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Repérages du festival de Cannes : « Le cinéma malgache est un cinéma jeune et frais »

Mardi 15 Mai 2012

Repérages du festival de Cannes : « Le cinéma malgache est un cinéma jeune et frais »
Le festival de Cannes est l'occasion de faire la lumière sur des pays qui, cinématographiquement parlant, faisaient l'effet de trous noirs sur la carte. C'est le cas de Madagascar, dont les productions sont encore mal connues.
(source ; mondomix.com)

http://www.mondomix.com/actualite/2033/reperages-du-festival-de-cannes-le-cinema-malgache-est-un-cinema-jeune-et-frais.htm http://www.mondomix.com/actualite/2033/reperages-du-festival-de-cannes-le-cinema-malgache-est-un-cinema-jeune-et-frais.htm


Nous avons abordé la question avec Luck Razanajaona, jeune cinéaste local, invité au Pavillon des Cinémas du Monde. Il nous a dépeint une nouvelle génération qui se cherche encore mais ne manque pas d'atouts ...

Le cinéma de Madagascar manque de visibilité en Europe. Les réalisateurs sont-ils nombreux sur l'île ? Et ont-ils les moyens de travailler ?

Luck Razanajaona : Madagascar a été sur le devant de le scène cinématographique internationale dans les années 80, avec des films tels que Tabataba et Quand les étoiles rencontrent la mer de Raymond Rajaonarivelo, ou comme Ilo Tsy Very de Solo Randrasana. Après la révolution socialiste de 1972, le cinéma a été muselé et a bien failli disparaitre. Aujourd’hui, les réalisateurs à Madagascar sont nombreux, mais dans le domaine de l’audiovisuel. Ceci s’explique par le fait que l’industrie cinématographique même (boite de production, exploitation et sale de cinéma) n’existe pas à Madagascar. Il existe des fictions, directement copiées de celles de Nollywood au Nigéria. Elles manquent de qualité mais elles sont très populaires à Madagascar.

Les vrais réalisateurs de cinéma sont rares et la plupart du temps au stade du court-métrage. A l’initiative d’un réalisateur malgache et avec l’appui des partenaires étrangers (ambassades, Institut Français), on a pu monter un festival de court-métrage dans la capitale. Ce festival en était à sa septième édition cette année et ne cesse de grandir en qualité, par rapport au cinéma de l’océan indien et d’Afrique. Pourtant, ça reste un festival de découverte et d’encouragement, car les cinéastes font face à des budget très bas pour réaliser les films, très très bas même, presque insignifiants par rapport à l’effort à fournir pour avoir une bonne qualité. En plus, la plupart d’entre nous, comme c’est le cas dans d’autres pays d’Afrique, manquons de formation au niveau de l’écriture et de la technique même.

Mais le cinéma malgache est un cinéma jeune et frais. L’envie des jeunes de produire avec peu de moyens est très révélatrice d’un besoin d’expression. Il y a là un vivier de talents qui n’attendent que d’être formés et de partir partager les imaginaires malgaches parmi les cinémas du monde.

Les troubles politiques des dernières années ont-ils encore compliqué la tâche des cinéastes de l'île ?

Luck Razanajaona : Les troubles politiques sont même le principal obstacle pour que l’art progresse. En effet, face à un pays en transition, sur un perpétuel champ de bataille, il est difficile d’exercer le métier de réalisateur. Moi même, je peux en témoigner car en tournant mon dernier court métrage, Le zébu de Dadilahy, au mois de février dans la région du Sud de Madagascar, l’équipe du film a failli perdre la vie, à cause de l’insécurité grandissante. Les conditions de travail sont pénibles et rythmées par les manifestations et l’insécurité. Difficile aussi d’être cinéaste et de proposer un point de vue car, comme tout les Etats en Afrique surtout, l’Etat contrôle les informations. C’est l’un des obstacles à la libre circulation et à la libre diffusion des idées artistiques.

A Cannes, vous allez présenter un projet baptisé "Le chant des Tlous". Ce film historique, basé sur l'histoire des révoltes anti-coloniales de 1940, semble avoir également une dimension fantastique. Est-il possible de concilier une approche historique et une approche fantastique ?

Luck Razanajaona : A Madagascar, le coté fantastique des récits a toujours été présent dans les contes et légendes malgaches. Même pendant cette période des années 1940, ce coté mystique était le fer de lance de la rébellion pour combattre « les bâtons de feu coloniaux ». Il est très lié à l’histoire et a aidé même a gagner l’indépendance après. Il me semble que ça fait aussi l’originalité de ce projet car les choses fantastiques et visuelles présentes dans le film son des évènements qui existent encore de nos jour dans les coins reculés des côtes malgaches.

Les révoltes de 1940 font-elles partie des sujets fréquemment abordés à Madagascar ?

Luck Razanajaona : La commémoration du soulèvement et le massacre de 29 Mars 1947 est très présent en ce moment, car le pouvoir actuel se sert de cette évènement pour regalvaniser le peuple malgache par rapport au patriotisme. Mais cette évènement reste quand même mal connu car les archives et les informations le concernant demeurent floues. Aujourd’hui, force est de constater que, l’amour de la patrie est oublié par la nouvelle génération qui aspire à partir de l’île. Après les récentes crises politiques, les jeunes on perdu la foi en leur leader. C’est un peu aussi le cas dans ce film, où finalement le protagoniste n’éprouve plus de raison de se battre, car il pense que les jeux sont faits à l’avance.

Qu'attendez-vous du festival de Cannes ?

Luck Razanajaona : J’attends du festival de Cannes deux choses en particulier. D’abord, faire expertiser mon scénario par des professionnels pour qu’il soit le plus solide possible a
u niveau des propos mais aussi au niveau de l’écriture cinématographique même. Pour moi, c’est très important car, pour un premier film, il faut arriver à convaincre les gens de travailler et de partager mes idées artistiques. Seul un projet « béton » pourra arriver à ça. J’espère aussi obtenir des résidences d’écriture en complément aux expertises des professionnels. Je chercherai aussi des collaborateurs pour le projets à savoir : des producteurs, qui sont essentiels pour l’accompagnement du projet jusqu’à son retour au Festival de Cannes .

Qui rêveriez-vous de rencontrer à Cannes ?

Luck Razanajaona : Je suis surtout content et honorer d’assister au Festival et de pourvoir rencontrer presque tous les réalisateurs sélectionné pour la Palme. En effet, j’ai un profond respect pour Ken Loach, Michael Haneke, Abbas Kiarostami, Youssri Nasrallah, … car les films qu’ils font questionnent la société. Moi, c’est le cinéma que j’ai envie de voir … J’attends beaucoup aussi des films du continent africain.

Propos recueillis par François Mauger


N.R.

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