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Interview exclusive de Holisoa Andriamahazo Ramanantsoa, fille du feu Général de Division Gilles Andriamahazo

Mardi 15 Septembre 2015

Andriamahazo- Ramanantsoa Holisoa fille de feu Général de Division Gilles Andriamahazo
Andriamahazo- Ramanantsoa Holisoa fille de feu Général de Division Gilles Andriamahazo
Qui a tué le Colonel Ratsimandrava ?

Le Colonel Richard Ratsimandrava, le Lieutenant-colonel Joël Rakotomalala et le capitaine de frégate Didier Ratsiraka
Le Colonel Richard Ratsimandrava, le Lieutenant-colonel Joël Rakotomalala et le capitaine de frégate Didier Ratsiraka
Lala Haingo (RLH) : N'est-ce pas la deuxième fois que le Général Gilles Andriamahazo a été mis en cause, la première fois par le grand journaliste Latimer Rangers et cette fois-ci par l'Amiral Didier Ratsiraka ?

Andriamahazo Ramanantsoa Holisoa (ARH) : Effectivement, le nom du Général Andriamahazo a été cité par le journaliste Latimer Rangers lors de l'émission l'invité du Zoma du 14 novembre 2014.

Lors de sa conférence de presse du 12 août 2015, Didier Ratsiraka a affirmé qu'il fallait orienter les investigations sur le Général Gilles Andriamahazo qui serait l'assassin sinon le commanditaire de l'assassinat du Colonel Ratsimandrava.

RLH : Quelle a été votre réaction et celle de votre famille ?

ARH : Nous avons apporté une mise au point, le 27 novembre 2014 dans Midi Madagascar, face aux affirmations diffamatoires de Latimer Rangers qui se base sur les écrits d'un universitaire sans qu'aucune preuve concrète n'ait été apportée.

Nous réfutons également les dires de Didier Ratsiraka, quant à cette tentative de manipulation de l'histoire à la suite de l'article paru dans l'Express le 12 Août 2015.

RLH : Il s'agit donc de plusieurs versions de l'histoire ? qui croire alors ?

ARH : Non, il n'y a pas plusieurs versions : les faits sont là. Un jugement a été rendu à l'époque, certes sans que la lumière n'ait été vraiment faite, mais un jugement tout de même.

Si toutes ces personnes avaient, un tant soit peu des preuves tangibles, nous avons des tribunaux pour cela au lieu d'émettre des hypothèses qui sèment le trouble et le doute dans la conscience collective.

RLH : Quels étaient les faits à l'époque ?

ARH : Le Président Tsiranana fut réélu à une écrasante majorité de 99,8 % en janvier 1972.

S’ensuivit ce qui furent les “évènements de 1972”.

La grève estudiantine, suivie par les lycéens, les collégiens et les syndicats, fut réprimée par les Forces Républicaines de Sécurité (FRS), d'où les arrestations des étudiants qui furent envoyés sur l'île de Nosy Lava.

RLH : C'est ce qui a conduit la population à descendre dans la rue ?

ARH : En effet, une foule (pour la plupart des mères de famille) monta vers le palais d'Andafiavaratra où se trouvait la Présidence pour manifester leur colère et leur réprobation suite à ces arrestations.

RLH : Le Général Andriamahazo a été pris à partie par la foule ?

ARH : Le Général Andriamahazo accompagné du Chef de Province d'Antananarivo Jean Jacques Rakotoniaina ont rencontré la foule à hauteur du jardin d'Andohalo.

Le Général Andriamahazo a été interpelé par la foule : "raha sahy ialahy dia midina aty aminay !" ; il est descendu, s'est mêlé à la foule, a parlementé et rassuré les mères de famille puis a promis que les jeunes seraient rendus à leur famille le plus tôt possible et qu'il s'en portait garant. Rassurée, la foule se dispersa.

RLH : Les paroles du Général ont-t-elle été suivies d'actions concrètes ?

