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Madagascar : la belle histoire du gingembre bleu

Mercredi 9 Mai 2012

Madagascar : la belle histoire du gingembre bleu
Utilisée dans les médecines traditionnelles, cette plante est aussi le produit star des soins Chanel. Pour le cultiver, la griffe s’engage durablement. Au nom de la planète. Et des hommes.
(source : Reportage à Madagascar Mariana Grépinet - Paris Match)

http://www.parismatch.com/Conso-Match/Art-de-vivre/Actu/Madagascar-la-belle-histoire-du-gingembre-bleu-394172/ http://www.parismatch.com/Conso-Match/Art-de-vivre/Actu/Madagascar-la-belle-histoire-du-gingembre-bleu-394172/


Madagascar : la belle histoire du gingembre bleu
Pantalon de survêtement bleu, chemisette beige et chapeau de toile usé, Bera, 52 ans, le visage tanné par le soleil, est le gardien du trésor. D’ailleurs, il conserve son trousseau de clés toujours sur lui, dans sa poche. Désormais, la cabane en bois posée sur pilotis à 2 mètres de sa bicoque est fermée par deux cadenas. Une précaution dérisoire. Il y a dix jours, 300 kilos de son or bleu se sont volatilisés. Un coup des « bobs », jure Bera. Les « bobs », ce sont ces trafiquants qui gravitent autour du chantier de construction du pipeline qui va relier Moramanga, le chef-lieu du district, à Tamatave, le port de la côte est.

Depuis un an, la colline Batuvy, « la colline de fer » en malgache, subit ainsi les assauts de Cherit, une multinationale spécialisée dans l’extraction de cobalt et de nickel, en charge de ce projet pharaonique. Ces chantiers défigurent la réserve de Vohimana, située à 150 kilomètres de la capitale, soit une demi-journée de taxi-brousse. « Le plus dur, c’est de ne plus entendre les cris des grands lémuriens qu’on avait l’habitude d’écouter, dès 3 heures du matin », raconte Bera. La nuit, le long des sentiers, les feuillages bruissent et, quand on a de la chance, on aperçoit les petits yeux luisants de ces mammifères à l’agilité déconcertante dont le plus petit, le microcèbe, pèse à peine 30 grammes. Le fragile équilibre de cette forêt primaire est menacé. En un siècle, Madagascar a perdu 90 % de sa forêt. Entre 1960 et 2000, Vohimana s’est réduite de moitié. La faute aussi à la tradition du « tavy » pourtant interdite depuis les premières années du XXe siècle : on fait brûler les arbres centenaires pour cultiver du riz.

Marie-Hélène Lair, directrice de la communication de Chanel, Séverine Blanchet, présidente de l’ONG, et Bera Rakatoariniony, responsable du programme agricole. (Photo: Chanel)
Marie-Hélène Lair, directrice de la communication de Chanel, Séverine Blanchet, présidente de l’ONG, et Bera Rakatoariniony, responsable du programme agricole. (Photo: Chanel)
Les propriétés anti-vieillissement du gingembre bleu

Bera envoie un des paysans ouvrir la précieuse cabane. D’un grand sac en toile de jute, ce dernier extirpe une poignée de rhizomes. Des racines beiges, un peu plus petites et plus racornies peut-être que leurs cousines asiatiques. Du gingembre « bleu » ? Cette variété endémique doit son nom à cette légère teinte gris bleuté qu’elle prend lorsqu’elle est coupée. Un ethnobotaniste à la tête du département de ¬recherche de Chanel fut le premier à se pencher sur ses propriétés. Ce savant fou qui parcourait le globe à la recherche de nouvelles matières premières pour les produits de soins de la grande maison a rencontré Olivier Berha, fondateur de l’ONG franco-malgache L’Homme et l’environnement. Objectif : valoriser les ressources de l’île pour en faire une source de développement. Olivier suggère au chercheur de s’intéresser à cette plante, utilisée sur place dans la médecine traditionnelle pour ses vertus cicatrisantes. Les premiers tests confirment les propriétés antioxydantes. « Cette variété possède deux molécules clés pour constituer un bouclier au-dessus de la peau : les shogaols et les gingérols, qui sont deux polyphénols très concentrés, détaille Marie-Hélène Lair, directrice de la communication scientifique de Chanel. Elles vont la protéger et bloquer la propagation des radicaux libres, sources de vieillissement. »

