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« IL FAUT UNE FRANCOPHONIE PLUS UTILE ».

Vendredi 25 Novembre 2016

« IL FAUT UNE FRANCOPHONIE PLUS UTILE ».
Une réflexion …. anticipatrice d’un Sommet de la francophonie si controversé!
Interview de Madame RAKOTOANOSY Monique
In L’Express de Madagascar du 17 mars 2008

La conseillère au ministère des Affaires Etrangères, correspondante de la Francophonie et enseignant-chercheur parle des enjeux et des défis placés en cette institution internationale.
Pour rappel, elle a été :
– Directeur de l’Organisation culturelle des IIIèmes Jeux de la francophonie en août 1997 à Antananarivo Madagascar
– Experte de l’OIF pour le CREFOI
– Correspondante nationale de la francophonie d’octobre 2006 à Mars 2009.
– Participante au 13ème Sommet de la francophonie en octobre 2008 à Québec


• Quels sont les enjeux de la célébration des Journées de la Francophonie et ceux de l’institution elle-même ?
La coexistence par la langue n’est jamais égalitaire. Il existe aujourd’hui une crispation du concept de la francophonie sous forme de conflits linguistiques, feutrés mais réels. D’une manière générale, nous vivons dans une certaine insécurité linguistique. La francophonie est ou doit être un concept opératoire, reposant à la fois sur un socle linguistique, culturel, politique, social et économique, ainsi que sur un socle de valeur. Il faut rappeler la nécessité d’une déconstruction pour une refondation, une réflexion et une vision malgache pour une francophonie plus créative, ouverte, moins exclusive.

• Comment faut-il procéder ?
Il s’agit de présenter une francophonie plus utile pour répondre aux exigences de ses membres. Il faut dépoussiérer notre manière de la percevoir, dépolluer la mémoire. J’estime qu’il vaut mieux repérer la dynamique de la francophonie que nous ignorons. De fait, elle a été consacrée par la Charte de la Francophonie en 2005. Là où l’on va dans le monde, ladite Charte constitue une référence. Malheureusement, on n’en tient pas encore compte. Et la vision d’arrière-garde pour une francophonie « élitiste », de salon et exclusive, demeure.

• Quels avantages pouvons-nous tirer de la Francophonie ?
La Francophonie n’est pas encore connue par l’opinion publique. Mais il suffit de voir les projets qu’elle finance pour se rendre compte de son importance et de son implication dans notre société. Je ne citerai que les adductions d’eau potable, la formation des médiateurs à l’Ecole nationale d’administration malgache (ENAM), la formation des experts en environnement au C3DEM à la faculté de Droit d’Economie, de gestion et de Sociologie (DEGS) à l’Université d’Antananarivo. Je note également la mise sur pied du CMDELAC ou la réhabilitation de la Galerie 6. Au final, la Francophonie finance de nombreuses activités qui méritent une plus grande visibilité.

• Quel est le thème choisi pour la célébration des Journées de la Francophonie ?
Lors de la précédente édition de 2007, nous avons transféré cette célébration dans les CMDELAC afin de sortir de l’habituel local ministériel. Des événements dans les 22 CLAC dans 13 régions ont montré le vrai visage de la Francophonie. Cette fois-ci, nous allons aller plus loin dans notre logique. Nous avons pour objectif l’appropriation de la francophonie par la population. Pour ce faire, nous avons choisi le thème du « Dialogue des langues et développement solidaire ». Pour nous, la définition d’une politique linguistique reste indissociablement liée à une politique de développement.


• Quels sont les objectifs fixés derrière ce thème ?
Le thème choisi fait partie du prolongement de l’appropriation par la population de la francophonie par l’intermédiaire d’un dialogue. C’est pourquoi nous souhaitons médiatiser les manifestations. Nous programmons des activités à l’Esplanade d’Analakely où seront présents les diplomates, les élèves et les artistes. Cet espace sera consacré lieu de culture fort que nous appellerons « frankôtafa au zoma », en privilégiant la convivialité. C’est le pluralisme de la Francophonie que nous voulons faire connaitre pour atténuer l’unicité linguistique de la francophonie. En effet, celle-ci équivaut à 55 pays membres et 13 autres observateurs. Tout en promouvant le français, l’institution doit déployer un effort en faveur des langues nationales.


• De quelle manière ?
Nous sommes convaincus que les langues nationales constituent les meilleurs alliés du français pour assurer à la fois son rayonnement et la valorisation des langues nationales des pays membres. Ici, nous commençons à vivre ce privilège. La Francophonie a, par exemple, financé un travail en lexicologie dans notre langue en faveur de l’Académie malgache. C’est cette discussion citoyenne autour de la francophonie qu’il faudra faire progresser, afin d’éviter la crispation. Nous affirmons que les langues deviennent un enjeu de pouvoir. Il s’agit d’être prudent dans leur manipulation. Les groupes qui détiennent le pouvoir politique possèdent aussi la langue dominante.

• Pourquoi un dialogue des langues est-il nécessaire ?
Cela signifie qu’il faut une alternative à la mondialisation. Pour nous, ce concept a engendré beaucoup d’exclusions linguistiques. Les sociétés sont inégalement armées face au risque de la mondialisation. Les langues s’entrecroisent. Nous proposons qu’il y ait un meilleur accès de la population aux langues, pour plus de compréhension et moins de crispation. Pour cela, il faut repenser à l’apprentissage des langues, avec une didactique plus réaliste et répondant aux besoins des gens.


• Quel est le lien du dialogue des langues avec le développement solidaire ?
Il s’agit d’encourager les relations de proximité qui favorisent l’inclusion. Cela va générer la participation des citoyens. Le dialogue des langues réduit les asymétries et devrait conduire au développement encastré et à une intégration sociale.


• Comment expliquer la logique gouvernementale d’insister sur la Francophonie tout en voulant adhérer au Commonwealth ?
Pour l’instant, nous ne sommes pas au courant d’une demande d’adhésion au sein du Commonwealth. Mais nous devons quand même tenir compte de l’apport stratégique de l’Afrique du Sud. A notre sens, il faut adopter une attitude moins frileuse. L’anglais est la langue de service et elle prend une proportion planétaire. C’est notre posture en matière de politique linguistique qui importe. Et il ne faut pas éviter l’approche dualiste, car la proximité est là. Je voudrais rappeler que dix pays membres de la Francophonie, dont Maurice et les Seychelles, font également partie du Commonwealth.

• Alors ?
Se décomplexer par rapport à la Francophonie et de tous les types de langue française apparait comme une attitude sensée. Il faut donc s’en approprier et en faire ce que l’on veut.

• Comment peut-on parler de la Francophonie et de la langue française alors que nous avons encore un problème d’alphabétisation ?
L’alphabétisation nécessite un effort à long terme, et nous nous trouvons dans une phase initiale. Le plus important reste l’acquisition d’une posture par rapport aux langues. Bannissons le rapport de dichotomie avec les langues. Le malgache est vivant, moderne et à enseigner. Il est présent sans interruption, que ce soit dans le passé que dans l’avenir. Il n’y a pas de recette quant à la question de l’enseignement d’une langue.


• La solution ?
Le vrai problème se situe au niveau de la dimension pédagogique. Donnons-nous les moyens de disposer des meilleures conditions pédagogiques. C’est pourquoi il est nécessaire de procéder à la refondation, à la réflexion et trouver une vision autour de la didactique des langues. Il faut donner une réponse scientifique, moins émotionnelle à la question linguistique.

In l’Express de Madagascar du 17 mars 2008
Rakotofrancky

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