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Madagascar - La Grande Île écrit son histoire

Mercredi 23 Janvier 2013

Voro reproduit les illustrations ©Clara Guyon
Voro reproduit les illustrations ©Clara Guyon
Depuis des générations, les contes, légendes et traditions de Madagascar se transmettent par la parole et le chant. (source : journaleuropa.info)

Des enfants à la bibliothèque Zaza Mitsiky  ©Clara Guyon
Des enfants à la bibliothèque Zaza Mitsiky ©Clara Guyon
A l’heure de la « mondialisation littéraire », alors que l’Occident se lasse déjà de la liseuse numérique, qu’en est-il de la Grande Île ?

Dans le cadre d'un projet solidaire, Clara a pu observer la situation culturelle sur place.

La véritable naissance de la littérature malgache se situe au début du XXe siècle, avec la parution de journaux indépendants qui sont aujourd’hui encore le principal moyen de diffusion des informations du pays. Rapidement, de nombreux Malgaches sont attirés par ce mode d’expression et, dès les années 1930, des hommes de lettres de talent se révèlent inspirés par « la terre de leurs ancêtres ». Ces dernières années ont vu émerger Jean-Luc Raharimanana, Charlotte Rafenomanjato et Esther Nirina, désormais reconnus à l’étranger.

Mais la crise de 2009 (lire encadré ci-contre) a porté un coup d'arrêt à cette fragile évolution. La production littéraire n’étant pas reconnue comme une affaire rentable, le gouvernement freine les politiques de promotion culturelle. Les livres sont mal diffusés : les habitants des villes y ont accès, mais 75 % des Malgaches vivent à la campagne. La population, pour qui cet outil est étranger, se mobilise très peu pour accéder à la lecture. Et pourtant, un pays instruit est plus difficile à manipuler !

Trop coûteux, les livres sont peu présents dans le système éducatif. Et même quand ils en disposent, les enseignants peinent à les exploiter, soit par manque de formation sur leur valeur pédagogique, soit parce qu'ils ne les comprennent pas… En effet, les instituteurs de la génération 1980-1990 ont connu la « malgachisation » et n'ont donc pas appris le français. Comment, alors, l'enseigner aux enfants ?

Certes, l’apprentissage du français est indispensable pour envisager des études, ou pour se professionnaliser dans le tourisme ; et les livres francophones les mieux conçus permettent une ouverture sur le monde. Mais ils restent un outil palliatif, en attendant que Madagascar puisse promouvoir ses propres richesses par l’écrit.

Des contes pour les enfants ©Clara Guyon
Des contes pour les enfants ©Clara Guyon
Dans le cadre d'un projet solidaire, Clara a pu observer la situation culturelle sur place.

La véritable naissance de la littérature malgache se situe au début du XXe siècle, avec la parution de journaux indépendants qui sont aujourd’hui encore le principal moyen de diffusion des informations du pays. Rapidement, de nombreux Malgaches sont attirés par ce mode d’expression et, dès les années 1930, des hommes de lettres de talent se révèlent inspirés par « la terre de leurs ancêtres ». Ces dernières années ont vu émerger Jean-Luc Raharimanana, Charlotte Rafenomanjato et Esther Nirina, désormais reconnus à l’étranger.

Mais la crise de 2009 a porté un coup d'arrêt à cette fragile évolution. La production littéraire n’étant pas reconnue comme une affaire rentable, le gouvernement freine les politiques de promotion culturelle. Les livres sont mal diffusés : les habitants des villes y ont accès, mais 75 % des Malgaches vivent à la campagne. La population, pour qui cet outil est étranger, se mobilise très peu pour accéder à la lecture. Et pourtant, un pays instruit est plus difficile à manipuler !

Trop coûteux, les livres sont peu présents dans le système éducatif. Et même quand ils en disposent, les enseignants peinent à les exploiter, soit par manque de formation sur leur valeur pédagogique, soit parce qu'ils ne les comprennent pas… En effet, les instituteurs de la génération 1980-1990 ont connu la « malgachisation » et n'ont donc pas appris le français. Comment, alors, l'enseigner aux enfants ?

