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Le four en argile contre le réchauffement climatique

Vendredi 25 Septembre 2015

Et si la lutte contre la déforestation passait aussi… par les cuisines ? À Fianarantsoa, dans le Sud-Est de Madagascar, l’ONG Tandavanala a élaboré un prototype de four en argile qui permet de diminuer sensiblement les quantités de bois de chauffe nécessaires à la cuisson, et les émissions de carbone qui en découlent. Un projet porteur d’espoir alors que la Grande Île a perdu les 4/5e de sa surface forestière en l'espace d'un siècle.

Tandavanala travaille depuis plusieurs années à la protection de l’environnement dans l’écorégion de Fianarantsoa, où elle tente notamment de développer des programmes de reboisement et un programme de stockage du carbone.

En 2011, plusieurs de ses membres se sont lancés dans un projet parallèle : la réalisation de fours à base d’argile. Le but ? Utiliser les propriétés de conservation de l’argile pour que le four soit moins gourmand en bois de chauffe. Le résultat est plutôt probant : le four de Tandavanala, baptisé Tsinjo Harena, consomme près de 70% de bois de moins qu’un four classique.

Selon les calculs effectués en collaboration avec le CNRIT [Centre national de recherches industrielle et technologique] de Madagascar, il doit permettre d’économiser, par four chaque année, 1,27 tonnes de bois et de réduire les émissions de CO2 à hauteur de 2,73 tonnes. L’ONG voudrait vendre au moins 5 000 fours, un objectif ambitieux qui nécessite encore de trouver des fonds, explique le président de Tandavanala, Andriatsihoarana Manantsoa Tiara.

"Pour cuire six gobelets de riz, un four classique nécessite dix rondins de bois ; le nôtre, seulement trois"

"Le bois de chauffe utilisé pour les fours traditionnels constitue une vraie menace pour la déforestation. C’est notamment le cas dans la zone sud-est de Madagascar, où les habitants commencent même à abattre les arbres à café ou des manguiers pour pouvoir faire chauffer leur four. C’est quand même un comble : ils se privent du coup de ressources alimentaires futures ! Notre ONG a même pu constater que des arbres commençaient être abattus dans les zones tampons qui entourent les zones de forêts protégée. Il y a donc urgence à trouver une solution pour utiliser moins de bois de chauffe et protéger la forêt.

Nous cherchions une solution et l’idée a très vite été d’élaborer un four économe. Nous avons regardé ce qui se faisait aux États-Unis ou en Europe mais vu les prix des fours, parfois plusieurs centaines d’euros, il était inenvisageable de les vendre à Madagascar. Grâce à l’aide financière d’une l’ONG néerlandaise, Icco Cooperation, nous avons acheté différents modèles, et en les analysant, nous avons développé en 2013 un premier prototype de four fait d’argile, de cendres, de paille et terre rouge. Il était plutôt concluant et a permis d’utiliser moins de bois de chauffe, mais il y avait un problème : il se cassait facilement.

Nous avons alors élaboré un second prototype avec l’aide technique du CNRIT, plus solide et plus économe. Selon les études réalisées sur les prototypes, il permet 69 % d’économies en bois. Ce prototype est fait avec du sable, mais aussi du kaolin, qui s’est avéré plus efficace que les cendres pour solidifier le four, et bien sûr essentiellement de l’argile de bonne qualité."


"Il nous faut absolument trouver des fonds pour subventionner la suite de la production"

Les propriétés de l’argile pour conserver les températures ont permis de réduire la taille de la cavité pour les combustibles. Nous avons ensuite dû faire pas mal de tests et de calculs pour optimiser les deux arrivées d’air, l’une devant accélérer la combustion sans éteindre le feu, l’autre permettre de maintenir la chaleur. Ces réglages faits, nous avons obtenu un four qui permet de réduire sensiblement la consommation de bois : pour cuire six gobelets de riz, un four classique nécessite dix rondins de bois ; le notre, seulement trois.

Nous faisons face à un problème de coût. Nous avons organisé une large consultation citoyenne pour connaître les besoins des habitants et savoir quel prix ils seraient prêts à mettre dans ce four. Le résultat est autour de 5 000 ariarys par four (environ 1,50 euro), or un four nous coûte 15 000 ariarys (environ 4,50 euros) à fabriquer. Grâce aux subventions d’Icco Cooperation, nous avons pu produire une centaine de four et les vendre à 5 000 ariarys dans les villages autour de Fianarantsoa. Mais il nous faut absolument retrouver des fonds pour subventionner la suite de la production, sans quoi nous ne pourrons pas vendre au prix du marché et personne ne nous achètera le four. Avec l’aide d’Icco, nous pourrons produire jusqu’à 2 000 fours, c’est bien mais nous visons plus, on voudrait équiper un maximum de foyers malgaches.

Nous espérons par ailleurs obtenir de l’État le droit de revendre des droits à polluer sur le marché du carbone [depuis le Protocole de Kyoto en 1997, une entreprise qui respecte ou fait mieux que son quota d’émissions de gaz à effet de serre peut obtenir des "crédits-carbone" qu’elle peut revendre à une entreprise ne respectant pas son quota]. Cela nous semble justifié, puisque notre four permet de réaliser des économies d’émission de carbone. Mais juridiquement, le produit reste considéré comme émetteur de carbone. Par ailleurs, nous devrions être taxés pour l’utilisation des matières premières, or nous faisons valoir qu’on les utilise dans un but écologique. Ces points sont encore en discussion.

L’utilisation de four économes en énergie doit par ailleurs avoir des effets économiques et sociaux positifs : augmentation de pouvoir d’achat grâce à la baisse du budget consacré au bois de chauffe, réduction des risques de maladies avec la baisse des émissions de fumée, amélioration de la qualité de l’air dans les maisons.

Madagascar est l’un des pays les plus touchés par la déforestation, notamment à cause de l’utilisation massive du bois de chauffe, mais aussi de la culture sur brûlis, du trafic du bois de rose et de l’exploitation minière. En 2014, l’île a perdu 318 000 hectares de forêt, soit près de 2 % de sa superficie forestière totale, alors que sur l’ensemble de la planète, 18 millions d’hectares ont été perdus.


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