Alerte Infos

Rano rano: pluies d'émotions

Lundi 15 Septembre 2014

C'est dans un théâtre Les Bambous (Saint Benoît) bien rempli que s'est déroulée la deuxième représentation de Rano rano. Un spectacle riche en émotions et en révélations. Celles des rescapés et témoins des crimes de guerre commis durant la colonisation à Madagascar en 1947, racontées par l’écrivain Jean-Luc Raharimanana.

Jean-Luc Raharimanana
Jean-Luc Raharimanana
Contrairement à la première, pas de standing ovation à la fin du spectacle, vendredi soir à Saint-Benoît. Certes, nous, spectateurs, éprouvions une terrible envie de rendre hommage au travail formidable fourni par les artistes : les textes poignants de Jean-Luc Raharimanana ; les riffs et envolées « guitartistiques » de Tao Ravao ; les prouesses du vidéaste Yann Marquis sublimant les chef-d'œuvre de Pierrot Men. On aurait voulu les montrer qu'on a fortement apprécié ce spectacle, peu conventionnel, on a applaudi pendant de longues minutes... Mais on était restés cloitrés dans nos fauteuils. Simplement, parce qu'on était assommé, secoué, bouleversé, submergé d'émotions après avoir entendu les voix des Insurgés.

Les spectateurs, notamment, ceux d’origine malgache, nombreux dans la salle, étaient sous le choc d'apprendre à quel point le sang considéré comme impur de leurs pères, a abondamment abreuvé les sillons de leur propre terre. Maintenant, on sait que les pires atrocités commises en Europe durant la Seconde Guerre mondiale ont été « copiées-collées » dans la Grande-Île, deux ans seulement après la fin de celle-ci. 1947 ne se limite pas à l'histoire des wagons de Moramanga, remplis d'hommes et de femmes, arrosés par les tirs de mitraillettes. Ou encore à la triste fin des chefs rebelles jetés dans le vide depuis un avion en plein vol pour décourager les combattants au sol. Un demi-siècle plus tard (la collecte de témoignages a démarré en 2008), les langues des survivants se sont déliées, au crépuscule de leur vie, pour confier à Raharimanana que des familles entières ont été brûlées dans leur case ; que des villageois ont été transportés sur un bateau pour être fusillés et jetés dans la mer ; que les survivants, entassés les uns sur les autres, ont subi les pires humiliations ; que deux ans après 1947 on n'a pas fini d'enterrer des cadavres qui pourrissaient au soleil… On comprend aisément que face à de tels crimes, orchestrés par le pouvoir colonial dans les quatre coins de l'île, il était inconcevable pour les Malgaches de rester sous domination française. Et l'on apprend que Rano Rano n'était pas uniquement une formule magique destinée à transformer les balles de l'ennemi en eau. Des rites sacrés ont été organisés dans un lac avant chaque combat. Une sorte de dernière communion avec la Terre avant d'affronter la mort avec force et courage. Les héros de 1947 ont offert leur vie en sacrifice pour ouvrir la voie vers la Liberté et la dignité.

Tues pendant trop longtemps, et ne figurant dans aucun manuel scolaire, leurs voix ont été enfin entendues et pourront être transmises. En tout cas, on ne sort pas indemne de Rano Rano. On en est forcément éclaboussé.

Prochaines représentations les 15, 16, 18, 19 et 20 septembre aux Bambous à Saint-Benoît.

www.clicanoo.re
N.R.

Nouveau commentaire :

Alerte Infos | Insolites et le-saviez-vous ? | Interviews | Communiqués | Photos galeries | Bons plans | Questions-Réponses | Vaovaom-piangonana | Recettes malgaches | Tout sur Air Madagascar | Contact | Chronique | Misy raha ao | Voyages, Tourisme à Madagascar | Mada en 1 clin d'oeil | Lu sur le Net | Codes promos | Mada infos régions | Soirées | Tv Gasy | Web radio | Vos agendas soirées et événements ici ! | Courrier des femmes | PPN | A la une | APFMada : Association "Agir pour les femmes à Madagascar" | Journal Télévisé RTA - Madaplus | Associations | Sponsors et partenaires du Big Mada White - Nuit Blanche 2016 | Retrouvez : infos et Communiqués Air Madagascar