Certes, l’apprentissage du français est indispensable pour envisager des études, ou pour se professionnaliser dans le tourisme ; et les livres francophones les mieux conçus permettent une ouverture sur le monde. Mais ils restent un outil palliatif, en attendant que Madagascar puisse promouvoir ses propres richesses par l’écrit.


Michèle Rakotoson ©Clara Guyon
Michèle Rakotoson ©Clara Guyon
Un autre ennemi de la tradition orale : le temps

La source de l’histoire de Madagascar est menacée d'extinction, car il subsiste peu de traces des contes d’autrefois. La génération actuelle se détache peu à peu des traditions et souhaite adopter une culture occidentale. Chaque ancêtre qui décède emporte donc avec lui son lot de récits et de souvenirs. Ne faut-il pas recueillir ces mémoires, qui risquent d'être perdues à jamais ? Mais, de la part d'Occidentaux, n'est-il pas ethnocentrique d'imposer cette culture de l'écrit à un peuple ?

Figure emblématique de la littérature malgache, Michèle Rakotoson vient de recevoir la Grande médaille de la francophonie, décernée par l’Académie française en juin 2012. Elle affirme qu’« un savoir humain a besoin de se nourrir. Pour cela, il lui faut des livres. Le livre aide à conceptualiser très vite, à développer l'intelligence. Il existe une différence entre un enfant qui a accès au livre et celui qui ne l’a pas. L'expérience de la lecture apporte la possibilité de rêve imaginaire et de réactivité. »

Mais actuellement, la chaîne du livre malgache manque grandement de moyens. L’impression et l’édition sont hors de prix. Pour être édité, il reste le tirage à compte d'auteur, l’auteur devant participer très largement, voire intégralement, au financement de l’édition et de la diffusion de l’œuvre. Actuellement, la littérature jeunesse ne compte qu'une centaine de titres pour plus de 20 millions d’habitants.

Pour une autonomie littéraire de Madagascar

Les livres de Madagascar dépendent de l'appui humanitaire. Ils sont achetés par des associations, telle l'Unicef, qui passent commande auprès des éditeurs locaux, afin de les redistribuer au cours de leurs missions. Bonne initiative, mais on en voit déjà les limites. Sans les ONG, les livres ne se vendent plus, car rien n'est fait pour que les habitants puissent en acheter. « Nous devons sortir de cette politique d’assistanat constante », affirme Michèle Rakotoson.
Venant majoritairement d’Antananarivo, la capitale malgache, des initiatives cherchent à développer une chaîne du livre indépendante, en utilisant les forces et les atouts de la culture malgache.

Ainsi, les Éditions Tsipika ou les Éditions Jeunes Malgaches parviennent à faire paraître des ouvrages à 500 ou 1 000 exemplaires. Depuis 1990, le projet français « Appui au bilinguisme » et l’OIF1 ont contribué à l’apparition d'une vingtaine de centres de lecture, d’information et de culture (Clic), majoritairement dans les villages de brousse.

La bibliothèque « Zaza Mitsiky » à Mangily

Mangily, village vezo près de Tuléar, dans le sud-ouest de la Grande Île, a vu naître en 2004 une bibliothèque, soutenue par l’association franco-malgache Zaza Mitsiky, qui s'est agrandie jusqu'à abriter plus de 1 800 ouvrages. Durant trois mois, j’ai partagé la vie du village et animé ce véritable centre socio-culturel de brousse, avec l'animateur malgache référent.

Afin de former les enseignants à l’intérêt pédagogique des ouvrages, nous décidons de « sortir les livres », en mettant en place des lectures dans les trois écoles du village. Mais, malgré un tri, les livres de la bibliothèque sont le plus souvent en français et en décalage avec la réalité des enfants. Où s'arrête l'ouverture au monde et où commence la création de nouveaux besoins ?

