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Interview de Rocky A. Harry Rabaraona du groupe "Les Surfs"

Jeudi 19 Février 2015

Madaplus (Mada+) : Bonjour Rocky (RR), pouvez-vous vous présenter à nos internautes ?

aventure_des_surfs.pdf AVENTURE DES SURFS.pdf  (2.13 Mo)


Interview de Rocky A. Harry Rabaraona du groupe "Les Surfs"
RR : Bonjour et permettez-moi de saluer tous les lecteurs de Madaplus. Je vous remercie de m’avoir invité à cette interview. Je m’appelle Rocky A. Harry Rabaraona, et je faisais partie du groupe mythique malgache des années 60, Les Surfs. Dans la famille Rabaraona, je suis le troisième parmi les douze enfants (huit garçons et quatre filles). À la dislocation du groupe en 1971, j’ai continué à présenter un spectacle en solo. Mais depuis la disparition de notre regrettée sœur Monique, je présente mon spectacle solo sous le titre de "Il était une fois…Les Surfs" dans lequel je raconte l’histoire du groupe depuis notre début en 1958 jusqu’à la fin eh 1971. Je suis d’ailleurs venu plusieurs fois pour des spectacles de fin d’année pour la diaspora malgache de France.

Mada+ : Comment est né le groupe des 6 frères et sœurs constituant Les Surfs ?

RR : Le groupe (Ny Rabaraona 6 mianadahy formé des quatre frères et deux sœurs ainés de la famille) est né le jour de la proclamation de la première république malgache le 14 octobre 1958. Nous avons participé à un radio-crochet sur le podium dressé devant l’hôtel de ville et organisé par Radio Tananarive et Air France. Nous avons obtenu le premier prix qui consistait à un séjour à Toamasina (Tamatave) tout frais payés, billets d’avion, etc.… Pour ce concours, nous avons chanté deux grands succès des Platters "Only you" et "The great pretender". Suite à notre succès, nous avons continué à présenter des spectacles au pays. Puis, sous le nom de "Les Béryls", nous avons participé à de nombreux spectacles et tournées à travers la grande ile avec les grandes vedettes du moment comme Henry Ratsimbazafy. Plus tard, sous l’étiquette Discomad, nous avons enregistré notre premier super 45 tours avec comme titre "Marin", "Petite fleur", "Les trois cloches", "Tom Dooley".

Mada+ : Les Surfs ont défrayé la chronique et remporté tous les suffrages lors de leurs passages, quelle était votre potion magique ?

RR : Je pense que le fait d’être de la même famille fut un atout. Ajoutons à cela notre taille, notre jeunesse, notre facilité de chanter en polyphonie (chacun avait une voix particulière), notre bonne humeur permanente, nos complicités entre nous, nos sourires, notre disponibilité vis-à-vis de notre public, mais surtout notre énergie sur les scènes car nos entrées sur les scènes étaient toujours dynamiques.

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Interview de Rocky A. Harry Rabaraona du groupe "Les Surfs"
Mada+ : Citez-nous quelques grands succès de votre répertoire ?

RR : À la fin de septembre 1963, après avoir signé un contrat avec la maison de disques Festival et trouvé le nom de "Les Surfs" pour le groupe, nous avons enregistré notre premier disque professionnel avec quatre chansons des adaptations de grands succès américains et anglais : Reviens vite et oublie (Be my baby du groupe The Ronettes), Ce garçon (My best friends du groupe The Orlons), Dum-dum-dee-dum (de Johny Cymbal) et Pas si simple que ça (Easier sais than done du groupe The Essex). "Reviens vite et oublie" fut notre premier grand succès, et elle fut traduite en espagnol (Tu seras mi baby) qui va rester trois mois premier au hit-parade espagnol et mexicain. En ce temps, la mode était aux versions françaises des succès américains et anglais. D’autres chansons de notre répertoire sont devenues des classiques des années sixties : À présent tu peux t’en aller, T’en vas pas comme ça, Si j’avais un marteau, Scandale dans la famille, Shoop ShoopVa l’embrasser, Le printemps sur la colline, Partager tous tes rêves, Ne joue pas la comédie, et d’autres encore… La plupart de nos chansons ont été traduites et chantées en espagnol et en italien et se sont placées parmi les têtes des hit-parades pendant longtemps dans ces deux pays.

Mada+ : Vous avez côtoyé les grandes stars françaises et internationales, quelles furent vos plus grandes rencontres ?