ARH : Effectivement, dès la nuit suivante, des avions furent affrétés pour aller chercher les étudiants sur l'île de Nosy Lava et pas plus de 24h plus tard, tous sont rentrés dans leur famille.
Ceci explique la popularité, l'estime et la confiance que tous les tananariviens ont porté au Général Andriamahazo.

C'était un homme de parole.


Le Général de Division Gilles Andriamahazo
Le Général de Division Gilles Andriamahazo
RLH : Quel a été le rôle de l'armée lors de ces évènements ?

ARH : L'armée refusant de prendre part à la répression, a été appelée par la population pour prendre le pouvoir.

Le 18 Mai 1972, le Général Gabriel Ramanantsoa, Chef de l'Etat-Major de l'Armée Malgache fut investi des pleins pouvoirs par le Président Tsiranana, qui, sous la pression populaire, a été obligé de démissionner.

Il rendit publique, le 27 Mai, la composition du nouveau Gouvernement avec 5 militaires et 6 civils (11 personnes en tout, par opposition aux précédents gouvernements avoisinant la trentaine).

RLH : Quelle était la composition de ce nouveau gouvernement ?

Le Général Ramanantsoa cumulait avec son poste de Premier Ministre les fonctions de Ministre de la Défense Nationale et des Forces Armées, et celles du Plan.

Les Officiers du gouvernement étaient : le Général Gilles Andriamahazo, Ministre de l'Aménagement du territoire, des Travaux Publics, des Postes et Télécommunications, du Transport et du Tourisme, le Colonel Richard Ratsimandrava, Ministre de l'Intérieur, Le Lieutenant-Colonel Joël Rakotomalala, Ministre de l'information et le Capitaine de Frégate Didier Ratsiraka, Ministre des Affaires Etrangères, le Colonel Roland Rabetafika , Directeur Général du Gouvernement.

Les 6 civils étaient : le Dr. Emmanuel Rakotovahiny, Ministre du Développement Rural, le Dr. Justin Manambelona, Ministre des Affaires Culturelles, le Professeur Albert Zafy, Ministre des Affaires Sociales et de la Santé, Mr Andrianada, Ministre de la Justice, Mr. Albert Marie Ramaroson, Ministre de l'Economie et des Finances, le Pasteur Daniel Rajakoba, Ministre de la Fonction Publique et du Travail.

Le gouvernement Ramanantsoa s'est voulu "apolitique" : l'équipe étant constitué d'hommes sans étiquette, mais reconnu pour leur probité.

RLH : Pardonnez-moi cette interruption, mais une chose m'interpelle dans votre énumération.

Tous les officiers qui composent le gouvernement sont tous décédés pour la plupart de mort violente ?

ARH : Non, pas tout à fait, mais j'y reviendrai.

RLH : Pourquoi cette décision de remettre le pouvoir au Colonel Richard Ratsimandrava, d'après vous ?

ARH : De 1972 à 1974, le gouvernement du Général Ramanantsoa a traversé des crises successives, qui n’ont pas été résolues et qui l'ont conduit à confier les rênes au Colonel Ratsimandrava. Celui-ci avait une vision révolutionnaire du fokonolona à l'époque et un programme bien précis.

Passation de pouvoir du Général Ramanantsoa au Colonel Ratsimandrava
Passation de pouvoir du Général Ramanantsoa au Colonel Ratsimandrava
RLH : Comment expliquer la présence aussi rapide du Général Andriamahazo sur les lieux du crime ?

ARH : Tout simplement parce qu'il a été appelé et prévenu parmi les premiers, étant le Ministre d’Etat du Colonel Ratsimandrava.

L'attentat ayant eu lieu à Ambohijatovo devant l'actuel poste de police, le domicile du Général Andriamahazo se trouvant à proximité, il s'est rendu sur les lieux accompagné du Colonel Joël Rakotomalala.

b[RLH :] Vous dites "parmi les premiers", donc c'est que d'autres personnes étaient aussi sur les lieux ?

b[ARH :] A leur arrivée sur les lieux, la place était déjà quadrillée par des militaires et par d'autres personnalités

RLH : Pour certains, le Général Andriamahazo aurait-il eu un intérêt à faire éliminer le Colonel Ratsimandrava ?

