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Lu sur le net : Ils vivaient cachés dans leur voiture...

Mercredi 14 Septembre 2011

Lu sur le net : Ils vivaient cachés dans leur voiture...
Lu sur le net :

Sans papiers, la famille a vécu dans une voiture garée dans les bois de l’étang du Gol...
Des conditions précaires dont ils ne se plaignent pas, espérant désormais que leur avenir sera un peu plus heureux (photo E.M.).

 http://www.clicanoo.re/11-actualites/16-faits-divers/295815-ils-vivaient-caches-dans-leur.html http://www.clicanoo.re/11-actualites/16-faits-divers/295815-ils-vivaient-caches-dans-leur.html


Leur avenir est encore flou. Tout se décidera dans les prochains jours, lors d’un rendez-vous à la préfecture qui statuera sur leur sort. À savoir une autorisation de séjour ou une reconduite à la frontière. Quelle que soit cette décision, l’incroyable parcours de cette famille malgache restera unique. Ces 12 dernières années, jusqu’à leur interpellation par les gendarmes de la Plaine-des-Cafres, dimanche dernier (notre édition de mardi), Marcellin, Nancy et leurs enfants Francky et Dylan ont vécu dans une voiture. Sans papiers, c’est le seul moyen qu’ils ont trouvé pour vivre cachés. Récit.

“Ça paraît un peu fou mais c’est vrai”. Marcellin, Nancy, Francky et Dylan préfèrent en rire. Une manière pour eux de dédramatiser ces quinze dernières années de clandestinité, dont 12 passées à vivre dans une voiture. Rencontrés hier, ces sans-papiers malgaches racontent leur incroyable histoire pour la deuxième fois seulement après leur garde à vue à la gendarmerie de la Plaine-des-Cafres, le week-end dernier. Jusque-là, leur clandestinité les condamnait au secret. Ce couple, âgé d’une quarantaine d’années, et leurs enfants de 16 et 19 ans ne se plaignent pas. Ils ont pourtant vécu une situation de profonde précarité depuis leur arrivée à la Réunion en 1996. Cette année-là, Marcellin et Nancy, originaires de Tananarive, décident de quitter la misère dans laquelle ils vivent avec leurs deux garçons, âgés de 4 ans et 16 mois. Le couple parvient à obtenir un visa touristique de dix jours pour la Réunion. Ils savent déjà que le billet retour ne servira jamais. La mère part devant pour dégoter un logement. “Après quelques jours, j’ai réussi à trouver une maison à la Ravine-des-Cabris”, se souvient-elle. Le propriétaire n’est pas très regardant sur les papiers, elle donne le feu vert à son mari. Celui-ci atterrit alors avec les deux enfants. En s’appuyant sur sa communauté, Nancy trouve vite un travail au noir. “Je vendais des produits artisanaux malgaches au porte-à-porte. J’achetais mes marchandises auprès d’un grossiste, témoigne la maman. Quand j’allais chez des clients, je leur demandais s’ils n’avaient pas besoin de quelqu’un pour des petits boulots, comme le jardinage, et je proposais les services de mon mari”.

“ON OUVRAIT LES VITRES POUR LAISSER DÉPASSER LES PIEDS”

Jusqu’à dimanche dernier, la famille a ainsi toujours réussi à subvenir à ses besoins. “On est resté à la Ravine-des-Cabris pendant quelques mois puis, un soir, les gendarmes sont venus enquêter dans notre rue. Ce n’est pas nous qu’ils cherchaient mais on a eu peur, très peur. On a décidé de partir”, poursuit Nancy. Une crainte qui ne les quittera jamais pendant ces quinze années de clandestinité, provoquant une perpétuelle fuite en avant. “On a connu d’autres maisons ensuite. Mais à chaque fois, on sentait que les gens se posaient des questions. On changeait de quartier à Saint-Pierre mais le ladi lafé nous rattrapait. Les gens voyaient qu’on évitait la police, ils disaient qu’on était sûrement des voleurs. On avait honte mais on ne pouvait rien dire”, raconte la famille, encore humiliée par ce jugement. Ils quitteront alors Saint-Pierre pour Saint-Louis, mais là encore les bruits ne tarderont pas à refaire surface : “On vivait à quatre dans une case sous tôle avec une chambre. Les passants se demandaient pourquoi on vivait comme ça avec nos enfants, pourquoi on n’avait pas d’aides sociales. C’est là qu’on a décidé de se cacher, on aurait fini par être dénoncés. On a acheté une voiture avec nos économies et on s’est installé dedans. C’était en 1999”. Ce premier véhicule est un utilitaire Renault Express. “Au moins c’était spacieux”, rigolent les quatre Malgaches qui, lors de leur arrestation dimanche, dormaient à quatre dans une Peugeot 106. “Entre-temps, on a eu une R 19. Pour dormir, on entassait des vêtements sur le sol devant la banquette arrière. Ca faisait un petit lit pour mon frère et moi. Les parents dormaient sur les sièges avant”, décrit Francky, l’aîné. “Plus on a grandi, plus c’était serré”, sourit-il du haut de son 1,80 m. Son frère, 16 ans, mesure 15 centimètres de moins. “Quand la température le permettait, on ouvrait les vitres pour laisser dépasser les pieds”, se marrent les frangins. Le tout en jonglant entre les affaires de la famille et autres ustensiles de cuisine entreposés ici et là.

