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Les voitures volées partaient pour Madagascar : quatre ans ferme pour la commanditaire

Lundi 4 Mars 2013

Les voitures volées partaient pour Madagascar : quatre ans ferme pour la commanditaire
Des recels de cambriolage qui quittent la Réunion en conteneur pour être revendus dans la Grande-Ile. (source : clicanoo.re)

C’est une vaste affaire de vols et d’escroqueries que les gendarmes ont démantelée fin 2011. Cinq cambrioleurs et trois escrocs revendaient cash leurs larcins à un frère et une sœur franco-malgache. Un commerce lucratif puisqu’au moins sept conteneurs remplis d’objets et 27 véhicules seraient partis vers la Grande-Ile.

TRIBUNAL CORRECTIONNEL

« La malgachie ». C’est ainsi qu’était surnommée Sakira Abdallah Nahmad dans le milieu du cambriolage réunionnais. La dame était connue pour racheter tout produit volé. De la voiture au réfrigérateur en passant par les bijoux de famille ou le matériel multimédia. Ce ne sont pas moins de dix prévenus qui se sont succédé à la barre du tribunal correctionnel hier dans une vaste affaire de vols et d’escroqueries dont les produits étaient destinés à s’envoler vers Madagascar.
Courant 2011, les gendarmes de Sainte-Suzanne sont informés qu’une femme et son frère achètent des objets volés à des cambrioleurs pour les envoyer par conteneur dans la Grande-Ile. Des écoutes téléphoniques menées pendant plusieurs mois permettent de confondre une dizaine de personnes. Sakira Abdallah Nahmad, 46 ans, et son frère Abdallah, 40 ans, tous deux franco-malgaches, passent commande auprès de plusieurs petits cambrioleurs et escrocs. La fratrie règle en liquide, 3 000 à 4 000 euros pour une voiture, 1 000 euros pour les bijoux ou le matériel divers.
Deux cambrioleurs confirmés, Wilson Singainy dit « Malbar », 27 ans et Léonard Chan Weng Yen, dit « le Chinois », 22 ans, recrutent Dimitri Moimbé, 20 ans, Jérôme Boyer, 21 ans, et Jean-Philippe Imare, 43 ans. Le quintet est bien organisé. « Sakira nous indiquait où commettre les cambriolages. Elle savait où trouver les voitures qui l’intéressaient », explique Singainy. « Beaucoup de cambrioleurs travaillaient pour elle, ça se savait. On faisait les voitures, le multimédia, l’or et elle nous payait en espèces. »

« ILS VEULENT TOUT METTRE SUR MA TÊTE »

Parallèlement, des escroqueries sont initiées par Jean-Fred Payet, 43 ans, qui va émettre pour 22 000 euros de chèques frauduleux au préjudice de plusieurs enseignes. L’escroc d’habitude embauche Jean-Patrick Numa, 33 ans, et Laurent Fénelon, 37 ans, pour « faire les courses ». La bande utilise des comptes-chèques clôturés ou non approvisionnés pour acheter de la marchandise chez Ravate, But et Leroy-Merlin. Les objets sont rachetés par Sakira qui entasse le tout dans des conteneurs, direction Nosy-Be et Diego-Suarez.
Devant les juges, hier, l’instigatrice se défend : « Ils veulent tout mettre sur ma tête ! Mais j’achetais ce qu’ils avaient, je ne passais pas commande ! », explique Sakira Abdallah Nahmad. Les écoutes téléphoniques démontrent pourtant le contraire. Les preuves contre la « Malgachie » sont accablantes. Pour la procureure-adjoint Emmanuelle Barre, le but de cette bande était uniquement de gagner de l’argent facilement. "Vous avez face à vous un réseau de cinq cambrioleurs, une équipe de trois escrocs, avec comme point commun Sakira et son frère Abdallah. Sakira commande des véhicules aux voleurs, des bijoux, de l’outillage, de l’électroménager. Elle ne peut pas le contester, c’est très clair. Elle a recelé mais également commandité un certain nombre d’escroqueries. Ce dossier nous a aussi permis d’élucider huit cambriolages commis en l’espace d’un mois. Et les cinq cambrioleurs sont tous des récidivistes. » Au terme des réquisitions (voir par ailleurs), dix avocats vont se succéder à la barre pour la défense des prévenus.

« LES RÉQUISITIONS SONT SÉVÈRES »

Me Jean-Jacques Morel, pour Jérôme Boyer, considère que la peine requise contre son client est beaucoup trop lourde. Me Julien Magamootoo, pour Imare, a le même sentiment. « Monsieur Imare n’est pas un délinquant, il ne mérite pas de prison ferme. Il n’a retiré aucun bénéfice de ces vols. » Me Fernande Anilha, pour Fénélon, considère que son client était « au bout de la chaîne ». Il n’était pas au courant de l’escroquerie et a déjà remboursé une grande partie du préjudice à Ravate. Me Catherine Moissonnier, pour Jean-Fred Payet, ironise : « Je veux bien qu’il ait le dos large mais les réquisitions sont sévères. Madame le Procureur demande des peines plus lourdes que pour certains des cambrioleurs. » Me Laurent Payen, pour Léonard Chan Weng Yen, veut démystifier le dossier. « C’est un cambrioleur qui avait affaire à des receleurs telle Sakira. Ce qui se passait après n’avait pas beaucoup d’incidence pour lui. » L’avocat demande la relaxe pour une partie des faits. Me Aurélien Rochambeau, pour Jean-Philippe Imare, va dans le même sens : « Sur la qualification, on est plus proche d’un recel que d’une participation à un vol. Sa participation est très ponctuelle », plaide l’avocat. Son confrère Satish Rambhujun, pour Dimitri Moinbé, rappelle que son client a été honnête depuis le début de l’instruction. Pour lui, la prison n’est pas la solution. Me Nicolas Normand pour Wilson Singainy, souhaite une confusion de peine avec un précédent dossier. « C’est le seul enjeu pour lui aujourd’hui. Il est incarcéré depuis près de deux ans. Il y a un concours d’infractions entre tous ces faits », explique l’avocat. Me Éric Dugoujon, pour Abdallah Abdallah, rappelle que son client est poursuivi pour deux recels et considère lui aussi que la peine requise est disproportionnée au regard des infractions. Enfin, Me Marius Rakotonirina, pour l’instigatrice du trafic, considère que sa cliente a été entraînée sur le chemin de l’exportation par son frère.

Au terme des délibérés, les juges confirment une partie du réquisitoire, en prononçant 5 ans d’emprisonnement dont un an de sursis mise à l’épreuve pendant deux ans, ainsi que 15 000 euros d’amende pour Sakira Abdallah. Son frère écope de deux ans de sursis mise à l’épreuve et de 3 000 euros d’amende.

Les cambrioleurs sont respectivement condamnés à un an d’emprisonnement dont dix mois de sursis mise à l’épreuve pour Jérôme Boyer, trois ans dont 18 mois de sursis mise à l’épreuve pour Dimitri Moimbé et pour Jean-Philippe Imare, trois ans dont un an de sursis mise à l’épreuve pour Léonard Chan Weng Yen et quatre ans dont un an de sursis mise à l’épreuve pour Wilson Singainy. Enfin, quatre mois de prison avec sursis pour Laurent Fénélon, six mois de prison avec sursis pour Jean-Patrick Numa et deux ans de prison ferme pour Jean-Fred Payet. Par ailleurs, les cambrioleurs, escrocs et revendeurs devront rembourser les différentes victimes à hauteur de 80 000 euros.

Frédérique Seigle

N.R.

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