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Ex-sans-papiers, droguée et "possédée", Ilàza (Charline Ravao) écrit sa biographie

Mercredi 3 Avril 2013

Charline Ravao, alias Ilàza se sert de l’écriture de sa biographie comme thérapie... (photo P.R.)
Charline Ravao, alias Ilàza se sert de l’écriture de sa biographie comme thérapie... (photo P.R.)
Lu sur le net : La clandestinité pendant 10 ans en métropole, la rue, le zamal, l’hôpital psychiatrique... Elle a tout connu et se livre dans une autobiographie bouleversante. Ilàza se déclare aujourd’hui guérie après avoir été ensorcelée, possédée et droguée. (source : clicanoo.re)

Charline Ravao, son vrai nom, s’est servie de l’écriture comme thérapie.

BIOGRAPHIE

La lecture de chacune des 208 pages de son roman autobiographique est captivante. Ravao Charline, d’origine malgache, ouvre son journal intime et raconte dans un français parfait, une enfance heureuse, bercée par les chansons de... Bob Marley, dans la brousse profonde d’Antevialabe à l’Est de Madagascar d’où sa mère est originaire, puis dans la capitale Antananarivo, où elle habitait en face d’une boîte de nuit. Élevée par un Alsacien d’origine juive, tenancier d’un "dancing" et possédant une écurie, Charline a vécu comme une "petite princesse" : elle faisait du cheval avec son frère les dimanches matin, était déposée par un chauffeur au volant d’une Mercédès pour aller à l’école, allait régulièrement au cinéma, un luxe réservé aux plus nantis, dans les années 60 et 70 dans la Grande Île. Sans retenue, elle raconte son premier avortement à l’âge de 15 ans et... dévoile le nom du chirurgien. Après avoir fréquenté le prestigieux Lycée français d’Antananarivo en classe de seconde, elle est envoyée à Montpellier pour poursuivre ses études en 1981.

La solitude au foyer, l’isolement dans la cour de récréation "à cause de sa peau noire" et le fait de sécher les cours pendant des trimestres entiers se sont soldés par un redoublement et un échec au bac.

GOGO DANSEUSE puis chanteuse

Ses parents lui coupent les vivres, sa carte de séjour n’a pas été renouvelée. De 1984 à 1994, Charline sera "sans-papiers" et vivait dans la rue. "J’errais toute la nuit dehors. Je n’avais pas de toit, ni plus d’amis. La journée, pour manger, je faisais la manche sur la place de la Comédie. Puis, pour me laver, j’allais dans les douches des diverses cités universitaires, selon l’ouverture de chacune" écrit-elle. Un chauffeur de taxi l’a sortie de la rue pour devenir gogo danseuse puis chanteuse dans un groupe africain au milieu des années 80. En désaccord avec les musiciens, lors d’un spectacle elle s’est totalement déshabillée en public et devint... naturiste.

"Il n’y avait rien de malsain du tout dans les moments où je fis cette expérience. On nous montre bien des statues de demi-dieux grecs à poil, le sexe au repos dans des musées internationaux de Paris !" Suite à une audition, elle est engagée dans un orchestre avec qui elle parcourt tout le sud de l’Hexagone. Charline a eu la chance de n’avoir jamais croisé la police et de n’être jamais tombée malade durant ses dix années de clandestinité. "Le plus dur, c’était de trouver un logement, confie-t-elle. J’eus toujours peur qu’on me demandât des papiers d’identité mais cela ne fut rarement ou bien jamais le cas". Malgré sa situation irrégulière, et grâce à l’aide d’un moniteur d’auto-école qui a pu obtenir un récépissé de demande de carte de séjour, elle a réussi à décrocher un permis de conduire en décembre 1987 à Quimper.

"Enfin une pièce d’identité ! Dès mon retour à Montpellier, je pus ouvrir un compte à la Caisse d’Épargne. Cependant, je ne pouvais pas accéder à un emploi déclaré parce que j’étais radiée de la Sécurité sociale, et pour se réinscrire, il fallait absolument une carte d’identité ou une carte de séjour valide". Elle enchaînait les petits boulots : animation, cabaret, ménage. Sur un coup de tête elle part à Paris et passe Noël 1989 avec les clochards au bord de la Seine. Puis le Nouvel An avec une amie rencontrée dans le métro qui lui fait découvrir les "effets" du sinsémilia et du shit.

De retour à Montpellier, elle se consacre totalement à la musique qui lui a permis de se stabiliser financièrement. Fin 1993, elle tombe enceinte d’un homme violent qui la bat. Pour se venger, elle incendie volontairement la maison de son ex-compagnon. Défendue par un avocat d’une association indo-malgache, elle échappe de peu à la prison pour être admise dans un centre d’hébergement et de réinsertion sociale. Après un troisième avortement, elle décroche un poste de secrétaire, s’installe dans un mas, tombe enceinte à nouveau d’un jeune homme de 19 ans et devient maman de deux enfants... grâce à qui elle a pu enfin acquérir la nationalité française.

BIPOLAIRE ET MANIACO-DEPRESSIVE

Les coups durs s’enchaînant, Charline se réfugie dans la lecture de la Bible. Mais elle se déclare "ensorcelée" et "habitée par des esprits". Les médecins la décrivent comme un "être bipolaire maniaco-dépressive" et jusqu’à aujourd’hui, elle est privée de la garde de ses enfants. Elle n’a le droit de les rencontrer que 90 minutes par semaine. En 2003, elle débarque à la Réunion, île d’origine du père de ses enfants qui, lui, est resté en France. En plus de son traitement médical, Charline se sert de l’écriture comme thérapie. Elle transcrit dans les dernières pages, ses quotidiens à la Réunion ; ses expériences homosexuelles avec une "cafrine, lilloise d’adoption" ; ses "transes" ; ses "rencontres avec Brassens, Joséphine Baker... " ; ses crises de folie : sa marche "à jeun" entre Sainte-Suzanne et Saint-Denis ; ses "tribulations nocturnes à 2 heures du matin au monument aux morts de Sainte-Suzanne" ; ses conversations avec les animaux...

Le roman se termine dans un tourbillon d’incohérences et de délires incroyables. Elle s’interroge pourquoi il n’y a pas de Sainte-Mère à la place du Saint-Père au Vatican ; quels sont les rôles des étoiles dans le firmament... Ses propres transcriptions de ses délires et de ses crises pourraient constituer de véritables éléments scientifiques intéressants, à explorer dans le domaine de la psychiatrie et de l’anthropologie. Avis aux éditeurs ! En tout cas, après avoir bouclé sa biographie, elle se déclare aujourd’hui "sur la bonne voie de la guérison. La thérapie par l’écriture me fait du bien. Je continue à me soigner pour pouvoir retrouver la garde de mes enfants au plus tôt. C’est tout ce qui m’importe aujourd’hui !"

Pana Reeve
N.R.

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