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Lalaina, petites voitures et grand amour

Mercredi 7 Octobre 2015

Vous avez sans doute déjà vu sur des marchés artisanaux, notamment en Afrique, ces petits objets fabriqués à base de canettes métalliques recyclées. Lalaina Nomenjanahary, défenseur international malgache du RC Lens, les a vus de près.

Il en a même construits de ses propres mains, souvenir de son enfance dans son quartier d’Antananarivo, lorsque l’idée de gagner sa vie en tapant dans un ballon ne lui aurait jamais effleuré l’esprit.

Car à Madagascar, l’un des pays les plus pauvres du monde, faire carrière dans le football ne constitue pas un avenir envisageable. "C’est vraiment difficile de s’en sortir par le sport en général, et le football en particulier", admet Nomenjanahary à FIFA.com. "C’est un football amateur, on n’est pas exposés, et personne ne vient voir les joueurs. C’est une situation compliquée, et il faut se battre pour vivre de son sport et faire une carrière professionnelle. Pour un Malgache, c’est impossible en restant à Madagascar."

Le défenseur en est donc parti, d’abord pour la Réunion, Eldorado pour les joueurs malgaches, puis pour la France, mais n’a rien oublié des difficultés connues sur son île. Pas vraiment obsédé par une carrière professionnelle, le jeune Lalaina joue dans la rue, mais est vite rattrapé par son talent. "Je jouais dans mon quartier et on m’a repéré pour me faire signer dans un club local", raconte celui qui prendra sa première licence à Ajesaia, où il jouera en 2007, puis en 2009/10 après une année à la JS Saint-Pierroise, à la Réunion.

Jouer, étudier, travailler

Certes, jouer en club a ses avantages, mais aussi ses inconvénients, particulièrement quand la pauvreté impose ses conditions. "C’était une chance, mais c’était difficile de jouer au foot, de suivre ses études et, à côté, de chercher un moyen de gagner de l’argent en même temps", reconnaît Nomenjanahary, aujourd’hui âgé de 29 ans, dont une vingtaine à se battre pour joindre les deux bouts. "Je ne pensais devenir professionnel. Je pensais juste au quotidien : jouer, aller à l’école et gagner de l’argent pour manger. J’étais fatigué, je m’endormais en cours, mais il fallait que je m’accroche. Je finissais l’école à midi, je commençais l’entrainement une demi-heure après, et le soir, il fallait travailler pour gagner un peu d’argent."

Le travail en question, c’est notamment d'aider à la livraison de marchandises pour un ami grossiste qui le remerciait en lui donnant quelques pièces et, surtout, son autre passion de l’époque : la construction de ces fameuses petites voitures en métal recyclé. De ces petits boulots, Lalaina tire un surnom - "J’aimais fabriquer des voitures avec des boites de conserve et des canettes, puis je les vendais dans le quartier pour me faire un peu d’argent. Ma tante m’a dit un jour que j’aimais trop les voitures et elle a commencé à me surnommer Bôlida" -, et la volonté de se battre pour atteindre ses objectifs et justifier tous ses sacrifices. "Trouver un club en Europe, c’est inespéré quand on joue à Madagascar. Alors quand je suis arrivé en France, je me suis dit qu’il fallait que je m’accroche parce que c’était une vraie chance de changer de vie", poursuit l’international malgache, qui n’a rien oublié de l’utilisation de son premier salaire : "J’ai envoyé de l’argent à ma mère, et depuis, j’essaie d’économiser un maximum pour elle et mon frère."

Curieusement, cette première rémunération aurait pu être plus élevée que celle perçue à son arrivée dans le Nord, où l’a attiré Hervé Arsène, adjoint du sélectionneur de l’époque. L’ancien international malgache lui propose de le rejoindre au CS Avion, club amateur qui partage les installations du grand RC Lens voisin. "Au départ, il ne voulait pas venir", se souvient Arsène, lui aussi ancien Sang et Or, champion de France en 1998. "Mettez-vous à sa place : une île voisine l'appelait pour jouer avec un meilleur salaire. Et moi, je débarquais en lui disant : ‘Viens à Avion !’"

Champagne et talent

Pas vraiment convaincant, mais quelques semaines plus tard, Lalaina, qui a signé au Saint-Pauloise FC réunionnais, informe son glorieux aîné qu’il a changé d’avis. "Quand j’étais à la Réunion, ma copine a eu son bac et est partie en France faire ses études. Alors j’ai appelé Arsène et je lui ai dit : ‘Coach, si vous voulez encore me faire faire un essai, je suis prêt à venir’." Arsène paie lui-même le voyage à son protégé, et personne n’aura à le regretter…

Lalaïna passe une saison en troisième division avant d’être recruté par le prestigieux voisin lensois, l’aide à remonter en première division, et inscrit son premier but dans l’élite à Lyon pour offrir aux Lensois leur première victoire de la saison 2014/15 (0:1). Entretemps, une certaine Julia - la copine en question - est devenue Madame Nomenjanahary et découvre que si Bôlida est resté le même, sa vie a effectivement changé. "Au Stade Bollaert, les femmes des joueurs sont dans des loges où il y a cocktails, champagne, vin, amuse-gueules… Un buffet assez chic", rigolait-elle en août 2012. "Quand je suis rentrée, on m’a proposé du champagne, et j’ai refusé car j’ai cru qu’on allait me faire payer après !"

C’est l’une des conséquences du travail et du talent de son footballeur de mari qui souhaite désormais voir davantage de ses compatriotes connaître le football professionnel. "Je remercie le RC Lens parce qu’ils ont cru en moi alors qu’il n’y a pas beaucoup de monde qui donne leur chance aux footballeurs de Madagascar", rappelle-t-il. Mais les qualifications pour la Coupe du Monde de la FIFA, Russie 2018™ pourraient changer les choses. Les Barea affrontent la République centrafricaine les 10 et 13 octobre prochain. Sélectionné 26 fois depuis 2006, Lalaina ne sera pas du voyage, ce qui ne l’empêche pas de soutenir ses ex-coéquipiers. "Je suis de tout cœur avec la sélection, parce qu’il y a des joueurs qui ont du potentiel à Madagascar et ils méritent le meilleur", estime-t-il, conscient que rêver de Russie 2018 est utopique, mais qu’une qualification pour le deuxième tour qualificatif serait profitable. "La sélection a besoin de jouer plus de matches contre de grandes équipes pour progresser. Cela donnerait plus de visibilité aux joueurs malgaches, avec une chance pour certains se faire repérer. Pour notre football, j’espère que qu’il y a aura encore beaucoup de Malgaches qui vont venir en Europe."

Si ce n’est pas par amour, ce sera par leur talent.

Source : fr.fifa.com

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