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Le frère Claude Fritz au service des enfants malgaches

Mardi 14 Août 2012

Le frère Claude Fritz au service des enfants malgaches
Homme profondément généreux, le frère Claude Fritz est au service des plus démunis de Madagascar où il a a élu domicile depuis 1965, pour permettre aux enfants de la brousse d’aller à l’école. (source : lalsace.fr)

L’œil pétillant, la parole aisée et le sourire généreux, le frère Claude Fritz est intarissable sur son association et sa marmaille, à chaque déplacement annuel en Alsace. Depuis 2000, il dirige Vozama (qui se traduit par « Sauvons les enfants malgaches ») et a en charge 11 400 enfants dans les villages reculés des hauts plateaux de Madagascar, de Fianarantsoa et Ambositra.

Ce religieux originaire de Bernardswiller, dans le Bas-Rhin, a grandi dans une famille de sept enfants. Il est le quatrième de la fratrie. « Petit déjà, on m’avait surnommé le Felschirmprunger, [sauteur en parachute]. Monté sur le bord d’une fenêtre de la maison, je suis tombé cinq mètres plus bas, entre la herse et la charrue. J’avais déjà un ange gardien ! », raconte avec malice ce frère de la Congrégation de la doctrine chrétienne (plus connue sous le nom des Frères de Matzenheim). Né en 1940, il se souvient des nombreux débris de la Seconde Guerre mondiale qui représentaient un vrai danger. « À 6 ans, après la classe, j’aimais bien me promener dans les champs. Avec un copain, je découvre un jour un genre d’œuf métallique… La grenade a sauté et mon copain a perdu trois doigts. Moi, j’avais des éclats métalliques sur les bras. Je me sens encore coupable quand j’y pense. »

Et puis, il remonte encore le temps et rapporte l’histoire de sa naissance : « Je suis né à la maison. Maman m’a raconté que la lumière s’était éteinte à cause de l’orage, alors qu’elle accouchait. Comme j’étais chétif, mes parents craignaient pour ma vie et j’ai été baptisé trois fois ! » Et l’orage le poursuit aussi lors de ses vœux perpétuels, prononcés en 1967. Deux messes sont célébrées conjointement à Bernardswiller et à Mananjary, à Madagascar. « Dans l’église de mon village, les plombs ont sauté suite à l’orage. C’était un signe. »

Ce fils de viticulteurs a le souvenir vivace de l’odeur des foins de son enfance, du travail dans les vignes et dans les champs. « Mais ce que je préférais par-dessus tout, c’était la période des vendanges. Il y avait la fête au village et la musique municipale faisait le tour des vignobles. C’était magique ! » Enfant, il se souvient aussi d’avoir élevé des pies et de petits poissons qu’il pêchait.

Claude Fritz évoque aussi la figure de Maximilien, un frère qui « recrutait » pour la congrégation de Matzenheim. « J’avais 11 ans. Il est venu à la maison. Son école était à 20 km de chez moi. Je me suis dit : pourquoi pas ? Le Seigneur a des voies qu’on ne connaît pas. Nous étions trois enfants du village à avoir accepté. » À cette époque, il correspondait avec un père spiritain, installé au Cameroun. L’idée de partir un jour en mission trouve là son origine.

En 1965, il décroche sa double licence d’anglais et de théologie. C’est aussi l’année au cours de laquelle il part à Madagascar, en coopération avec la délégation catholique. Là, il enseigne au collège de Mananjary, sur la côte Est. Ce collège a été fondé par le frère Romain, 95 ans aujourd’hui et qui vit toujours à Madagascar. En 1967, Claude Fritz prononce ses vœux et prend la direction de l’établissement jusqu’en 1975. « Ma première image du pays, c’est la plage de sable blond qui faisait office de cour de récréation au collège de 500 élèves… Et la raie au beurre noir avait un goût inimitable ! Pour l’Alsacien que je suis, c’était magique. J’ai toujours voulu rester proche de la culture malgache. Alors j’ai inclus, dans les programmes scolaires, le travail de la terre et la culture du café et du riz. »

Le pays entre dans de fortes turbulences politiques dès 1972. « Nous avons connu trois années blanches où l’on ne pouvait pas enseigner. » Il se souvient aussi d’interrogatoires de police, alors qu’il était accusé d’avoir fomenté la révolution en cours. « J’ai été traduit devant un tribunal populaire constitué de certains de nos professeurs. C’était humiliant, même s’il n’y a pas eu de sanction personnelle. Pour nous, les religieux, il fallait rester et attendre que la tempête passe. Heureusement, il n’y a jamais eu de violence contre nous. » Un nouveau collège est construit en 1975 à Fianarantsoa, la deuxième ville du pays où les frères alsaciens ont élu domicile pour des raisons climatiques. « J’ai été le seul directeur blanc de la région et sur la sellette pendant plusieurs années. J’ai assisté à la ‘‘malgachisation’’ totale et au retour de l’illettrisme. Nous avons perdu une génération de jeunes et subissons encore les dégâts de cette politique sur le terrain. »

En 1996, le frère Claude lance avec un homologue malgache, le frère Didace, le projet ambitieux de se rendre dans les villages de brousse. « Il était urgent de faire évoluer le milieu de la brousse pour améliorer les conditions de vie des villageois. Nous avons travaillé sur l’irrigation du riz, les pépinières, tout en intégrant les croyances ancestrales et la planification des cultures. C’était extraordinaire ! La population était avec nous, et nous avons réussi à rapprocher les villages des différentes vallées entre eux… »

C’est ainsi qu’est née l’association Vozama, en 1997, fondée par le frère mulhousien André Boltz. Le frère Claude a été le premier directeur d’école de brousse. Il prend la direction de Vozama en 2002. Cette structure est aujourd’hui implantée dans 730 villages, sur une superficie équivalente à quatre fois l’Alsace. « Notre but est de déplacer l’école vers l’enfant, et non l’inverse. De mettre à niveau les enfants les plus pauvres, souvent analphabètes, pour qu’ils puissent intégrer, après deux ans chez nous, l’école publique et suivre une scolarité normale. Les cours sont dispensés par une monitrice du village formée et contrôlée par nous. Les familles sont associées en payant une contribution minime. En 2011, nous avons accueilli 11 400 enfants. Mais il y a encore beaucoup à faire. Car un enfant qui sait lire et écrire change de comportement. Nous réalisons aussi un travail sur l’hygiène, avec l’installation de réseaux d’eau potable, et sur les cultures et le reboisement avec les parents. 37 000 arbres ont ainsi été plantés l’an dernier. »

Pour l’avenir, Claude Fritz se dit serein. La congrégation est riche de 40 frères malgaches, dont la moitié travaille pour le programme Vozama. « Notre engagement religieux est tourné vers l’enseignement, rappelle-t-il. Il nous faut maintenant travailler à la pérennisation de Vozama. »

Contacter Olivier Maugeais, tél. 03.88.86.10.13 ; site internet : www.vozama.org

N.R.

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