RR : Dans ce métier, nous avions eu beaucoup de chances de rencontrer des grandes vedettes internationales, françaises, italiennes, espagnoles, anglaises ou américaines. Toutes ces vedettes des sixties nous considéraient comme un groupe unique en son genre. Certains nous ont adoptés facilement ou étaient devenus très familiers : Steve Wonder, Petula Clark, Oscar Peterson, Jacques Brel, Gilbert Bécaud, Henri Salvador, Tom Jones, Adamo, Enrico Macias, pour ne nommer que ceux-là. Nous les rencontrions lors de spectacles ensembles ou dans des émissions de télévisions en France, en Italie, en Espagne, en Allemagne ou en Angleterre. Nana Mouskouri et Petula Clark nous appelaient "mes enfants", pour les Rolling Stones, nous étions des "brothers and sisters of Madagascar", pour Tom Jones, "my friends". Ces rencontres étaient toujours remplies d’admiration et de respect mutuel.

Mada+ : Quelques anecdotes pour nos internautes ?

RR : Il y en a eu plusieurs. Mais celui que je garde le plus en souvenir, c’est celui-ci, lorsque nous étions reçus par la famille princière Grimaldi de Monaco.
Après un spectacle au Casino de Monte Carlo, nous devions encore rester à Monte Carlo pour un concert privé au Palais princier de Monaco devant la famille princière, le Prince Rainier III et la Princesse Grâce. C’était le 30 janvier 1963. Accompagnés d’un représentant de l’Agence Tavel et Marouani (notre imprésario), nous sommes introduits devant la famille princière. Il y a là, outre le prince et la princesse, leurs enfants la princesse Caroline qui vient de fêter ses sept ans, et le petit prince Albert qui va bientôt avoir six ans. Après les présentations d’usage et quelques conversations de politesse, nous nous s’installions devant les micros, et commencions un mini concert, accompagnés par l’orchestre attitré du Palais, Aimé Barelli. Nous présentions une à une nos chansons. Mais lorsque nous commencions à chanter À présent tu peux t’en aller, un événement inattendu se présenta. Un grand bruit de batterie se fit entendre. Nous nous retournions et avions vu avec surprise le petit prince Albert, avec des baguettes dans les mains, essayant de nous accompagner à la batterie ! Cela ne durait pas longtemps car la nourrice était venue le chercher rapidement pour le faire asseoir gentiment près de son père. Après cette grande surprise, c’est avec le sourire aux lèvres que nous avions continué notre concert pour le terminer dans la bonne humeur, à la grande joie de la famille Grimaldi.

Mada+ : La famille fut votre plus grande force de l’époque, dites-nous en plus…

RR : Comme vous le savez, la famille joue un grand rôle dans l’éducation des enfants, du moins dans notre temps. Nos parents nous ont éduqués dans le respect et l’amour des ainés, et par ricochet, et l’aide aux plus démunis. Ils nous ont initiés à la chanson, surtout les chansons chorales lorsque nous pratiquions le scoutisme ou d’autres loisirs. Nous étions très proches les uns des autres. Lorsque nous avions quitté le pays en 1963, papa a transmis à Coco son droit d’ainesse. Et chacun de nous avait un rôle à tenir dans le groupe : Coco le leader, le chef de famille, était le trésorier et le responsable des partitions musicales. Pat, le second de la famille secondait Coco dans ses fonctions. Dave (4è) s’occupait de tout de qui est technique comme la sonorisation et les lumières. Monique (5è) et Nicole (6è) étaient responsables des costumes. Et moi, le troisième de la famille, j’étais le secrétaire administratif responsable de tous les dossiers officiels de la famille. En fait, nous fonctionnions comme une société !

Interview de Rocky A. Harry Rabaraona du groupe "Les Surfs"
Mada+ : En 1971, la carrière artistique des Surfs s'arrête brusquement bien que leurs tubes restent sur les ondes et demeurent éternels, pourquoi cela ?

RR : La raison principale était que Coco, Monique et Nicole avait leurs enfants avec nous et il fallait s’en occuper. La vie familiale a pris le dessus sur la vie professionnelle. En plus, la fatigue a pesé beaucoup aussi sur notre décision : les déplacements étaient très longs et lointains. J’ajouterai aussi le manque de la vie privée. Nous étions aussi fatigués de chanter les mêmes chansons, alors nous avons commencé à nous retourner vers le style jazz et negro-spirituals avant la fin du groupe. Et d’un commun accord, nous avons décidé de vivre notre vie comme tout le monde ordinaire.

Mada+: Vous avez récemment sorti (décembre 2014) un livre intitulé "L'Aventure des Surfs" sorti aux éditons L'Harmattan, riche en récits croustillants et détaillant le parcours artistique inouï des Surf, parlez-nous en ici.

