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Landy Vola Fotsy ou le fabuleux succès théâtral de paysans malgaches

Jeudi 11 Octobre 2012

© Compagnievincentcolin
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Trente six ans. Un bel âge pour Landy Vola Fotsy, compagnie théâtrale des plus singulières à Madagascar. Familiale et indépendante, elle marie tradition et modernité pour toucher un vaste public francophone de son authenticité rurale malgache. (source : slateafrique.com)

1000 francs de récompense» de Victor Hugo, par Vincent Colin, avec la compagnie Landy Vola Fotsy © compagnievincentcolin
1000 francs de récompense» de Victor Hugo, par Vincent Colin, avec la compagnie Landy Vola Fotsy © compagnievincentcolin
A noter: La compagnie Landy Vola Fotsy effectue une tournée en France avec La Paix, mise en scène par Vincent Colin : après le Festival des Francophonies en Limousin, la pièce est passé le 8 octobre au Lucernaire à Paris (rencontre et présentation); 9 et 10 octobre au Centre des bords de Marne à Le Perreux et le 12 octobre au Théâtre d'Abbeville (vous qui êtes dans le coin soutenez nos artistes!)

Une urgence de dire, de faire éprouver les injustices subies par le peuple malgache se dégage de La Paix, la dernière création de la compagnie Landy Vola Fotsy.

Un besoin qui tend les corps et affute les voix des onze comédiens malgaches réunis sur scène pour l'adaptation de la pièce d'Aristophane réalisée et mise en scène par Vincent Colin, dont la compagnie est associée depuis dix ans à celle de Doly Odeamson, directeur artistique de la troupe malgache.

Dans un joyeux mélange de danses, de chants en français et en malgache et d'un burlesque au goût d'ici et d'ailleurs, les artistes donnent chair à une fable comique, à une métaphore de la situation politique et sociale de Madagascar.

Une exception qui monte
Armés de bâtons, de petits tabourets et surtout de leur humour, les comédiens donnent en effet chair à une équipée de paysans farfelus fatigués par la guerre, qui s'en va sur le Mont Olympe chercher la Paix.

Fruit d'un mélange entre une culture occidentale et des références malgaches, le spectacle témoigne d'une démarche inédite sur la Grande Île.

«Il est très difficile de rencontrer des hommes de théâtre à Madagascar, où pullulent par contre les artistes de variétés. D'autant plus difficile que nous sommes isolés par rapport au continent africain qui, et le festival des Francophonies en Limousin en est la preuve, est riche en créateurs», remarque Doly.

Dans ce contexte, même le théâtre à l'italienne le plus simple fait alors figure d'étrangeté.

La population malgache, pourtant, est loin d'y être hermétique. Pour preuve, la compagnie Landy Vola Fotsy qui s'adresse avant tout aux 85% de ruraux qui peuplent l'île n'a aucun mal à trouver son public.

Doly Odeamson n'a qu'à exercer sa verve bien aiguisée pour attirer les habitants du village de Ambohitahara sur les Hautes Terres à une quinzaine de kilomètres au nord de la capitale malgache Antananarivo où est basée sa compagnie. Ce grâce aux spectacles qu'il présente souvent à ses voisins, à l'école de théâtre qu'il a fondée ainsi qu'à son respect des traditions malgaches.


© Compagnievincentcolin
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Dans La Paix comme dans ses autres créations, Doly mêle en effet subtilement un savoir-faire acquis en Occident notamment auprès de Jean Vilar au «hira gasy» (littéralement «les chants malgaches»). Spectacle populaire joué et dansé par des paysans depuis la fin du XVIIIe siècle, cette forme est toujours très vivante dans les campagnes malgaches, bien que méprisée par les structures culturelles qui les considèrent comme «un folklore dénué de toute valeur artistique».

«Je tiens à conserver les codes fondamentaux du hira gasy, surtout l'adresse au public qui me permet de toucher la population rurale que j'aime. Et dans la continuité de cette tradition orale, j'ajoute de nouveaux éléments qui me permettent de davantage me situer dans le présent», précise Doly.

Une approche qui a valu à son auteur des tournées dans tout Madagascar et à la Réunion, et une réputation qui petit à petit gagne le reste de l'Océan Indien.


