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Rencontre avec Hugues Ratsiferana, nouveau DG d’Air Madagascar

Vendredi 21 Octobre 2011

Hugues Ratsiferana (DG Air Madagascar)
Hugues Ratsiferana (DG Air Madagascar)
Voici une interview exclusive pour Madaplus.

Rencontre avec Hugues Ratsiferana, nouveau DG d’Air Madagascar
Agé de 46 ans, Hugues Ratsiferana intègre la compagnie nationale à l’âge de 19 ans et y fait carrière. De formation en promotion il devient en 1992 pilote de ligne puis Commandant de bord sur Boeing 767. Depuis juillet de cette année il est le nouveau DG d’Air Madagascar. Nous l’avons rencontré lors de son passage à Paris.

Madaplus : Bonjour M. Ratsiferana pouvez-vous nous donner un état des lieux de la compagnie Air Madagascar ?

H. Ratsiferana : Notre flotte est composée aujourd’hui de 11 avions dont 4 en location opérationnelle. Nous desservons 12 destinations internationales. Vers l’Europe à raison de 3 vols hebdomadaires sur Paris et 1 vol sur Marseille, vers l’Asie avec 2 vols hebdomadaires sur Guangzhou et Bangkok. Dans la région Océan Indien, nous desservons l’Ile Maurice, les Seychelles, La Réunion, Moroni, Mayotte et Anjouan. Enfin, nous allons en Afrique par 2 portes Nairobi et Johannesburg. Nous avons également une trentaine de vols domestiques pour la couverture nationale.

Nous avons environ 1300 salariés dont une vingtaine en France.

Madaplus : Vous êtes à la tête d’Air Madagascar depuis moins de trois mois, c’est une année difficile pour la compagnie, quelles sont les urgences?

H. Ratsiferana : Vous savez, en situation de crise, tout parait urgent mais la direction doit définir les priorités en fonction des risques encourus. Après la première phase de gestion de crise, l’objectif est actuellement de remettre dans les trois mois à venir Air Madagascar sur l’orbite du métier dont le premier résultat attendu est de voler par ses propres moyens vers l’Europe.

Pour l’instant l’appareil servant au long courrier en notre possession est inscrit dans l’annexe B* (liste noire) de l’Union Européenne. Cette clause nous empêche d’utiliser cet appareil dans les cieux européens. Afin de maintenir notre lien avec le marché et tenir notre engagement envers nos clients sur la ligne, nous sommes contraint de recourir à la location d’un avion auprès d’un opérateur européen. Pour l’heure, l’avion Boeing 777 utilisé appartient à une société portugaise.

Dans la troisième phase du plan de redressement, on va pouvoir déployer la nouvelle stratégie d’Air Madagascar, les moyens propres de la Compagnie seront compétitivement opérationnels pendant cette période.

Madaplus : Air Madagascar a été confrontée pendant quelques mois à des sanctions internationales diverses : 2 Boeings interdits sur le sol européen, l’IATA qui suspend l’agrément permettant d’assurer la distribution des billets… Ces problèmes ont certes été résolus à court terme mais la situation est-elle vraiment « maîtrisée » comme vous l’avez évoqué en septembre à Top Resa ? Comment pensez-vous sortir définitivement de cette crise ?

H. Ratsiferana : Effectivement j’ai bien dit que la situation est maîtrisée et c’est le cas, c’est d’ailleurs la première partie des objectifs de mon contrat dans le cadre de mon mandat. Cette solution à court terme comme vous l’avez cité nous permet d’affronter la suite des actions qui nous permettent de ne plus retomber dans cette même situation dans le futur. C’est la raison pour laquelle nous multiplions les rencontres et les pourparlers avec les partenaires actifs dont ceux de l’Europe, et de l’Océan Indien, parmi eux des Compagnies aériennes avec entre autres : Air France et Air Austral. Nous avons aussi entamé le renforcement de notre capacité opérationnelle. Nous ne sommes plus aujourd’hui en position de faiblesse comme il y a quelque temps, nous sommes en situation de pouvoir négocier afin de trouver les meilleures solutions pour notre compagnie, une position beaucoup plus confortable qui nous dirige vers notre vision: « Air Madagascar Compagnie préférée en Afrique et la première dans l’Océan Indien ».

« l’objectif est actuellement de remettre dans les trois mois à venir Air Madagascar sur l’orbite du métier dont le premier résultat attendu est de voler par ses propres moyens vers l’Europe »

Vola Rasoamanana (Madaplus) / Hugues Ratsiferana (DG Air Madagascar)
Vola Rasoamanana (Madaplus) / Hugues Ratsiferana (DG Air Madagascar)
Madaplus : Lorsqu’on regarde de près Ies déboires d’Air Madagascar, on constate sans peine qu’ils sont liés aux problèmes politiques de notre pays 2002, 2009…Ne pensez-vous pas qu’il est temps que l’Etat malgache laisse la place à des partenaires plus efficaces… n’est-il pas le moment de chercher des financements ailleurs, d’ouvrir le capital d’Air Madagascar? (A titre d’exemple chez Air France, l’Etat est actionnaire à 16%).

H. Ratsiferana : Les stratégies d’une entreprise découlent de manière globale des objectifs fixés par ses actionnaires, pour le cas de la Compagnie nationale, l’Etat malgache possède à presque 90% du capital. Il faut comprendre que la notion de « droit et patrimoine » reste significative, une libre circulation de personnes et des biens basée sur le pouvoir d’achat de l’individu Malagasy. Cela va au-delà de la simple question financière, il s’agit de comprendre l’identité et la raison d’être même de la compagnie. Air Madagascar est « la » compagnie aérienne malagasy. A ce titre, elle doit avant tout être bénéfique aux Malagasy et à Madagascar. Et devrait être pour tous les Malagasy un objet de fierté qu’il faut défendre et surtout promouvoir.

