Alerte Infos

Pov et Dwa : "À Mada, la réalité a dépassé la caricature !"

Lundi 3 Décembre 2012

Pov et Dwa :  Rémy, le héros de Mégacomplots à Tana, découvre la Réunion... Signé Pov, spécialement pour les lecteurs du Journal de l’île.
Pov et Dwa : Rémy, le héros de Mégacomplots à Tana, découvre la Réunion... Signé Pov, spécialement pour les lecteurs du Journal de l’île.
De passage à La Réunion pour une semaine, Pov et Dwa, les auteurs malgaches de "Mégacomplots à Tananarive", nous livrent leur vision de la BD, de l’actualité malgache, et de La Réunion, où ils ont pu réaliser leur premier album commun grâce à l’éditeur Des Bulles dans l’Océan. (source : clicanoo.re)

Rencontre avec un duo de choc.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots aux lecteurs réunionnais ?

Pov : Pov, de mon vrai nom William Rasoanaivo – 37 ans – je suis dessinateur de presse pour le groupe de presse La Sentinelle de l’Ile Maurice, qui publie une dizaine de titres dont L’Express de Maurice. Je m’y suis implanté en 2006, après avoir quitté Madagascar, mon pays natal.

Dwa : Dwa, 30 ans, je vis à Madagascar. Je dessine pour le quotidien malgache Ao raha où je fais un gag par jour, et aussi pour l’hebdo mauricien Express junior. J’écris également des histoires pour la radio et pour des films de sensibilisation.

Qu’est ce qui vous a amené à la bande dessinée ? Quelles sont vos influences ?

Pov : J’ai toujours créé des petites histoires en BD tout au long de mon enfance. Je baignais dans la lecture d’albums franco-belges. Mais ado, j’étais de plus en plus attiré par le dessin de presse qui est devenu mon métier en 1997, quand j’ai rejoint le quotidien Midi Madagasikara. En 2008, le fait de dessiner régulièrement, voire abondamment pour des publications mauriciennes et internationales m’a amené à rencontrer des promoteurs de bandes dessinées. De fil en aiguille, j’ai enchaîné les planches et les albums.

Dwa : Quand j’étais petit, dans les années 80, je m’amusais à recopier des dessins des BD malgaches. Plus tard, je me suis mis à dessiner des histoires que j’avais imaginées, généralement des histoires de bastons, puis ça ne m’a plus jamais quitté. C’était devenu comme une sorte de thérapie. Et je suis influencé par beaucoup d’artistes : Noel Gloesner, John Romita Jr, JM Ken Niimura, Giannis Milogiannis, Bouzard, Rossi, …

Quelle est la place de la BD à Madagascar ?

Pov : Les Malgaches sont friands de BD. Cet art a connu ses heures glorieuses dans les années 80. Depuis, le contexte socio-économiques a changé et la BD malgache peine à retrouver ses lettres de noblesse. A part quelques fanzines qui mènent une résistance courageuse, la BD survit comme outil de communication.

Dwa : La BD se porte mal à Madagascar. Les Malgaches, en général, aiment la BD, mais ne veulent pas payer pour en lire. Du coup, beaucoup de dessinateurs vivent essentiellement de commandes (ONG, particuliers, …). Toutefois, il existe un journal spécialisé en BD (notamment des gags) qui est quand même là depuis quelques années, sauf que le contenu, pas représentatif de ce qui se fait à Madagascar, n’a pas évolué au fil des ans.

En tant que dessinateurs de presse, quel regard portez vous sur l’actualité malgache, et notamment cette interminable transition ?

Pov : Le dessinateur de presse en moi explose devant la situation absurde dans laquelle Madagascar se trouve actuellement. Je pourrais pondre des livres instantanément, tant la réalité a largement dépassé la caricature.

Dwa : En tant que simple citoyen, je trouve la situation un peu ridicule. Concernant la crise actuelle, on sent que l’intérêt des ceux qui ont le pouvoir n’est pas trop le pays ou le peuple. A titre d’exemple, quand on voit combien dépense l’Etat en carburant pour ses employés véhiculés, on se dit que cet argent servirait mieux le pays s’il avait été utilisé autrement.

Estimez-vous bénéficier de toute votre liberté d’expression, ou êtes-vous obligés de vous freiner parfois ?

Pov : La liberté absolue n’existe pas. Coire que c’est le cas, ce serait soit de la folie, soit de la naïveté. Mes expériences à travers différents pays et sociétés, ainsi qu’en écoutant mes confrères de divers horizons m’ont montré que quelque part, il y a une ligne invisible qu’on ne peut franchir mais qu’on essaie de repousser constamment.