Alors, ils écoutent, questionnent, regardent les images, rêvent… C'est déjà un grand pas, mais comment pérenniser leur attrait pour la lecture ? Sans doute en les incluant dans la gestion de la bibliothèque, dans la création d’un imaginaire, dans l’autonomie de leur esprit critique. Il faut alors traduire les livres, réinventer des histoires en partant de leur réalité.

C'est ce que tente de faire la maison d’édition Dodo Vole, tenue par l'auteur Johary Ravaloson et la plasticienne Mary-des-ailes. Ils sillonnent Madagascar pour partager le plaisir de la lecture et transcrire des contes régionaux avec les enfants. Trois livres en malgache régional et français ont déjà été édités, dont Lekozity et la racine magique, un conte betsimisaraka écrit et illustré avec des enfants de Tamatave. Johary et Mary sont venus à Mangily créer le quatrième.
Une révélation pour les enfants. Leurs croyances, leur ordinaire deviennent une force, un voyage « extraordinaire » dans leur passé. Se retrouver auteurs d’un projet commun, avoir la sensation de marquer l’histoire a été pour certains un déclic, un élan…

Des initiatives en marche

En France et à Madagascar, des Malgaches ont créé le projet Bokiko, pour promouvoir l’édition de livres malgaches, et permettre aux auteurs, illustrateurs, éditeurs et imprimeurs de vivre de leur métier. Michèle Rakotoson porte ce projet : « Il est très urgent de lancer des auteurs dans tout Madagascar. Il faut découvrir de bons auteurs de fiction, des jeunes, des auteurs d'essais politiques. Il faut travailler des concepts de livre à l'école, et développer une imprimerie nationale pour que les livres soient moins chers. »

L’État doit également mettre en œuvre une politique d'aide à l'édition et à la création littéraire, s’il souhaite réellement l'émancipation de son peuple. Mais la diaspora malgache peut aussi assurer les besoins financiers et logistiques en matière de culture littéraire. Et pourquoi ne pas inciter au retour des têtes pensantes au pays, en développant par exemple des maisons d’artistes et des fédérations d’écrivains, qui mutualiseraient leurs coûts en se finançant, en s’éditant et en se diffusant les uns les autres.

Il est essentiel d'apporter aux jeunes générations des ouvrages adaptés, en lien avec leur vie, leur langue et leur tradition, et de favoriser le travail de médiation et de formation, car un livre édité n’est pas forcément un livre lu… C’est tout un pan professionnel qui doit se construire mora mora (tout doucement).
La diversité culturelle, géographique, humaine et environnementale de Mada mérite d’être reconnue aux yeux du monde mais aussi à ceux de ses habitants. Puisqu’ils ont rarement les moyens de voyager, le voyage doit venir à eux, en partie par le livre, la découverte et la compréhension du monde qui les entoure.

1 Organisation internationale de la francophonie

Lutte de pouvoir

La crise politique à Madagascar s’est traduite par une série de manifestations, d’émeutes et de confrontation politiques qui ont secoué surtout la capitale à partir de janvier 2009.

Elle opposa les partisans du maire de Tana, Andry Rajoelina aux partisans de Marc Ravalomanana, président de la République de Madagascar depuis 2006. Les manifestants reprochent au président le détournement de l’argent public. En mars 2009, le président Marc Ravalomanana remet ses pouvoirs à l'armée qui les transmet à son tour à Andry Rajoelina. Sa prise de pouvoir est considérée comme un coup d'État par une partie de la communauté internationale.
Didier Ratsiraka et Albert Zafy, les deux anciens présidents malgaches veulent également tirer leur épingle du jeu. Les quatre présidents se livrent alors à un jeu d'échecs politique qui enfonce Madagascar dans une crise sans issue.

Clara Guyon, Mangily Madagascar ; Rémi Donaint, Nantes France
N.R.

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