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Madagascar, version 2013 - Quelle musique de la Grande Île sur le circuit mondial ?

Samedi 16 Mars 2013

Teta - © Libertalia Music Records
Teta - © Libertalia Music Records
Alors que leurs aînés comme Jaojoby, D’Gary, Tarika, Njava, Rajery ou encore Régis Gizavo s’étaient fait une place méritée sur la scène des musiques du monde dans les années 90, les jeunes artistes malgaches ne sont pas parvenus à prendre le relais. (source : rfimusique.com)

Tsiliva - © Libertalia Music Records
Tsiliva - © Libertalia Music Records
Organisée du 7 au 9 mars à Antananarivo, l’opération "Madagascar, voyage au cœur de la musique" pourrait servir à enclencher ce renouvellement des générations.

Pays en crise, musique en crise ? Dans le cas de Madagascar, l’équation semblait se vérifier. Depuis le renversement du président Ravalomanana en 2009 et l’instauration d’un régime de transition qui n’a toujours pas organisé d’élections, la lente descente vers le gouffre de l’oubli s’est accélérée pour la plupart des artistes malgaches qui autrefois exportaient leurs rythmes.

Peu ont survécu à l’hécatombe. Sur le plan national, la situation n’est guère meilleure : au cours des quatre dernières années, même si de nouveaux noms ont fait leur entrée dans le paysage musical, les stars locales sont restées discrètes et aucune évolution notable ne s’est produite, assure Haja Ravelojaona, directeur des radios du groupe RTA présent sur la Grande Île. Le talent n’est pas en question. Il faut davantage chercher du côté de l’isolement : politique, économique, il s’est aussi propagé à la sphère artistique, s’ajoutant aux contraintes géographiques naturelles que la mondialisation aurait pu permettre au contraire de transcender.

Le phénomène s’observe autrement : si les musiciens du continent africain multiplient les ponts tous azimuts vers d’autres cultures, leur homologues malgaches tendent en revanche à demeurer à l’écart du village global.

Un mécène pour la musique

Avec son projet "Madagascar, voyage au cœur de la musique", Gilles Lejamble a pris l’initiative de mettre sous les projecteurs neuf groupes et artistes dont le rayonnement était resté jusqu’à présent essentiellement national, bien que certains aient déjà joué hors de l’île dans un cadre communautaire.


Madagascar, version 2013 - Quelle musique de la Grande Île sur le circuit mondial ?
Ce Français sexagénaire, à la tête de Libertalia-Music Records mais d’abord "pharmacien de métier", issu d’une famille présente sur cette terre depuis plusieurs générations, s’est donc transformé en mécène. Trois soirs durant, les artistes sélectionnés se sont suivis sur la scène installée pour l’occasion sur le parquet de la magnifique Salle de l’Horloge, au premier étage de la gare d’Antananarivo, bâtiment du début du 20e siècle entièrement rénové au cours des dernières années et devenu un lieu à la mode.

L’assistance, soit environ 200 personnes, n’est composée que d’invités, parmi lesquels plusieurs représentants de festivals et de médias français. Nulle trace ici d’une quelconque subvention – même si l’absence des habituels partenaires institutionnels français ne passe pas inaperçue. La logique est autre, celle d’une culture qui peut aussi s’appuyer sur des fonds privés et s’avère capable de prendre en compte l’environnement économique dans lequel elle s’inscrit. C’est pour cette raison que les groupes retenus ont réduit la voilure, optimisé les effectifs, car le coût du transport aérien est un frein à leur sortie du territoire.

Six jours à peine après avoir enregistré en public leur nouvel album en bénéficiant de conditions techniques rares, Mika & Davis sont chargés de donner le coup d’envoi de l’opération "Madagascar, voyage au cœur de la musique". Le duo originaire de la côté Est, révélé en 2007 avec un album acoustique, a du mal à se libérer. Les jolies mélodies des deux chanteurs portant lunettes et fines dreadlocks sont emballées dans des arrangements qui les desservent.

Est-ce aussi une forme de pression qui fait passer Joel Rabesolo, jeune guitariste "hendrixien" en puissance, à côté de son concert, exercice limité ici à trente minutes ? Heureusement, Thominot et ses musiciens sont là pour conclure en beauté la première des trois soirées. Avec leurs mandolines artisanales, dont une basse, ils pourraient donner la réplique aux ngonis de la formation de Malien Bassekou Kouyate. La formule, énergique, est rodée. L’an dernier, le chanteur avait été sélectionné pour se produire aux Jeux des îles qui se déroulaient aux Seychelles. Quelle différence avec Hazolahy, le groupe qui l’a fait connaitre et a sorti trois albums ? "Ça dépend de là où il joue. Et du client", plaisante Tsilavina Ralaindimby, ancien ministre de la Culture, qui applaudit avec enthousiasme lorsque s’achève la dernière chanson de cet artiste de la région de Fort Dauphin, au sud-est de l’île.

Dans quelques semaines, Thominot sera présent au festival Musiques Métisses d’Angoulême, en France, tout comme son compatriote Teta qui, sous les yeux d’un Rajery admiratif, a fait forte impression lors de sa prestation pour "Madagascar, voyage au cœur de la musique". A 47 ans, ce guitariste de Tulear, nourri au son du tsapiky et accompagné par un chanteur percussionniste, apparait dans la lignée de D’Gary et de ses open tuning. Tous deux, à des époques différentes, ont fréquenté la maison de Dead’s, un rocker du sud.

Dans un genre très différent, influencé certainement par des groupes comme Weather Report, Silo et ses claviers prennent le relais le lendemain. Les trois musiciens à ses côtés sont ceux qui ont clôturé la soirée de la veille avec le chanteur Arison Vonja. Le jazz rock world à la malgache ne manque pas de sensibilité, mais qu’apporte-t-il vraiment ? Même question pour Mafonjah (ancien membre du boys band Unik), qui pourrait rappeler Tryo, en particulier sur une chanson entièrement en français.

Dernier artiste à monter sur scène, Tsiliva attend son heure. Le roi du kilalaky, très populaire dans son pays, veut franchir une nouvelle étape en 2013. Son rêve : un jet privé avec la mention "kilalaky" écrite sur le fuselage. Conscient que la musique avec laquelle il s’est fait un nom chez lui ne peut pas s’exporter, trop rythmique, il a retravaillé son répertoire spécialement pour ce concert, avec des apports plus occidentaux. Les premières phrases qu’il prononce pour saluer sont en anglais, en français et en malgache, histoire de donner le ton de ses ambitions. Le show qu’il donne est spectaculaire, physique. La bête de scène ne laisse rien au hasard, tout est millimétré. "La route est longue", ajoute-t-il avec humilité, une fois l’effort terminé, avant de se mettre au volant de sa voiture et de s’enfoncer dans les rues mal éclairées d’Antananarivo.

N.R.

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