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Interview exclusive de Rakotonirainy Malalanirina Sylvia, fille de feu colonel Rakotonirainy Alphonse décédé lors du crash de l'alouette III du 30 juillet 1976

Mercredi 30 Juillet 2014

Rakotonirainy Malalanirina Sylvia
Rakotonirainy Malalanirina Sylvia
Le 30 juillet 1976, un hélicoptère alouette III s’écrasait à Ankazomiriotra causant le décès de plusieurs personnalités.

les débris de l'alouette III
les débris de l'alouette III
Lala-Haingo (RLH) : Quelles étaient les principales victimes de ce crash aérien ?

Malala Sylvia (MS) : Sept personnes ont été les principales victimes de cet « accident » : le premier ministre, le colonel Rakotomalala Joël, Monsieur Rajaonah Pierre, le ministre du développement rural et de la réforme agraire, le lieutenant-colonel Rakotonirainy Alphonse, le chef de l’Etat-Major général de la défense nationale et des forces armées populaires, le commandant Rampanana Martin, directeur de cabinet militaire du premier ministre, le sous-lieutenant Todisoa Angelison, pilote de l’hélicoptère, l’adjudant-chef Fernand Ndriamanato, mécanicien de l’hélicoptère et Monsieur Simon Randriantsoa, caméraman.

dernière photo du groupe avant le crash
dernière photo du groupe avant le crash
RLH : Quelles étaient les raisons de ce déplacement ?

MS : Les raisons de ce déplacement dans le Vakinankaratra étaient multiples et plusieurs points d’arrêt étaient prévus. Il y avait la visite de Befaka qui était un endroit pilote pour le gouvernement, où a été mis en place un programme d’intensification de la riziculture. Ensuite étaient prévues, la mise au point sur l’opération contre les voleurs de zébus opérée par la gendarmerie puis une cérémonie de sortie de promotion de Peloton des Cadres de Réserves (PCR) à l’Académie militaire d’Antsirabe. Enfin, une rencontre avec la compagnie de service civique de Mandoto.

RLH : A quel moment de leur périple le crash a eu lieu ?

MS : On sait qu’ils sont passés à Antanifotsy (au Nord Est d’Antsirabe) puis à Befaka - Fandriana (au Sud-Est d’Antsirabe) et c’est sur la route de Mandoto que le crash a eu lieu, vers midi. Ils ne sont jamais arrivés ni à Antsirabe, ni à Mandoto alors qu’ils devaient être de retour sur Antananarivo en fin de matinée.

RLH : D’après vous, que s'est-il passé?

MS : Il y a donc eu d’énormes retards dans le programme, ce qui me paraît surprenant car les déplacements militaires sont en général réglés à la minute près et mon père qui était un homme très ponctuel, aurait dû intervenir.

Un mystère dont je n’ai pas encore la réponse…

RLH : Est-ce que les causes de cet accident sont établies ?

MS : Les causes de cet accident ne sont pas connues. L'hélicoptère Alouette III était peut-être vieux mais était bien entretenu, le sous-lieutenant Todisoa qui était à la manette était un pilote confirmé et expérimenté, et ce jour-là, les conditions météorologiques étaient bonnes.

RLH : N’y a t-il pas eu enquête en la matière ?

MS : Si en effet, mais les résultats n’ont jamais été publiés. Une enquête préliminaire a été instruite par la circonscription régionale de la gendarmerie d’Antananarivo en liaison avec les autorités judiciaires d’Antsirabe. Une commission technique militaire avait été également désignée. Comme l’Alouette III est de manufacture française, des experts français sont arrivés le 2 août à Madagascar mais sous les ordres de la présidence, ils ont été empêchés d’aller sur le terrain et ont été assignés à rester dans leur hôtel en centre ville d’Antananarivo. Pendant ce temps, les autorités malgaches avaient déjà évacué les débris de l’hélicoptère et les avaient fait ramener à Antananarivo.

RLH : Qu’en est-il de l’expertise dans ces conditions ?

MS : Les experts français ont donc conduit leurs investigations sur la base de seules observations des morceaux présentés de l’appareil.

RLH : Est-ce la procédure normale ?

MS : Ce genre de procédure n’est pas commune à mon sens car de manière générale et universelle, les débris d’aéronef ne doivent pas être déplacés avant l’arrivée des experts, qui eux doivent se rendre sur les lieux du drame pour relever tous les indices et faire une reconstitution des faits. C’est étrange, même le commandant de la gendarmerie de l’époque, le général Rakotomanga Mijoro n'avait pas été informé des résultats de l'enquête alors qu'il n'avait quitté ce poste qu'un an après le drame. Il dit dans son livre « ne préjugeant en rien des résultats de ces enquêtes dont je ne connais pas les conclusions depuis mon départ de commandement ».

