Infos Diaspora

En mémoire de Mino dans le Monde.fr

Jeudi 22 Septembre 2016

En mémoire de Mino dans le Monde.fr
Mino Razafitrimo, nombre d'entre nous l'avons connu à travers les tragiques événements de ce 14 juillet à Nice. Son histoire nous a certainement tous émus profondément, cette compatriote partie trop tôt, nous ne l'oublierons jamais.



Depuis le 14 juillet, la luminosité de la Côte d’Azur n’est plus aussi intense dans les yeux de Bruno Razafitrimo. « C’est comme si tout s’était recouvert d’un voile gris », dit sobrement le mari de Mino, 31 ans, fauchée cette nuit-là sur la promenade des Anglais, à Nice.

Les effluves d’Héliotrope gingembre ou de Jasmin qu’elle aimait tant, et que Bruno ne manquait pas de lui ramener quand son métier de chauffeur et guide touristique le faisait passer par la boutique Fragonard, le célèbre parfumeur de Grasse, font remonter les souvenirs.

Ceux de leur première rencontre en 2004, à Vichy (Allier), lors d’un rassemblement de la communauté malgache, tous deux étant nés à Antananarivo. « Elle est mignonne, ta petite sœur », avait confié Bruno à Cicia, son amie, sœur aînée de sa future femme. Cinq ans plus tard, en août 2009, le jeune couple posait radieux, en habit de mariés, elle tout en froufrous de tulle blanc, lui dans son beau costume sombre, sur cette « prom », à quelques pas de l’endroit où elle a perdu la vie. En 2010, Amaury (6 ans) puis en 2012, Andrew (4 ans), viendront compléter la famille. « On voulait tout boucler jeunes, les enfants, l’achat d’un appartement, la stabilité professionnelle », se rappelle Bruno. A respectivement 31 et 36 ans, ils avaient réussi leur pari.

Il y a deux ans, à 29 ans, Mino, titulaire d’un master en administration économique et sociale, avait enfin décroché son premier contrat à durée indéterminée et travaillait comme assistante de direction dans une agence de communication. Ce soir de feu d’artifice, Bruno était retenu par son travail à Aix-en-Provence. A Nice, le reste de la famille s’était organisé. Il y avait là Mino et ses deux enfants, mais aussi une de ses tantes et trois de ses cousins, en villégiature sur la Côte d’Azur. Et puis les voisins du premier étage, Samira et Mickaël Corviaux et leur fils, Yanis, avec lesquels les Razafitrimo aimaient partager barbecue et « ravitoto », le plat incontournable de leur île d’origine. « On a tout de suite sympathisé avec ce couple, se souvient Mickaël Corviaux. Mino était plus réservée que son mari, Bruno, mais quand on la connaissait, on s’apercevait que c’était quelqu’un de généreux, très impliqué au sein de la communauté malgache de Nice. » Partis à dix, ils reviendront à huit, sans Mino ni Yanis, tués tous les deux, sous les yeux de leurs familles.

Deux mois après le drame, Bruno a ouvert l’ordinateur de Mino. Il y a trouvé tout ce qu’elle aimait : les voyages, les romans d’amour et les sagas historiques, la France dont elle allait devenir citoyenne par naturalisation dans quelques semaines. Il y a aussi découvert un dossier « Ben », Ben comme Benjamin, son second prénom. Elle y avait tendrement consigné tous leurs échanges amoureux, de leur première soirée à Vichy jusqu’à leur mariage sur la Riviera française. Bruno Benjamin avait lui aussi tout gardé. Le couple ne s’en était jamais parlé.

Source le Monde.fr par Catherine Rollot

Infos Diaspora | Brèves Madagascar