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Les razzias de zébus à Madagascar, une tradition devenue trafic meurtrier

Samedi 21 Novembre 2015

Le gendarme Harisisy est toujours convalescent, cinq mois après avoir été blessé par balles par des voleurs de zébus à Madagascar : le vol de bétail, qui était à l'origine une tradition culturelle sur la Grande Ile, tourne au conflit sanglant, et bandits comme forces de l'ordre sont soupçonnés d'exactions.

En mai, une quarantaine de voleurs de zébus, ou "dahalos", lourdement armés de kalachnikov et de fusils de chasse, dérobent plus de 200 têtes de bovidés dans le district de Manja, dans l'ouest de Madagascar. Avec trois collègues et une dizaine de villageois, Ralison Harisisy se lance à leur poursuite. Après deux jours de marche éreintante dans cette région montagneuse, c'est l'affrontement.

"En ratissant le champ de bataille, les dahalos ont vu mon visage ensanglanté, ils m'ont cru mort et se sont contentés de prendre mes armes", raconte à l'AFP Ralison Harisisy, qui se déplace désormais avec des béquilles.

Le gendarme peut s'estimer chanceux. Le bilan des opérations de forces de sécurité contre les dahalos est meurtrier. Depuis le début de l'année, 14 gendarmes ont été tués par les voleurs de zébus, selon le chef de service des opérations de la gendarmerie, le lieutenant-colonel Gabriel Ralaikoa Tianarivo. Et au moins 45 dahalos ont trouvé la mort.

Traditionnellement, le vol des zébus était un rite de passage permettant aux jeunes Malgaches de prouver leur virilité. C'était aussi un moyen de "remplir des obligations sociales", comme la dot et les offrandes pour les enterrements, selon un député du sud-ouest, Mara Niarisy.

Le zébu, synonyme de richesse

Depuis l'abolissement de la royauté à la fin du XIXe siècle à Madagascar, "le rang social se définit en effet par le nombre de zébus qu'un individu possède", explique le journaliste malgache et écrivain, spécialiste du sud de l'île, Latimer Rangers.

Mais "les vols ont changé de forme à partir des années 80, perpétrés par des groupes armés qui ciblent des centaines de zébus" et qui sont devenus de plus en plus violents depuis cinq ans, poursuit le député Niarisy.

Fortement armés, les dahalos attaquent désormais par centaines et "osent affronter de face les forces de l'ordre", déplore le lieutenant-colonel Tianarivo.

Les deux camps sont soupçonnés d'avoir commis des exactions.

"Les dahalos sont des gens sans foi ni loi. Ils peuvent aller dans les campagnes, brûler toutes les maisons, tuer des femmes enceintes", affirme le lieutenant-colonel.

Mais le ministre de la Défense, le général Dominique Rakotozafy, reconnaît aussi ouvertement des dérapages de la part des forces de sécurité. "Les opérations (de maintien de la paix) avancent très bien, mais il est vrai qu'il y a parfois des bavures" en raison d'éléments indisciplinés, dit-il à l'AFP.

"La paix commence à revenir. Les gens reviennent peu à peu dans leur village et y dorment", affirme-t-il.

'La misère n'a pas été prise en compte"

Certains s'indignent. "Quand vous tirez dans le tas parce que vous soupçonnez qu'un village cache des dahalos, ce n'est pas normal", lance Lilie Razafimbelo du Collectif des citoyens et organisations citoyennes (CCOC). "Il y a des bavures et pas de sanction", affirme-t-elle.

La pauvreté, l'instabilité politique de 2009 à 2014 sur la Grande Ile et l'affaiblissement de l'Etat expliquent cette escalade, selon plusieurs sources. "La misère qui s'est installée dans les campagnes n'a pas été prise en compte par le pouvoir qui était confronté aux luttes de factions politiques", estime Latimer Rangers.

A la tête des dahalos se trouvait un mystérieux bandit, Remenabila, de son vrai nom Arthur Rabefihavanana (Arthur le plein d'amitié, en malgache). Il est mort le 8 novembre 2013 "en plein accomplissement de son travail", selon son acte de décès officiel obtenu par l'AFP. Concrètement, il était en train de voler des zébus, explique la gendarmerie.

Une chamane de Remenabila, qui lui fournissait des gris-gris pour le protéger des balles, a récemment comparu devant la justice. Surnommée Tokanono ("qui n'a qu'un seul sein", en malgache) , elle a été condamnée en octobre aux travaux forcés à perpétuité pour association de malfaiteurs et assassinat.

Mais les dahalos bénéficient généralement d'une grande impunité qui contribue à alimenter le trafic. "Des dahalos ont échappé à maintes reprises à la justice à cause de la corruption. Les victimes sont frustrées", constate Latimer Rangers.

Source : TempsRéel.NouvelObs.com

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