ARH : Chacun est libre de croire ce qu'il veut, toutefois si le Colonel Ratsimandrava n'avait pas accordé sa confiance au Général, il ne l'aurait pas nommé Ministre d'Etat sans portefeuille, chargé de la coordination entre les Ministères.

Il a donc fait partie du Gouvernement Ratsimandrava, ce qui n'a pas été le cas de Didier Ratsiraka.


RLH : N'avait¬il pas occupé des postes de confiance déjà du temps du Président Tsiranana et lors de la crise de 1972 ?

ARH : Du temps du Président Tsiranana, il a été Attaché au Cabinet Militaire particulier de la Présidence.

Et lors de la crise de 1972,il a été nommé, par le Président Tsiranana, Gouverneur Militaire de la ville d'Antananarivo.

b[RLH :] b Comment a-t-il été désigné à la tête du Directoire Militaire ?

Je précise qu’à l’annonce de l’assassinat du Colonel, tous les Officiers de l’Armée, toutes armes confondues, ont rallié la Catalane (actuel Toby Ratsimandrava) soit spontanément soit sur convocation. Ils ont alors, à l’unanimité, désigné le Général Andriamahazo comme Président du Directoire Militaire.

Mais la composition du Directoire militaire présidé par le Général Andriamahazo prouve qu’il y avait égalité entre toutes les Provinces de Madagascar : il y a eu dix-huit officiers émanant de toutes les armes et originaires des six provinces.

Lors du Directoire Militaire, le Général Gilles Andriamahazo a instauré la loi martiale et a confirmé la suspension des partis politiques.

RLH : Quelque part, toutes ces dissensions relèvent tout simplement d'un problème de succession du Président Tsiranana, d'une course au pouvoir et tout cela sur fond de guerre tribale ?

ARH : C'est clair que cet assassinat résulte d'une course au pouvoir.

RLH : La vérité ne sera donc jamais faite sur cet assassinat et pire, elle risque de mettre en lumière les rivalités tribales et claniques ?

ARH : Malheureusement, le colonel Ratsimandrava a été victime des ambitions politiques des uns et des autres.

Les rivalités tribales et claniques n’existent que par l’avidité de pouvoir des hommes politiques.

Je loue pour cela la sagesse du Général Andriamahazo, qui a réussi à maintenir l'ordre et à faire en sorte qu'on ne bascule pas dans une guerre civile et qui a su s’effacer pour raison d’état.




RLH : Lors de cette deuxième république, sous l'ère Ratsiraka, plusieurs personnalités militaires et civiles ont trouvé la mort dans des accidents d'hélicoptère ou d'avion ?

ARH : Exact, il s'agit ici également de faits. Ainsi après le Colonel Ratsimandrava, il y a eu l'accident d'hélicoptère d'Ankazimihoatra en 1976 où le Colonel Joël Rakotomalala, alors Premier Ministre a trouvé la mort, ainsi que le Lieutenant-Colonel Rakotonirainy Alphonse, chef de l’état major général, et d'autres personnalités. En 1986, il y a eu un accident d’avion dans la région du Vakinankaratra, à bord duquel se trouvaient le Contre-Amiral Sibon Guy, le Général Randrianasolo et son épouse.

RLH : Que de morts, le mot de la fin.

ARH : Il faut arrêter de travestir la vérité et de manipuler l'histoire pour une vaine course au pouvoir.

Mais comme le dit le dicton populaire “qui se sent morveux, se mouche“.

D'ailleurs, toutes les guerres civiles que l'on voit partout dans le monde, et surtout en Afrique ces derniers temps, résultent toutes, sans exception, d'une lutte pour le pouvoir au détriment de la population. Tous, nous devons en être conscients.

Propos recueillis par Lala Haingo Rajaoarisoa lors du passage de madame Holisoa Andriamahazo Ramanantsoa à Paris le lundi 31 août 2015

i[Crédit photos d'archive] Nation
Lala Haingo Rajaoarisoa

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