RR : À chaque fois qu’on parle des Surfs, on me demandait souvent les mêmes questions : comment avez-vous débuté, etc.… Excusez-moi, ce n’est pas une critique à votre endroit, mais c’est la vérité. Et c’est tout à fait normal qu’on pose les mêmes questions. Écrire un livre biographique me chicotait depuis longtemps. J’ai donc décidé de le faire, et dans ce livre, je raconte l’histoire du groupe depuis notre enfance jusqu’à la fin en 1971. En feuilletant les pages, les lecteurs connaitront la vraie histoire de la famille avec des anecdotes les plus savoureuses.

Mada+ : Nous avons lu ce livre (offert par l'éditeur) de souvenirs d'un groupe vocal malgache qui a connu un succès fou et qui demeure dans nos cœurs et dans nos esprits, un réel enchantement et une fierté pour nous malgaches. Où et comment peut-on se le procurer ?

RR : Le livre s’intitule "b[L’aventure des Surfs]b", souvenirs d’un groupe vocal malgache. Ce livre est édité par l’Harmattan. Les lecteurs de Madaplus et les autres pourront le trouver dans toutes les librairies en France et la Fnac. Ils peuvent aussi en commander en cliquant sur le site de l’Harmattan. À Madagascar, on peut trouver ou commander le livre dans certaines librairies comme la librairie Samouraï, Espace Loisirs, Tsipika, CMPL à Isoraka, Maison de la Presse /Trano Mpampiely Vaovao à Behoririka, Infinity, Librairie de Madagascar.

Mada+ : Que sont devenus Les Surfs ?

RR : Depuis notre séparation, nous avons pratiqué des professions autres que musicales. Maintenant, nous sommes tous retraités de nos professions. Pat, par exemple, est toujours dans le domaine musical. Il est auteur-compositeur, et projette de créer une maison d’édition de musique. Quant à moi, je suis aussi retraité mais je travaille à temps partiel comme conseiller en voyages pour une agence de voyages à Montréal. Les contrats pour présenter mon spectacle sont maintenant rares. Monique a rejoint nos ancêtres le 15 novembre 1993 à Paris, ainsi que Nicole le 5 mai 2000 à San Diégo en Californie. Elles reposent en paix dans notre caveau familial (Tranovato) à Fiakarana, au nord de l’aéroport d’Ivato.

L’Équipe Madaplus vous remercie pour vos réponses.

RR : Mille mercis à vous !

Interview de Rocky A. Harry Rabaraona du groupe "Les Surfs"


1964 - Golf Drouot

Les Surfs


Interview de Rocky A. Harry Rabaraona du groupe "Les Surfs"
Les Surfs - Chansons Françaises 1966

Rocky

N.R.


1.Posté par RATOVONONY Andrée le 02/03/2015 18:49
Un MERCI pour cette très agréable interview...Les SURFS resteront toujours gravés dans notre mémoire au sein de notre propre famille ! Même ma grand' mère maternelle en était fan !...

Et, Très Sincères et chaleureuses Félicitations à vous d'avoir pris cette initiative avec toutes ces très belles et magnifiques photos souvenirs à l'appui.

Dia ho samy tahin'i ANDRIAMAITRA daholo ô !

Bon vent à madaplus.info !

2.Posté par BETTINGER Marcel le 20/06/2015 21:04
Un grand merci à vous ROCKY et aux membres de votre famille qui ont participé aux groupes Les Surfs et Les Baryls. vos chansons résonnent encore dans la mémoire de tous ceux qui les ont écouté et qui les écoutent encore.
Bonne retraite là-Bas au QUEBECavec vos frères et votre nombreuse famille et liens de parenté je crois.Qui pendra un jour la succession Des SURFS?
Vos chansons étaient uniques,personne ne vous ressemblera jamais dans vos qualités de chanter et de faire de la musique. A très bientôt ROCKY

3.Posté par marie-claire le 05/07/2016 02:07
nous avons eu le plaisir de rencontrer Coco dans le bar d'un ami de notre cousin à Montréal. (nous somme pris en photo ensemble)
J'étais jeune lors des succès des Surfs, mais je m'en souviens. La musique n'est pas démodée. Ca demanderait à ressortir

Bonne continuation

4.Posté par NOMENJANAHARY Rado (Manankasintsara) le 26/08/2016 07:34 (depuis mobile)
Mankasitraka anao Raiamandreny ROCKY.
Voninahitra sy Reharehan'ny Madagasikara "Les Surfs"; Mpanakanto tsy manam-paharoa ary tsy ho lefy laza mandrakizay ireo kanto napetrakareo.
MIROSOA HASINA E!

5.Posté par Rina Ralalaharison le 04/12/2016 06:26 (depuis mobile)
Je suis une jeune femme de 26 ans je decouvre a peine le groupe bien que j''ai beaucoup entendu par le passé je ne savais pas du tout que le groupe qui înterprétait toutes ces chansons etait malgache... je suis fiere et tres heureuse de votre parcours

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