Une utopie familiale

Aussi doué et convaincant soit-il, le sexagénaire Doly Odeamson ne remporte pas tout le mérite de ce succès. Une part en revient à Vincent Colin, bien sûr, mais avant cela au père et même à la grand-mère du directeur artistique de la compagnie Landy Vola Fotsy. Laquelle, en tant que suivante de la dernière reine malgache Ranavola III, donnait des leçons de théâtre à la cour.

C'est Odéam Rakoto, son fils, qui de cet héritage a bifurqué vers une voie plus novatrice, celle que plus tard empruntera à son tour Doly Odéamson.

«En 1956, mon père fondait le Théâtre d'Union Culturelle. Il y adaptait des pièces de Molière en malgache et tournait dans tout Madagascar. À sa mort, en 1973, j'ai décidé de prendre la relève. De m'ouvrir à de nouvelles formes théâtrales tout en conservant le mode de fonctionnement singulier de la troupe», raconte Doly.

Développé par Odéam Rakoto, le modèle économique de la compagnie a été et continue d'être le ciment de la démarche artistique de la troupe. Aux yeux de Vincent Colin et du notre, celle-ci n'est rien moins que le fondement d'une utopie réalisée, comparable aux quelques micro-sociétés autogérées que l'on trouve en Europe.

«Si j'ai décidé de poser mon baluchon aux côtés de la troupe Landy Vola Fotsy, c'est en partie pour l'histoire et l'engagement total de cette compagnie», explique le metteur en scène français.

Allier le pédagogique à l'esthétique

«Pour nous, ce sont les subventions qui sont utopiques. Voulant nous consacrer pleinement au théâtre sans avoir à supporter des emplois alimentaires, nous n'avons alors pas eu d'autre choix que de faire un peu d'agriculture et d'élevage pour subvenir à nos besoin tout en demeurant autonomes», relate Doly l'air de rien, comme si le sacrifice au nom du théâtre était une évidence que tous devraient partager.

C'est qu'en plus d'être passionnés par leurs recherches sur l'esthétique théâtrale, Doly et sa troupe se sentent investis d'un rôle social et politique majeur auprès de leur public.

«Des organisations internationales telles que l'UNICEF ainsi que le gouvernement malgache font régulièrement appel à nous pour monter des pièces autour de messages de santé et autres. Le paludisme, le sida, l'écologie, la protection de l'enfance... Autant de sujets qui font donc pour nous l'objet de mises en scènes ».

Bien sûr, ces spectacles à visée pédagogique sont bien loin des créations réalisées en collaboration avec la compagnie Vincent Colin. Savantes combinaisons de ludisme et de pédagogie, il leur manque le regard du professionnel français, celui qui a fait de La Paix le bel objet théâtral que le public a pu découvrir à Limoges.

«Nous avons besoin de travailler avec des personnes comme Vincent Colin. Grâce à lui nous acquérons des méthodes de travail et un rapport toujours plus réflexif à notre pratique», affirme Doly.

Et d'aborder un problème qui depuis quatre ans préoccupe les membres de Landy Vola Fotsy. À savoir le cantonnement de la troupe à Ambohitara du fait du climat d'insécurité qui règne sur le pays et empêche les comédiens de présenter leurs spectacles aux quatre coins de l'île comme ils le faisaient depuis 1976.

«C'est aussi pour faire sortir cette troupe du cadre de son village que je m'engage à ses côtés. Grâce à ma longue expérience dans le milieu théâtral français, je sais organiser des projets, programmer des tournées. Sans ce soutien hélas, jamais ces comédiens n'auraient pu jouer à la Réunion ni en France...», remarque un Vincent Colin qui pour autant ne cherche pas à tirer gloire de son geste.


Comme Doly Odéamson, le metteur en scène tient à travailler à partir des pratiques malgaches déjà existantes. S'il choisit des pièces en français et les adapte parfois, c'est surtout pour que Landy Vola Fotsy atteigne aussi un public hors de Madagascar, sans pour autant exclure le peuple malgache.

L'exemple de La Paix, précédé par la mise en scène de Mille francs de récompense de Victor Hugo en 2004, prouve la pertinence de la formule.

L'avenir de Doly est des siens est pourtant loin d'être assuré.

«Pour qu'elle ait une perspective plus claire de l'avenir, la compagnie aurait besoin d'une meilleure reconnaissance dans l'Océan Indien et en Afrique», conclut l'artiste français avec le ton de qui a du pain sur la planche...

Anaïs Heluin


N.R.

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