La maison de la rue Cambon dit banco. Mais voilà, la production de « Zingiber officinale Roscoe » n’a rien d’une filière sécurisée. Ni sur le plan qualitatif, ni sur le plan quantitatif. Les paysans malgaches préfèrent planter du riz ou du manioc, quitte à continuer de détruire la forêt. Chanel s’associe alors à l’ONG. Séverine Blanchet, sa présidente, est à la tête d’une PME de 150 salariés. Pour elle, les pôles environnemental (reforestation, développement de pépinières et surveillance forestière pour éviter le brûlis), social (programme de santé, d’éducation) et économique (production d’huiles essentielles, valorisation des ressources) sont liés. Le matin où nous la rencontrons, elle vient de récupérer chez l’imprimeur les premiers exemplaires du livre qui fait la fierté de son association. Il recense 300 espèces de plantes endémiques exploitées par les « tradi-praticiens », avec conseils d’utilisation et illustrations à l’appui. Là encore une mine d’idées pour de potentiels investisseurs étrangers. Mais Séverine milite pour que les Malgaches, et notamment les 1 500 habitants répartis dans les 11 villages de la réserve de Vohimana, soient les premiers bénéficiaires du développement. Chanel s’est associé à elle pour reboiser.

La cantine de l’école du village est financée par Chanel. (Photo: Chanel)
La cantine de l’école du village est financée par Chanel. (Photo: Chanel)
Chanel et une ONG franco-malgache s'associent pour le reboisement

En 2010, 150 hectares ont été replantés. Séverine nous accompagne dans l’une des 8 pépinières gérées par l’ONG. A côté des plants cultivés dans des sachets en plastique, elle nous montre du doigt des pots en terre fissurés. Ce sont les équipes de Chanel chargées du développement packaging à Neuilly-sur-Seine qui ont imaginé ces contenants 100 % biodégradables fabriqués avec des feuilles de longoya, une variété locale. « La recette doit encore être améliorée car les pots ne supportent pas suffisamment l’humidité », glisse-t-elle avec un sourire. Pour inciter les paysans à se lancer dans la culture du gingembre, Chanel finance aussi, depuis 2009, les 900 repas quotidiens distribués à la cantine de l’école installée à Ambavaniasy, le plus gros village de la réserve. De quoi inciter les parents à y envoyer leurs enfants pour mieux se consacrer aux travaux des champs. Un centre médical, placé sous la houlette du bienveillant Dr Noly, a vu le jour cette même année. Dans l’armoire à pharmacie s’alignent des médicaments « à base de plantes surtout, précise le médecin, parce qu’à Madagascar 80 % des gens se soignent en phytothérapie ». Juste à côté, la maison des femmes permet de venir vendre ou de fabriquer sur place des produits artisanaux, tout en faisant revivre le savoir-faire traditionnel.

La ligne Hydra Beauty contient du gingembre bleu. (Photo: R. Frémont)
La ligne Hydra Beauty contient du gingembre bleu. (Photo: R. Frémont)
A 35 ans, Viviane et ses cinq enfants font partie des 70 familles qui cultivent du gingembre et bénéficient pour cela des conseils de Bera, responsable du programme agricole de l’ONG, qui les initie, entre autres, à la technique du paillage pour lutter contre les mauvaises herbes. Sa dernière-née de 3 semaines dans les bras, Viviane nous invite à entrer dans sa case. Grâce à la culture de cet or bleu, que l’ONG lui achète à 30 % au-dessus du prix du marché, la jeune mère a pu la faire reconstruire, avec des matériaux plus nobles et plus ¬résistants qu’auparavant. L’an dernier, sur son demi-hectare de parcelle, Viviane a récolté 100 kilos du précieux rhizome, sur les 50 tonnes qui sortent chaque année de Vohimana. Dans le laboratoire de brousse, 150 kilos d’huile essentielle en ont été extraits. Pas de quoi alimenter non plus une production industrielle. Ça tombe bien, Chanel se veut l’ambassadeur des produits rares. Et des belles histoires.

N.R.

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