RLH : Quelles en ont été les conclusions ?

MS : Les autorités ont conclu que ce crash fut « un simple accident » sans d’autres explications.

RLH : Cette conclusion vous paraît donc erronée ?

MS : Les mesures prises autour de cet accident semblent inhabituelles, à mon sens.

RLH : Quelles étaient donc ces mesures inhabituelles ?

MS : Le ministère des affaires étrangères malgache avait envoyé une note aux ambassades qu’aucune délégation étrangère n’était officiellement invitée à venir au stade de Mahamasina pour honorer les morts ni pour assister aux cérémonies.

Durant les jours de deuil, les autorités malgaches ont informé les transporteurs aériens qui desservent Madagascar, qu’à l’exception des résidents permanents, aucune entrée sur le sol malgache n’était autorisée pour les étrangers. Il en était de même de ceux qui détenaient des passeports diplomatiques ou de service. Par contre, les personnes qui voulaient quitter le territoire pouvaient partir librement. Ces restrictions pour un soi-disant « simple » accident me paraissent disproportionnées.

RLH : Y a-t-il eu des précédents où des restrictions similaires ont été mises en place ?

MS : Le même scénario avait été appliqué durant six semaines lors de l’assassinat du colonel Ratsimandrava en février 1975. En comparant ces deux évènements et les actions qui en découlent, faut-il alors croire que ces restrictions ne sont pas anodines et que cet accident d’hélicoptère n’était pas aussi banal que ce qu’on voulait nous faire croire ?

RLH : Cette suspicion repose-telle sur quelque chose de concret ?

MS : Tout ce que je peux dire, c’est que durant les dernières semaines avant ce drame, mon père était très inquiet concernant sa sécurité et nous avait demandé d’être vigilant. Lui-même avait changé ses habitudes, ne se déplaçant plus à son bureau qu’en voiture au lieu de s’y rendre à pied. Il va sans dire que tant qu’on ne publiera pas de manière claire, les résultats de ces enquêtes, les doutes subsisteront et donneront raison aux rumeurs. Etait-ce un sabotage ?

Le lieutenant colonel Rakotonirainy alphonse
Le lieutenant colonel Rakotonirainy alphonse
RLH : Qui était Rakotonirainy Alphonse ?

MS : Il est de la promotion Maréchal Bugeaud de Saint-Cyr dont la particularité fut d'avoir été formée pour la guerre d'Algérie . Mon père fut, quant à lui, affecté au 12ème bataillon de Chasseurs Alpins, stationné sur la frontière algério-tunisienne. Et c’est de là qu’en 1961, le Colonel Ramanantsoa Gabriel, chef d’Etat- Major, l’avait fait appeler pour rejoindre la nouvelle armée malgache, née avec l’indépendance. Après les généraux Ramanantsoa et Ramarolahy, mon père devient le troisième chef de l’Etat-Major de l’Armée malgache. Il n’a jamais accepté de poste politique car il disait que l’armée, indépendante, devrait rester dans les casernes et s’atteler à sa mission première, la défense militaire du pays.

Alors qu’il est chef de l’Etat-Major général des forces armées, Rakotonirainy Alphonse sera parrain de la 8ème promotion de l’Académie militaire malagasy 1975-1977, promotion Richard Ratsimandrava. Et en 1980, la 13ème promotion avait décidé de porter le nom de Rakotonirainy Alphonse. Mon père avait ce trait particulier, qu’il s’impliquait énormément dans toutes les taches qui lui incombaient et donc, c’est naturellement qu’il s’occupait beaucoup de ses filleuls de la 8ème, qui étaient accueillis à la maison comme des fils. Et d’ailleurs, même après son décès, la 8ème fut toujours auprès de la famille, comme la 13ème aussi d’ailleurs. En ce jour de souvenir de ce drame, je voudrais juste rappeler ce que mon père avait écrit dans le livre-album de la 8ème promotion.

Lettre du lieutenant - colonel Rakotonirainy
Lettre du lieutenant - colonel Rakotonirainy
MS : Rakotonirainy Alphonse était un homme hors du commun de part sa compétence, sa grande culture, son humanisme selon ses contemporains. Sa grande simplicité, sa générosité naturelle et son grand sens de l’humour, étaient parmi les nombreux traits de sa personnalité qui le faisait apprécier de tous. Il avait pourtant des tas de principes rigides : honneur, loyauté, respect, travail et discipline, mais qui ne l’empêchaient pas d’avoir des relations très simples avec autrui. « Le travail comme loi, l’honneur comme guide » sont les devises de l’école militaire interarmes qu’il a pris pour siennes.

RLH : Pourquoi avez-vous tenu à en parler 38 ans après ?

MS : La mort de mon père et de ses compagnons d’infortune, ne mérite pas de rester inexpliquée et ce ne serait que justice si tous ces mystères ayant entouré cet accident du 30 juillet 1976 trouvent enfin des réponses claires.

