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Elections malgaches : Ulrich Hochschild "Certains acteurs ont déclenché une situation incontrôlable"

Dimanche 2 Juin 2013

Elections malgaches : Ulrich Hochschild "Certains acteurs ont déclenché une situation incontrôlable"
Le chargé d’affaires allemand estime que la population malgache doit s’exprimer le plus tôt possible pour arbitrer la crise. L’Allemagne souhaite que l’élection présidentielle ait lieu à la date prévue. (source : lexpressmada.com)

• Quelle est la position de la Communauté internationale par rapport à la volonté de certains acteurs politiques de reporter l’élection ?

- Notre position n’est pas encore bouclée. Nous attendons la réaction de la CENIT concernant la date de l’élection avant de décider. Nous ne voulons pas interférer dans les affaires malgaches. Il appartient à la CENIT de trancher sur cela.

• À un certain moment, il a été question de suspendre le financement du processus électoral par l’Union européenne …

- Une telle suspension n’a jamais existé. Je peux le dire très clairement parce que l’Allemagne n’a été ni impliquée ni consultée dans une telle décision. Je ne sais pas comment cela a pu être publié dans les médias. Mais le représentant de l’Union européenne l’a démenti. Il a expliqué qu’il y a eu un malentendu.

• Mais la menace d’une suspension n’existe-t-elle pas ?

- Pour l’instant, il n’y a pas de suspension. Cela pourrait peut-être arriver lorsque certaines conditions ne sont plus acceptables pour nous. Personne ne peut exclure l’éventualité d’une suspension, mais personne n’a intérêt à le faire sans raison.

• Dans les conditions politiques actuelles, est-il question de suspendre le financement ?

- Nous attendons. Pour le moment, nous ne savons même pas quand l’élection va avoir lieu. La date est en discussion, si j’en crois les journaux. Pour le moment, il n’y a pas de discussion sur une éventuelle suspension du financement. Nous pourrions en discuter sur la base des décisions qui vont être prises. J’ai lu qu’il y a un conclave ce week-end, et que cela ne se terminera pas tant qu’il n’y a pas de conclusion positive. C’est ce que nous attendons.

• Quelles seraient les conditions qui pourraient amener à une suspension du financement du processus électoral ?

- Il faut, quand-même, avoir une certaine sécurité pour nos observateurs. Si la situation sécuritaire ne permet pas la tenue de l’élection, nous pourrions suspendre le financement. Nous ne pouvons pas envoyer des gens courir des risques.

• Pensez-vous que la candidature de Lalao Ravalo­manana, Didier Ratsiraka et Andry Rajoelina soit de nature à mettre en danger l’élection ?

- Je sais que pratiquement tout le monde, des Malgaches mais aussi la Communauté internationale, déplore la fameuse décision de la CES (Cour électorale spéciale – ndlr sur la liste des candidats). Mais on ne peut plus écarter cette décision. Il faut respecter la loi en vigueur.

• Pensez-vous alors que l’élection doit toujours avoir lieu même si les crois candidats continuent d’y participer ?

- Ce sont les Malgaches qui ont le droit de décider de celui ou celle qui sera leur Président. Mais la Commu­nauté internationale n’est pas obligée de reconnaître tout le monde. Je désapprouve le verdict de la CES mais il me faut le respecter. Nous espérons encore, néanmoins, que les trois retirent leur candidature.

• Mais ce n’est pas permis par la loi ?

- Il y a toujours une possibilité de retirer une candidature. Ils seront peut-être sur le bulletin unique mais ils peuvent dire ensuite qu’ils n’accepteraient pas d’être élus. Un retrait de facto reste possible. Mais pour le moment, ils sont candidats, et il faut le respecter.

• Que pensez-vous de ces manifestations qui reprochent à la Communauté internationale de remettre en cause la candidature de ces trois candidats ?

- C’est le droit, légal et légitime, des Malgaches de déterminer qui sera leur Président et personne de l’extérieur ne doit s’immiscer. Mais c’est aussi un droit de la Communauté internationale de dire si elle doit reconnaître ou pas ceux qui sont élus. Mais cette non-reconnaissance ne doit pas se faire au détriment de la population. Il s’agit juste de cibler quelques personnes. Et ce n’est un secret pour personne, la Communauté internationale discute actuellement de sanctions ciblées contre certains individus. Ce n’est pas une immixtion. L’immixtion, c’est lorsque la Communauté internationale s’immisce dans la campagne électorale et appelle à voter pour Untel ou Untel. Et cela n’est pas du tout le cas.

• Mais le fait de dire que vous ne reconnaîtrez pas un candidat s’il était élu n’est-il pas déjà une manière de faire campagne pour qu’un tel candidat ne le soit pas ?

- C’est l’Union africaine qui l’a déclaré, et elle a été suivie en cela par la Commu­nauté internationale. C’est leur choix légitime. C’est fair-play de leur part de dire cela avant et pas après l’élection. Il y a derrière cette position un respect des Malgaches. L’électeur malgache doit savoir ce qui est en jeu dans cette élection. Cette élection peut devenir un référendum sur l’avenir du pays. La question en jeu est de savoir si le peuple malgache veut avoir un pays isolé par rapport au monde, un Président qui n’est pas reconnu à l’extérieur et un pays qui n’aura pas le soutien de la Communauté internationale. Ou s’il veut avoir un pays réintégré dans la Communauté internationale, le soutien de l’extérieur et un Président reconnu par tout le monde. Il appartient aux Malgaches de choisir. C’est, entre autres, l’une des raisons pour lesquelles je suis personnellement favorable à ce que l’élection se fasse le plus tôt possible. C’est aussi la position allemande. Nous souhaitons que les élections aient lieu à la date prévue.

