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Madagascar envahie par des crapauds venimeux

Mardi 3 Juin 2014

Madagascar envahie par des crapauds venimeux
[ANTANANARIVO] Selon les chercheurs, la présence du crapaud épineux (Duttaphrynus melanostictus), appelé aussi crapaud buffle, sur le territoire de Madagascar, constitue une menace pour la biodiversité de l’île.

La peau du crapaud buffle adulte secrète en effet une toxine laiteuse ayant une odeur piquante et contenant des bioactifs susceptibles de provoquer des conséquences fatales au contact de l'être humain.
Cette espèce terrestre et nocturne qui vient de l’Asie est en train d’envahir la ville portuaire de Toamasina et ses environs, sur le littoral est.

Les chercheurs confirmaient sa présence à 30 km au sud de la ville fin mai, tandis qu'une expédition conduite par Roger Daniel Randrianiaina, chercheur au département de biologie animale de l’Université d’Antananarivo au mois de mars l’observait sur une aire de 100 km² aux alentours.

Les recherches préliminaires ont toutefois indiqué que son introduction dans le pays aurait pu bien avoir lieu en 2011 dans des conditions qui restent encore à déterminer.
Le B. melanostictus peut causer des démangeaisons dans les narines, les yeux et la peau exposée, lorsqu’il est manipulé par l’homme.

Mais cet animal qui possède des vertus aphrodisiaques, est très apprécié dans les traditions culinaires thaïlandaises, même si, selon des scientifiques, sa consommation peut causer des maladies graves ou même la mort.

Ses œufs aussi sont très dangereux pour l'être humain.

"Aucun élément scientifique matériel ne prouve que cette espèce venimeuse tue les poissons qui la consomment. Dans la chaîne alimentaire, les poissons peuvent être des hôtes intermédiaires de ses poisons et les humains les hôtes définitifs", avertit Nirhy Rabibisoa, co-président de l’Amphibian Specialist Group.

"Cette invasion constitue, à terme, un danger pour le pays si nous n’arrivons pas à l’éradiquer d’ici la prochaine saison pluvieuse en octobre", a confié à SciDev.Net Alitiana Rabemananjara, secrétaire exécutif de l’Amphibian Specialist Group Madagascar.

En effet, le crapaud se reproduit au début de la saison des pluies dans les eaux stagnantes, permanentes ou temporaires, mais aussi près de la mer. Les têtards qui se nourrissent, entre autres, des espèces de grenouilles endémiques, peuvent tolérer de l’eau saumâtre jusqu’à 1 % de salinité.

Un animal dangereux

C’est donc une espèce opportuniste et quelque peu résistante. D’après les scientifiques, le B. melanostictus est trouvé dans les habitats tempérés, subtropicaux et tropicaux, à 2 000 m d’altitude.
"L’ensemble du territoire de Madagascar est adapté à cette espèce", note Christian Randrianantoandro, coordonnateur de la cellule d’urgence contre l’alien Duttaphrynus melanostictus.

L’animal occupe tous les micro-habitats mais préfère les milieux perturbés et ouverts tels que les forêts dégradées, les lisières des forêts, les zones riveraines et les zones agricoles et urbaines dominées par l’homme. Il est rare dans les forêts intactes.

Les adultes se cachent pendant la journée sous les roches, les feuilles mortes et les structures artificielles telles que les égouts, les piles d’ordures et même des maisons. La nuit, ils se rassemblent souvent pour se nourrir autour des lampadaires.

La reproduction a lieu dans les rivières tranquilles et à faible débit ainsi que dans des étangs et mares temporaires et permanents. Les conditions climatiques du pays sont dites favorables à la croissance rapide de l’espèce dont la ponte de l’adulte qui vit durant quatre ans en moyenne peut atteindre jusqu’à 80.000 œufs en une année.

Les adultes de grande taille, mesurant entre 10 et 15 cm, intoxiquent beaucoup de prédateurs. Les médias locaux rapportent des cas d’empoisonnement entraînant la mort des animaux domestiques qui se nourrissent de spécimens dans la ville de Toamasina et ses environs.

Selon des chercheurs, le crapaud buffle a déjà fait des ravages importants chez les prédateurs comme les oiseaux et les serpents endémiques. La survie du serpent gravement menacé Acrantophis madagascarensis est ainsi jugée critique.