N’oublions pas le cas de certaines compagnies nationales qui ont ouvert leur capitaux trop vite et du coup ont tout perdu et ont fait faillite. Je pense aux compagnies Swissair, Sabena, AOM, Air Liberté ou Air Littoral. Au vu de ce qui est arrivé à ces compagnies, peut-on réellement penser que ces considérations pourtant très importantes dans le cas d’Air Madagascar seraient le souci par exemple des trusts financiers européens et que ceux-ci seraient réellement la solution ?

Pour l’instant l’Etat malgache est propriétaire d’Air Madagascar, l’urgence a été que ce dernier définisse enfin la mission qu’on veut se donner à la compagnie nationale.

Madaplus : Les problèmes d’Air Madagascar ne seraient-ils pas alors liés à son manque d’objectif ? Si oui, quelle est alors la mission d’Air Madagascar aujourd’hui ?

H. Ratsiferana : Disons que nous n’étions pas très forts sur l’orientation vers les résultats. Il est vrai aussi que nous avions toujours eu des objectifs flous. Maintenant nous sommes en train de mettre en œuvre une stratégie d’avenir basée sur le long terme.

Aujourd’hui nous avons une mission bien définie : Air Madagascar, un levier de développement économique de Madagascar. C’est clair, c’est simple et compréhensible. Toutes les parties prenantes y compris les membres de la diaspora à l’étranger savent maintenant leur devoir de citoyen au travers de cet outil important qui leur permet de servir une cause pour le pays. Surtout que ce citoyen est un ambassadeur en force dans l’espace et dans le temps.

Par ailleurs, notre compagnie a un rôle à jouer et ce rôle c’est d’être entre autres le régulateur en terme de pricing, de service donc, toutes les compagnies aériennes qui desservent Madagascar devraient se référer à notre offre.

" Il est vrai aussi que nous avions toujours eu des objectifs flous. Maintenant nous sommes en train de mettre en œuvre une stratégie d’avenir basée sur le long terme. "

Madaplus : Mais est-ce que Air Madagascar a les moyens d’être un régulateur aujourd’hui ?

H. Ratsiferana : Donnons-nous jusqu’à la saison d’été prochain pour mettre en place notre stratégie et je reste convaincu qu’Air Madagascar a le moyen d’être un régulateur. Nous avons un pays doté d’un fort potentiel touristique, il n’y a pas de raison pour que notre compagnie nationale soit moins importante que les compagnies régionales telles que Air Austral ou Air Mauritius et de même nous devons nous positionner pour être la première compagnie aussi bien dans l’Océan Indien qu’en Afrique.

« Je pars du principe cité auparavant que chaque Malagasy est un ambassadeur pour son pays. Alors oui, nous allons prévoir des capacités à tarifs préférentiels pour les ressortissants malagasy »

Madaplus : Cela veut-il dire que vous allez axer vos priorités sur les touristes ?

H. Ratsiferana : Les touristes représentent 80% de notre segment de marché, le business 10%, vient ensuite le segment diaspora. Ce qui explique que l’accent soit mis sur le développement du tourisme vers Madagascar. A titre d’exemple : un projet pilote est monté avec l’office régional de Nosy Be pour attirer notamment une clientèle assez haut de gamme pour les 1800 chambres de 3 et 4 étoiles de cette destination. Ce projet sera dupliqué à tous les offices régionaux du pays, l’objectif étant d’aider le secteur touristique, Air Madagascar étant partie prenante des actions marketing de ces derniers.

Dans la même logique, nous nous sommes réunis il y a quelque temps avec les premiers responsables de la douane, de la police nationale, de l’Adema (Aéroport de Madagascar), et l’ACM (Aviation civile de Madagascar) pour des ateliers de travail, le but étant d’améliorer la facilitation aéroportuaire.

Madaplus : Et pour ce qui est de la diaspora, avec-vous une politique spécifique pour eux ?

H. Ratsiferana : Je pars du principe cité auparavant que chaque Malagasy est un ambassadeur pour son pays. Alors oui, nous allons prévoir des capacités à tarifs préférentiels pour les ressortissants malagasy. Ceci demande une certaine coordination entre les associations et la Compagnie Nationale. J’espère que cette initiative permettra d’aboutir à une vision : « Malagasy, nationalité de fierté ».

Madaplus : Merci pour eux. Mais avec tous les déboires de la compagnie ces derniers temps : 800 passagers bloqués à Moroni, sans compter les blocages des 165 passagers à Paris et à Madagascar etc… Peut-on encore faire confiance à la compagnie Air Madagascar ?

H. Ratsiferana : Il y a un dicton qui dit « quand on connaît le problème, on trouve la solution ». Comme je vous ai expliqué plus haut, les indicateurs montrent une nette amélioration de la situation aujourd’hui. Ici on pense global mais on agit local et personnellement je regarde toujours le futur, il faut penser à notre avenir.

Merci M. Ratsiferana, nous vous souhaitons bonne chance pour la suite. A suivre…

IATA : l’Agence Internationale du Transport Aérien
NDR : être affiché sur cette liste noire empêche la compagnie de desservir Paris et Marseille par ses propres appareils. Pour cela il faut se doter d’une nouvelle flotte.

Voir son cv sur http://gasy-ratsiferana.blogspot.com/
Les membres du conseil d’administration :http://www.tourmag.com/Air-Madagascar-Hugues-Ratsiferana-nouveau-Directeur-General_a45849.html

http://gasy-ratsiferana.blogspot.com/ http://gasy-ratsiferana.blogspot.com/

N.R.

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