• Quelles sont les autres raisons qui vous poussent à vouloir l’élection à la date prévue ?

- Dans la situation à Madagascar, je déplore deux choses. Premièrement, pendant de longues années caractérisées par une crise, la population, qui est la seule détentrice de la souveraineté, n’a pas eu la chance de s’exprimer. Madagascar traverse aujourd’hui une crise institutionnelle. Je ne commenterai pas cette crise parce que ce serait m’immiscer dans les affaires malgaches. Mais je ne pense pas qu’elle puisse être réglée par les acteurs politiques. L’expérience du passé nous l’a assez appris. Il est temps que, par son vote lors des élections, la population devienne l’arbitre, et que la jeune génération s’implique davantage pour son avenir.

• Vous avez parlé d’une autre crainte …

- La seconde chose que je déplore, c’est le fait que, ici, on croit que le monde s’arrête aux frontières de Madagascar alors que nous vivons de plus en plus dans un monde interdépendant. Madagascar a une responsabilité envers ses voisins et toute la sous-région. Or, je crains que si cette situation continue, Madagascar devienne un État failli. Dans le Sud, il y a déjà des indices de risque dans la mesure où les structures étatiques ne marchent plus. Si Madagascar tombe dans ce trou, il y a un risque de déstabilisation de toute la sous-région et de quelques États qui marchent actuellement. Si vous avez des pirates, des terroristes, les conséquences seront désastreuses. Ce serait une menace pour les autres pays. Ce serait aussi un risque pour la route des bateaux autour du cap, avec des conséquences négatives pour l’économie mondiale. C’est un grand sujet qui doit être discuté dans la classe politique et dans les médias.

• Pour en revenir à la question de la suspension du financement qui, finalement, n’a pas existé, le délai qu’il y a eu entre la publication de l’information et le démenti n’a-t-il pas contribué à la dégradation de la situation politique actuelle, ayant conduit à la déclaration de cas de force majeure ?

- Il y a eu deux lettres du président du Conseil pour la réconciliation malgache (CRM) adressées au président de la CES. Dans la première, il a fait référence à la suspension du financement du processus par l’Union européenne et les autres institutions internationales. Dans la seconde, il a précisé qu’il n’y pas de suspension de financement. Mais celle-ci a été négligée par la CES alors qu’elle avait été envoyée avant la décision de cas de force majeure. Malheureusement, il y a, dernièrement, trop d’acteurs qui sont montés sur un cheval qu’ils ne maîtrisent pas. Ils ont déclenché involontairement ou volontairement un processus qui est devenu incontrôlable.

• Mais justement, il n’y aurait pas eu la première lettre si l’Union européenne n’avait pas laissé autant de temps s’écouler entre le démenti et l’information sur la suspension du financement.

- Je ne sais pas où est la faute. Je ne sais pas comment cette fausse information est parvenue au public, mais c’était déplorable.

• Le sujet a été évoqué au cours d’une rencontre de la CENIT avec les candidats.

- C’est possible, mais je n’ai pas participé à une telle réunion. En fait, moi-même, j’étais perplexe quand j’ai vu cela dans les journaux. Nous avons cru que c’était une décision qui a été prise ailleurs, et que les gens en poste à Madagascar n’étaient pas impliqués.

• Pourquoi a-t-il fallu aussi longtemps pour apporter des précisions ?

- Je vous l’ai dit, ma première impression était que c’était peut-être une décision qui a été prise ailleurs. En même temps, mes autorités à Berlin voulaient savoir ce qui s’est passé, mais elles n’étaient pas non plus informées. On a demandé à notre représentation à Bruxelles une réponse et tout cela a pris du temps. Mais il est à constater qu’un démenti a été fait dans les médias, et avant tout au président du CRM.

• Que pensez-vous alors de la situation politique actuelle ?

- Nous respectons les institutions comme le FFKM, et celles qui constituent le quatuor ayant demandé la constatation du cas de force majeure. Mais elles n’ont, dans le contexte actuel, aucune légitimité politique. Elles ont seulement compliqué la situation, déclenché une situation incontrôlable, volontairement ou involontairement, je ne le sais pas.

• Qu’est-ce qui vous fait dire que le quatuor a déclenché une situation incontrôlable ?

- Il a fait constater le cas de force majeure. Mais quel cas de force majeure Cela existe, par exemple, lorsque le quart du pays est inondé.

• Quelle serait, d’après vous, la solution ?

- La solution est très claire. Elle est sur la table. Il faut seulement la vouloir. Cela veut dire qu’il faut strictement respecter la loi en vigueur et les engagements qu’on a pris. Si on commence à ne plus respecter la loi, cela risque de devenir une anarchie.

Propos recueillis par Lova Rabary-Rakotondravony

N.R.

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