Dwa : Moi je fais des gags dans un journal, alors je fais un peu ce qui me plaît. Quoique mon rédacteur en chef m’a fait clairement comprendre dès le départ de ne pas trop toucher à la politique.

Après "Mégacomplots à Tananarive", vous travaillez sur un nouvel album, "Ku de ta à Tamatave"... De quoi cela va-t-il parler ?

Dwa : C’est la suite de Mégacomplots qui s’est terminé avec une fin assez ouverte. Pas mal de choses ont été écrites sur les personnages, qui n’apparaissent pas dans notre premier album. Il y en avait suffisamment pour en faire une base d’un deuxième album. Alors quand Jean-Luc Schneider, notre éditeur, nous a demandé si on prévoyait une suite, on a sauté sur l’occasion.

Pov : Après l’élection sulfureuse qui clôt Mégacomplots, le campus universitaire semble retourner au calme et… aux fêtes. Mais comme toujours, les promesses électorales ne sont pas tenues et la grogne couve… explosion en perspective !

Comment se passe votre travail à quatre mains, sachant que vous vivez l’un à Maurice, l’autre à Madagascar ?

Pov : Les nouvelles technologies ont permis ce genre de collaboration. On passe des journées entières à discuter en vidéo sur skype. On est plus proches maintenant que l’on est géographiquement éloignés que quand on était tous les deux à Mada ! Les planches et les directives s’échangent par e-mails, les notes par SMS, les urgences par téléphone… On profite au maximum de ce que la technologie nous permet de faire.

Dwa : Nous avions pu trouver comment travailler ensemble avant que Pov n’aille vivre à Maurice. Mais quand même, c’était pas évident du tout de travailler à distance. Mais la base, c’est la confiance. Chacun de nous savait que l’autre allait finir sa part du boulot, et on se motivait mutuellement.

Vous êtes à La Réunion pour quelques jours, quelle image avez-vous de cette île ? Comment est-elle perçue par vos compatriotes malgaches ?

Pov : Comme je viens ici en touriste, j’ai un regard plutôt idyllique de cette île. Je ne suis pas dupe, la réalité doit être différente. Sinon, comme beaucoup de Malgaches, je pense trouver une auto de bonne occase ici. Un huit places... Avis aux intéressés !

Dwa : À chaque fois que j’ai l’occasion de venir à La Réunion, c’est en relation avec la BD. Alors la première image qui me vient quand on dit La Réunion, c’est la BD. Je n’ai visité que quelques endroits, mais du peu que j’ai vu, j’en ai gardé un bon souvenir, comme la visite du cirque de Mafate. Sinon, quand on dit La Réunion à Madagascar, beaucoup pensent aux ventes de voitures d’occasion. Quand mes amis savent que je vais aller à La Réunion, beaucoup me demandent de glaner des informations sur les prix de telle ou telle marque de voiture.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?

Dwa : Dans l’immédiat, notre projet commun c’est Ku de ta à Tamatave, qui sortira normalement l’année prochaine. On va se focaliser dessus pour les prochains mois. Sinon, chacun de nous a des projets personnels qu’il compte faire avancer aussi.

Pov : Je me consacre à Ku de ta à Tamatave pour les mois à venir. Christophe Cassiau-Haurie m’a refilé des scénars de courtes histoires drôles se passant en Afrique. Je mûris aussi un roman graphique sur les années "paradis socialiste" à Madagascar. Mais la suite de Mégacomplots reste la priorité absolue.

Entretien : Sébastien Gignoux
N.R.

Nouveau commentaire :

Alerte Infos | Insolites et le-saviez-vous ? | Interviews | Communiqués | Photos galeries | Bons plans | Questions-Réponses | Vaovaom-piangonana | Recettes malgaches | Tout sur Air Madagascar | Contact | Chronique | Misy raha ao | Voyages, Tourisme à Madagascar | Mada en 1 clin d'oeil | Lu sur le Net | Codes promos | Mada infos régions | Soirées | Tv Gasy | Web radio | Vos agendas soirées et événements ici ! | Courrier des femmes | PPN | A la une | APFMada : Association "Agir pour les femmes à Madagascar" | Journal Télévisé RTA - Madaplus | Associations | Sponsors et partenaires du Big Mada White - Nuit Blanche 2016 | Retrouvez : infos et Communiqués Air Madagascar