Lien vidéo : Tsingerim-pahatsiarovana an’i Rakotonirainy Alphonse

Propos recueillis par Lala Haingo Rajaoarisoa

Rakotomanga Mijoro (1998) Forces armées malgaches, Entre devoir et pouvoir. Ed. L’harmattan
Lala Haingo Rajaoarisoa


1.Posté par RAKOTOASITERA FIDY le 05/08/2014 10:25
Félicitations à madaplus pour ce témoignage et un grand merci à madame Rakotonirainy

Pratiquement quarante ans après ce drame HORRIBLE , monsieur le président de la République malagasy Hery Rajaonarimampianina aurait t'il le courage de révéler les circonstances de ce DRAME ?

Et une question à monsieur Ratsitaka qui , lors de son passage à Dakar en 1967 avec 'Mailaka' et surtout la photo sur ce petit bateau ou il y avait entre autres Rasata Rainiketamanga, à table avec nous et chez nous le lendemain
....

1967 .... 2014 quarante ans , ne croyez vous pas qu'il est temps que vous preniez la parole pour dire LA VERITE ??


Rakotoasitera Fidy

2.Posté par erik tangedal le 02/09/2014 20:45
Tsy ela taorian’ny “accident” helikoptera tao Ankazomiriotra 30.07.1976 dia nandeha irery nitondra auto andalana avy any Mandoto mankany Antsirabe ny tenako. Tonga tao amin’ilay ilay toerana nianjeran’ny helikoptera atsinanan’ny tanana Ankazomiriotra, dia nisy lehilahy anankiray amorondalana nanao “aotostop” (nitady lanana amiko) ka noraiksiko ho namana andalana. Noho izahay sendra tao amin’ilay toerana izay nahita ny loza vao haingana teo dia nody amin’izany ny resaka. Dia gaga aho nahare izay notantarain’ny namana. Gendarme izy sady sendra tao akaiky Ankazomimiotra izy tamin’ny nitranganan’ny loza sady nanaramaso nahita mivantana ny helikoptera andalana mankany Mandoto ka vavolombelona amin’izay nitranga. Nipoaka tampoka ny motera (exlosion) hoy izy ka niala tanteraka ny “rotor”. Maty miaraka amin’izay ny motera ka latsaka amin’ny tany ny helikoptera.

Tsaroako ny tenin’ny prezidan’ny Repoblika taorian’ny loza rehefa namaly fanontaniana napetraky ny mpanao gazety amin’ny RTM izy. “Tsy nisakafo tamin’ny fandalovana tany Fandriana ny mpitondra ny helikopera”, hoy ny fanazavan’ny prezida. Fanina ny pilot ka nifandona tamin’ny tendrobohitra anankiray ---. Sady nilaza koa ny prezida fa “noheveriko fa nandeha auto ireo ka tsy nazava amiko fa nandeha helikoptera--”. Tsarovako fa gaga dia gaga izahay nahare izany fanazavana hafahafa izany.

Marihina koa fa nisy tanora maro niandry ny helikoptera tao Mandoto satria nanana anjara tamin’ny lasin’ny tanora tao antoerana tamin’izay ny praiministra kolonely Joėl Rakotomalala. Rehefa ren’ny ankizy ny vaovao mahatsiravina, dia voadona mafy be loatra ny maro. Nitomany ny sasany, fanina ka nianjera amin’ny tany ny sasany, ka tapakevitra pastora Ratsimbazafy Alfred tonian’ny tanora loterana tamin’izay sy ny namany mpiandraikitra fa halefa mody ny ankizy na dia tsy mbola tapitra aza ny lasy. Ny jaodahiko no pastora loterana mpitondra fileovana Mandoto amin’ny Fiangoana Loeterana Malagasy tamin’izay, ka izy koa no tao amin’ilay lasin’ny tanora.

3.Posté par Rakotonirainy Malalanirina S. le 05/09/2014 20:04
Merci erik tangedal de ce témoignage très intéressant, qui éclaire sur certains points. Pouvez-vous me contacter (demander mes coordonnées à Madaplus)

4.Posté par Aurélien le 06/08/2015 17:26
Tena maha ontsa ahy ny fijerena sy famakiana an'ity Tanataran'i Tompokolahy. Nijereko daholo ny Promotion niaraka taminy https://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Rondot. Mbola velona. De nahoana re?

5.Posté par Rakotonirainy Malalanirina S. le 02/09/2016 21:57
Ity misy boky vao nivaoka, raha liana hafantatra bebe kokoa momban'io tantara io ianareo :
http://www.boutique.laterit.fr/fr/histoire/355-livre-l-arbre-de-la-vie-le-passe-recompose-malalanirina-s-rakotonirainy.html

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