De l’avis des spécialistes, l’introduction des espèces invasives est la deuxième cause de l’accélération de l’extinction des grenouilles dans différents pays. Ainsi les quelque 500 espèces de grenouilles de l’île, à 99 % endémiques et représentant 4 % de la diversité mondiale, sont-elles menacées de survie.

Pourtant, 278 seulement d’entre elles sont décrites à ce jour. Cela dit, Madagascar est un des pays qui alimentent la banque génétique mondiale en matière de grenouilles.

L’exportation des amphibiens en Amérique et en Europe principalement génère également une rente annuelle de plus de 3 millions de dollars pour le pays. Selon la Convention CITES, 3 % de la recette devrait revenir aux activités de recherche et au fonctionnement du bureau local de la Convention.

Sous ce rapport, la présence du B. melanostictus à Madagascar pourrait compromettre sur le long terme la rentrée de devises et le développement de l’élevage de grenouilles en captivité. La réussite de la gestion économique durable de la filière, initiée à Andasibe Moramanga en 2011-2012, est en passe d’être copiée dans d’autres régions au profit de la population rurale.

Menace sur l'écosystème

En outre, les amphibiens ont leur place dans la mise en place du nouveau système des aires protégées à Madagascar. Leur endémisme a été pris en considération lorsque le pays a décidé d’accroître à partir de 2003 le volume de ses aires de 1,3 million à 6 millions d’hectares.

L’initiative était destinée à enclencher la lutte contre le changement climatique et à promouvoir l’écotourisme au service du développement. "En tant qu’espèce-phare au même titre que les primates, les reptiles et les oiseaux, ils sont un bon indicateur de la santé de l’environnement. Leur conservation a permis de valoriser et de découvrir des espèces jadis non identifiées", estiment les spécialistes.

Par ailleurs, un des soucis majeurs des chercheurs concerne le contrôle des maladies émergentes comme le chytride, un champignon néfaste pour les amphibiens.

Le crapaud buffle pourrait être une porte d’entrée de cette maladie responsable de la mort d'un-tiers des amphibiens dans le monde, selon les experts. "Il vit dans les pays asiatiques où le chytride a décimé les populations de grenouilles", explique Falitiana Rabemananjara.

Madagascar se tient tout de même prêt à faire face à toute éventualité bien que la maladie ne soit pas encore présente sur son territoire. L’île ambitionne même de devenir un modèle en matière de lutte contre le chytride.

Cette année, un programme pro biotique (une détection rapide) a permis aux biologistes malgaches, en collaboration avec leurs pairs de James Madison University, aux Etats-Unis, d’isoler cinq types de bactéries de souche malgache à même d’annihiler la virulence du chytride.

"Ces bactéries qui tuent le chytride vivent avec les grenouilles sur leur peau. Pour le moment, elles sont stockées aux Etats-Unis où elles sont en cours de multiplication dans le cadre d’un autre programme de bio-augmentation. Elles devraient être ramenées au pays. Mais l’absence d’infrastructures adéquates pose un problème pour nous", révèle Nirhy Rabibisoa.

Quoi qu’il en soit, autorités gouvernementales, scientifiques et autres parties prenantes prennent au sérieux la menace liée à la présence du B. melanostictus. La lutte mécanique est envisagée car la lutte chimique est risquée pour toutes les espèces présentes dans la nature.

"On incite les membres de la communauté à rattraper les crapauds, les tuer à l’aide de couteaux et bêches et enterrer les cadavres pour éviter la propagation des poisons à l’air libre", explique Christian Randrianantoandro.

Un protocole de biosécurité pour éviter les erreurs et pour plus d’efficacité est en cours d’établissement à cette fin. La lutte s’annonce ardue en raison de sa complexité et du coût afférent.
Une enveloppe de 250 000 dollars est nécessaire pour mener les opérations d’éradication prévues pour s’étaler sur 2 à 3 ans.

"Les chercheurs indonésiens disent qu’il est difficile de stopper la croissance de ce genre de crapaud et, en Australie, un budget annuel de 4-5 millions de dollars est affecté à la lutte", Nirhy Rabibisoa tient à signaler.

Des spécialistes se pencheront en novembre sur l’élaboration de la deuxième Stratégie pour la conservation des amphibiens de Madagascar (ACSAM).

Source http://www.scidev.net/
Vola Rasoamanana

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