“PAS QUESTION D’ALLER À L’HÔPITAL”

Tout en gardant leur travail, les deux parents adaptent leur quotidien à cette profonde précarité. Pour eux, l’essentiel est de ne pas attirer l’attention. “Jusqu’en janvier dernier, on vivait dans le bois autour de l’étang du Gol. On s’enfonçait le plus possible dans la forêt avec la voiture. On se garait chaque soir, vers 21 h, et on repartait au petit matin, vers 6 h”, explique Marcellin. Chaque journée était identique : “Je me levais à 4 h pour préparer à manger pour la journée, poursuit le père. Je cuisinais au feu de bois donc je faisais ça très tôt pour que personne ne me voie. Ensuite, je mettais ça en barquettes pour le déjeuner et le dîner. Du coup, c’était riz froid tous les soirs. Et quand il faisait chaud, les plats se gâtaient dans la journée. Là, on ne mangeait pas”. Pendant que le papa préparait les repas, sa femme et ses enfants en profitaient pour se laver. Dans la nuit, à l’aide de bouteilles d’eau remplies aux pompes publiques. Ensuite, toute la famille partait sur les routes du Sud pour gagner le minimum vital : un budget de 50 euros par jour pour la nourriture et l’essence. Pendant que la mère travaillait, le père gardait les enfants et vice-versa. Des journées où les parcours étaient étudiés pour éviter les coins réputés pour les contrôles routiers. “On s’est quand même fait arrêter plusieurs fois, en tremble encore le père, seul à avoir le permis. Je montrais les papiers de la voiture mais ils n’étaient pas en règle. Sans pièce d’identité, impossible d’obtenir une carte grise à mon nom ou d’assurer le véhicule. Les gendarmes me mettaient des PV et nous laissaient repartir”. Et d’ajouter : “J’ai toujours réglé mes amendes. On a toujours payé ce qu’on devait, c’était une règle. Notre situation était déjà assez compliquée comme cela”. En 15 ans, cette famille n’a jamais demandé d’aide à personne. Question santé, la famille a aussi dû trouver des combines. “Pas question d’aller à l’hôpital, il faut montrer ses papiers, souligne la maman. Quand les enfants étaient malades, on allait chez des médecins. Je disais que j’avais oublié la carte Vitale et je payais en espèces”. En 2006, Francky a survécu à une grave crise de chik grâce à cette méthode. “Il a eu des complications, il était même paralysé à un moment, poursuit Nancy. Il a été malade pendant plus d’un an mais on a réussi à le faire soigner”.

LES ENFANTS NE SONT JAMAIS ALLÉS À L’ÉCOLE

Les enfants ne sont jamais allés à l’école. “C’est moi qui leur ai appris à parler, écrire et lire le français, indique la maman. Ensuite, on a demandé à une amie de leur donner des cours particuliers. Mais cette personne ne connaissait pas vraiment notre situation”. Francky et Dylan ont ainsi acquis un niveau scolaire CM2. “Après, on allait le plus souvent possible à la médiathèque. Dès qu’on n’était pas avec nos parents, on y passait nos journées pour lire tout ce qu’on pouvait”, racontent les deux frères qui s’expriment dans une langue irréprochable. Tous les deux ont aussi dû apprendre à mentir sur leur situation. “On a des amis rencontrés dans la rue, explique Francky. Mais aucun d’eux ne devait savoir, alors on racontait des histoires, on faisait croire qu’on était à l’école et on ne donnait pas de détails sur notre vie”. Toujours ensemble, les deux frères n’ont jamais trahi le secret. Non sans privation. “Ce n’est pas possible d’avoir une copine, par exemple. Cela aurait été trop compliqué à gérer”, poursuit-il. Autre frustration : “Un jour, un gars m’a volé mon portable et ma casquette. J’aurais pu me défendre mais je n’ai rien fait. Ça risquait de nous amener des problèmes”. Cependant, les deux jeunes gens paraissent épanouis. Ils affichent même un style vestimentaire à la mode, style hip-hop pour le grand et plus classique pour le benjamin. “C’est important pour passer inaperçu. On n’a que deux tenues chacun mais on les soigne. On achetait uniquement ce dont on avait besoin. Autrement, des clients de ma mère nous donnaient parfois des vêtements”, confie Francky. “On faisait une lessive par semaine, tous les dimanches. C’est important de rester digne et propre”, poursuit la mère qui, coiffée et légèrement maquillée, regarde avec complicité ses hommes rasés de près.

“C’EST PIRE À MADAGASCAR”

Malgré cela, la famille a été repérée plusieurs fois à Saint-Louis. D’où leur départ, en janvier dernier, pour la Plaine-des-Cafres. Là, les gendarmes n’ont pas mis longtemps à les interpeller. “Ils avaient dû mal à croire à notre histoire. Surtout qu’on n’a pas l’allure de SDF, témoignent les sans papiers. Ils nous ont dit qu’on ne pouvait plus vivre comme cela, qu’il fallait demander des papiers. On les a toujours fuis mais, en fait, ils ont été très gentils”. Devant leur parcours, le parquet de Saint-Pierre, lui, a autorisé leur remise en liberté plutôt qu’un placement en centre de rétention. La voiture leur a cependant été confisquée. Hébergée dans un logement d’urgence à Sainte-Suzanne, la famille espère désormais que la préfecture se montrera aussi compréhensive. “Ici, la vie n’a pas été facile tous les jours mais c’est pire à Madagascar. Nos proches qui sont là-bas souffrent, on vient d’une famille très pauvre. On aimerait juste qu’on nous laisse rester, après on se débrouillera”

Etienne Mvé
N.R.

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