre histoire, justement ici en France ?

RB : Il est important pour nous, mais aussi pour la jeune génération de connaître notre histoire.
Par ailleurs, mon métier me pousse également à en parler.
Je suis historien, enseignant au Département de sociologie de l’Université d’Antananarivo, et chercheur associé au Centre Roland Mousnier de l’Université Paris-Sorbonne (Paris IV),

RLH Ne craignez-vous pas d'exacerber ce sentiment anti-français qui est fort tangible sur les réseaux sociaux ?

RB D’une manière générale, j’ai aperçu, surtout ces deux dernières décennies, un sentiment anti-français dans le discours public tant à Madagascar qu’au sein de la communauté malgache d’Andafy. La cause de cette situation ne fait pas l’objet de cette interview et cette constatation n’engage que moi-même. De plus la cicatrice laissée par la période sombre de 1947 à 1948 est encore béante.

RLH Alors pourquoi organiser ce colloque ?

RB Nous attirons l’attention de ceux qui suivent cette discussion que l’histoire constitue un élément de réflexion en vue d’analyser la situation actuelle et de mieux rebondir vers un avenir meilleur.

RLH Ne dit-on pas "Connais ton passé pour appréhender l'avenir ". Pouvez-vous nous donner des exemples qui étayent cette citation ?

RBC’est dans cette optique que l’histoire de la France et de l’Allemagne nous livre un bon exemple. L’hostilité entre ces deux pays durant la Seconde Guerre mondiale n’est plus à démontrer. On enregistre plus de 600 000 et plus de 7 millions de nombre des morts respectivement pour la France et pour l’Allemagne.
Des milliers de villes européennes n'ont plus été que ruines et cendres, et la plupart des équipements industriels, ferroviaires, routiers ont été anéantis.
La France et l’Allemagne sont unanimes ; l’histoire est là pour apprendre des leçons du passé pour améliorer l’avenir.

RLH Concrètement, comment se traduit cette intégration du passé dans l'avenir ?

RB Ces deux pays substituent la solidarité d’intérêt à la rivalité et à la rancœur. Dès 1951, ils lancent avec les Pays-Bas, l’Italie, la Belgique et le Luxembourg la base de la Communauté européenne.

RLH Et vous pensez que cette vision est transposable également en ce qui concerne la France et Madagascar ?

RB C’est exactement la même topographie que les Malgaches et les Français devraient adopter.

Photo du Centre des Archives d'Aix-en Provence
Photo du Centre des Archives d'Aix-en Provence
RLH En somme guerre et paix, tout est question d'intérêt économique ?

RB Justement, le thème de ce colloque organis é à la Sorbonne le 31 mars prochain est «Economie et Insurrection malgache de mars 1947 ».

RLH Qui sont les intervenants à ce colloque ?

Des historiens et chercheurs venant des Universités malgaches (Antananarivo, Toliara et Mahajanga) et françaises (Cergy-Pontoise, Panthéon-Sorbonne, Paris-Sorbonne, Paris-Descartes, Savoie et Rouen) présenteront les résultats de leurs recherches.

RLH Le sujet est dense, quels sont les axes qui y seront développés ?

RB Les axes développés portent sur les problématiques de la décolonisation, de l’insurrection et de l’évolution économique couvrant la période de l’après guerre mondiale (1945) à la veille de l’indépendance de Madagascar (1958). L'accent sera mis sur l'économie.

RLH C'est un angle d'approche autre que celui auquel on s'attend lorsqu'on parle de l'Insurrection de Mars 1947

RB En ce qui concerne le contenu, en abordant le thème sur l’insurrection de mars 1947, l’accent sera mis sur l’économie : contexte, concept, orientation et évolution économique. Très souvent les chercheurs parlent de cette insurrection suivant l’angle politique. Ce qui est d’ailleurs très intéressant. Mais la diversification de l’approche ne fait qu’enrichir l’historiographie de Madagascar. Elle ouvre d’autres champs de recherche.

RLH Pourquoi l'organiser à la Sorbonne plutôt que dans l'Est de Madagascar, où ces évènements marquent encore les esprits ?

RB L'organisation de ce colloque à la Sorbonne est non seulement une façon de donner une dimension internationale à la commémoration des évènements de 1947, mais c'est surtout une occasion pour la nouvelle génération malgache de France de mieux connaître l’histoire de la Grande Ile, de Madagascar, et de ses rapports avec la France.

La Sorbonne Centre Roland Mousnier
La Sorbonne Centre Roland Mousnier
RLH Quel message voulez-vous transmettre aux malgaches en général et à la jeune génération ?

RB Il est temps de renouer les relations fraternelles et d’envisager une coopération franche et mutuelle. Pour les Malgaches, la prise de conscience sur le développement du pays est particulièrement de mise.

RLH Bien souvent, on attribue les maux de Madagascar au résultat de la colonisation, qu'en pensez-vous ?

RB Désigner la colonisation comme source principale de notre pauvreté ne tient plus la route. Avec 56 ans d’indépendance, les Malgaches sont les seuls maîtres à bord du destin de la Grande Ile.

RLH La colonisation représente cependant un pan non négligeable de notre histoire ?

RB La colonisation en général et l’insurrection de mars 1947 en particulier ne sont qu’un point d’ancrage dans notre histoire, un repère historique sur lequel les Malgaches doivent bâtir le présent et le futur. Il faut bien sûr un devoir de mémoire et en même temps construire une nouvelle société débarrassée du complexe du colonisé.

RLH Mr Rakotoniaina Béarisoa, le mot de la fin, que souhaitez-vous transmettre à la Diaspora ?

RB Les organisateurs de ce colloque lancent un appel à toutes les forces vives de la diaspora, afin de marquer l’anniversaire de cette insurrection à travers leurs actions respectives dans la dignité et dans la culture de la paix. Nous invitons surtout les jeunes à assister et à participer à cette rencontre scientifique à la Sorbonne.
Nous invitons tous les participants à une collation gratuite afin d’optimiser cette journée exceptionnelle.
Nous tenons à remercier Madaplus qui fait connaître cet événement exceptionnel.

Attention ! Le plan Vigipirate oblige, l’inscription reste obligatoire et selon les places disponibles. Contact : 0612126601 (Printsy).
Lala Haingo Rajaoarisoa


1.Posté par Rakotomiarimanana le 14/03/2017 15:07 (depuis mobile)
L histoire fait partie de l identité, point de départ de tout projet.
N oublions pas cette partie de l histoire de Madagascar ou des milliers de Malagasy ont donné leurs âmes pour leur patrie. En leur honneur cette conférence est labienvenu. Merci

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