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Eva Monique Ravaloriaka : "La femme africaine est l'avenir du continent"

Jeudi 6 Décembre 2012

Eva Monique Ravaloriaka
Eva Monique Ravaloriaka
Lauréate du prix Harubuntu 2011, récompensant chaque année des femmes et des hommes œuvrant pour le développement en Afrique, Eva Monique Ravaloriaka participe pour la première fois au sommet Africités qui se déroule à Dakar jusqu’à samedi 8 décembre. (source : rfi.fr)

Elue maire de la ville de Manjakandriana (Madagascar) en 2008, elle aimerait que son parcours incite les Africaines à s’engager en politique.

De notre envoyé spécial à Dakar

Quand Eva Monique Ravaloriaka s’exprime, elle le fait d’une voix claire et posée, qui masque en réalité une détermination sans faille. C’est d’ailleurs contre l’avis de son mari et de ses deux filles, et seulement encouragée par son fils âgé alors de 13 ans, qu’elle a décidé, fin 2007, de se présenter à l’élection municipale de sa commune de Manjakandriana, ville de 25 000 habitants située à une cinquantaine de kilomètres d’Antananarivo, la capitale malgache. Même si elle concède aujourd’hui qu’il lui a fallu une nuit de réflexion pour s’engager en politique, cette enseignante qui a reçu une formation d’ingénieur agronome n’a jamais dévié, depuis, de sa trajectoire.

La poule et les œufs

« Tu dois rester chez toi t’occuper de ta famille. Tu es juste une poule qui chante », ne manquèrent pas de lui lancer ses trois adversaires pour la mairie, tous des hommes. « Alors, je leur ai répondu : n’oubliez pas que vous n’arriverez pas à avoir des œufs sans les poules ! » C’est grâce, entre autres, à ce sens de la répartie qu’Eva Monique a été élue en janvier 2008 à la mairie de Manjakandriana. C’était une victoire inattendue dans un pays qui compte 1 550 communes dont seulement soixante sont dirigées par une femme.

« On ne considère pas les femmes à Madagascar alors qu’il y a des intellectuelles qui ont leur compétence et leur savoir-faire », déplore-t-elle. « En général, reprend-elle, les femmes arrivent à mieux comprendre la société car ce sont elles qui s’occupent de la famille et du social ». « Alors, poursuit-elle, il ne faut plus que les femmes restent spectateurs mais qu’elles deviennent des vrais acteurs du développement du pays et du développement local ». Des mots, « spectateurs » et « acteurs », qu’elle emploie volontairement au masculin, comme pour mieux appuyer son propos dans un pays resté très patriarcal, où les femmes sont réduites aux tâches ménagères ou subalternes et où elles n’ont encore que peu d’accès à l’éducation.

Dans sa commune essentiellement rurale, qui s’étend sur 71 km² (1) et se compose essentiellement de hameaux répartis en 24 quartiers, Eva Monique s’est beaucoup employée à faire changer les mentalités. « Dans les campagnes, dit-elle, les femmes ne connaissent pas leurs droits. J’ai donc organisé des rencontres avec des juristes pour donner des formations car les violences faites aux femmes restent un réel problème dans notre pays. » A la mairie, elle a également reçu des couples pour tenir le rôle de conseillère et de conciliatrice ; tant et si bien que, sous sa gouvernance, les violences conjugales ont considérablement diminué. Les recours devant les tribunaux baissant eux-mêmes de 90%.

Pour autant, Eva Monique n’a pas concentré son action de maire sur la seule évolution du statut civil des femmes. Avec ses 33 conseillers municipaux, elle s’est également attelée à moderniser Manjakandriana, qui vient juste de passer du statut de commune rurale à celui de commune urbaine, un changement qui va notamment lui permettre d’obtenir plus de crédits du ministère de la Décentralisation, l’un des rares portefeuilles malgaches - c’est un hasard - à être détenu par une femme, Ruffine Tsiranana.

Le combat continue

Le budget annuel de la commune, évalué à 200 millions d’ariary (environ 68 000 euros), devrait donc augmenter et lui permettre d’améliorer encore les infrastructures. Alors que la communauté avait des dettes à son arrivée, elle a réussi durant ses quatre ans d’exercice à améliorer les routes et les ruelles, à faire construire des escaliers dans les quartiers escarpés, à installer des bornes-fontaines, mais aussi à faire bâtir une école et à rénover le grand marché.

Bonne gestionnaire, Eva Monique va se représenter à la mairie l'an prochain mais elle veut faire plus. Armée parfois d’un mégaphone, elle répand la bonne parole dans les communes avoisinantes dans le but d’inciter d’autres femmes à prendre son exemple, à s’impliquer dans la vie publique et à tous les niveaux, lors d'une année 2013 qui sera marquée par des élections municipales et législatives à Madagascar. « La femme africaine est l'avenir du continent », se plaît à rappeler Madame le maire qui a reçu l'an dernier le prix Harubuntu, remis chaque année par l’ONG belge Echoes Communication. Un prix qui récompense les candidats ayant fait preuve de créativité et d’adaptabilité en Afrique, dans des contextes souvent difficiles.

(1) par comparaison, Paris intramuros s’étire sur 105 km²

N.R.

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