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Setra un guide atypique sur les rives de la Tsiribihine

Lundi 25 Juin 2012

Setra un guide atypique sur les rives de la Tsiribihine
À 27 ans, Setra n’est pas un guide comme les autres. Allure de baba cool, coupe rasta... il cumule les stéréotypes. Il est pourtant l’un des guides les plus réputés d’Antsirabe, une ville des hauts plateaux malgaches... (source : clicanoo.re)

Setra un guide atypique sur les rives de la Tsiribihine
...point de départ d’une aventure qui mène les touristes sur la Tsiribihine, les Tsingy, site classé au patrimoine de l’Unesco et la fameuse Allée des baobabs. Fils d’un pionnier de la descente en pirogue, Setra rêve de faire fructifier sa petite affaire. Mais à Madagascar, rien n’est jamais sûr.

À pas de loup, il surgit derrière les touristes qui viennent de s’engager sur un pousse-pousse à leur descente du taxi-brousse. Jean, baskets, cigarette à la bouche et coupe de rasta, à 27 ans, Setra, de son vrai nom Herisetra Ratianarivo, n’a pas vraiment le physique de l’emploi. On l’imaginerait volontiers second d’un guide plus expérimenté. Mais à Antsirabe, Setra est l’un des bosses d’un business né il y a seulement vingt ans. "Mon père a été le deuxième guide à emmener des touristes sur la Tsiribihine", répète-t-il à tous ses clients potentiels. L’argument est sa marque de fabrique, censé convaincre des touristes exagérément sollicités avant même qu’ils aient posé le pied dans cette ville des hauts plateaux, point de départ de l’aventure.

Setra un guide atypique sur les rives de la Tsiribihine
Un périple au coeur de Madagascar

Si vous hésitez encore, il sort son argument massue : son diplôme de guide officiel, dûment tamponné par le gouvernement malgache. Ils ne sont qu’une dizaine à en posséder un à Antsirabe, sur la trentaine de personnes qui organisent des descentes. "Normalement, il faut cinq ans d’étude pour l’obtenir, raconte Setra alors qu’il a stoppé ses études en 3e avant d’apprendre le français pour pouvoir exercer son métier. Le gouvernement m’a envoyé deux étudiants de l’université pour savoir si j’étais capable d’emmener des touristes à Madagascar. C’est moi qui leur ai appris des choses sur leur île. Je connais parfaitement le terrain". Depuis ses 14 ans, Setra a eu le temps de recruter tout un réseau de personnes capables de participer à l’organisation de la descente.

Depuis la gare routière d’Antsirabe, où il glisse à un conducteur de pousse-pousse le nom de ses touristes qui paieront un tarif "spécial vasaha" pour rejoindre leur hôtel, jusqu’à l’auberge des Tsingy, un site touristique classé au patrimoine de l’Unesco, en passant par les piroguiers, les conducteurs de 4X4 pour les liaisons, les hôtels, l’hôtely, et même la petite boutique de brousse où ses clients iront se ravitailler en cours d’excursion pour éventuellement acheter de l’eau ou un peu d’alcool. Le business de Setra est parfaitement rôdé. Mais pas si lucratif que ça au regard des 250 à 300 euros demandés à chaque personne. La descente de la Tsiribihine, couplée avec la visite des Tsingy est un parcours de 7 jours au coeur de Madagascar. Elle est l’une des activités les plus prisés des touristes. Loin des heurts de Tana ou des récents faits-divers de Tuléar, elle emmène les visiteurs dans des paysages flamboyants depuis la Tsiribihine jusqu’aux Tsingy et l’allée des baobabs, mondialement connue. Pendant les trois jours de la descente en pirogue, la quiétude des touristes est à peine troublée par le ballet des oiseaux, le regard espiègle des lémuriens, où par quelques crocodiles occupés à réchauffer leur cuir.

Le soir, un campement est improvisé sur l’un des bancs de sable qui parsèment le parcours. Après avoir ramé entre 8 et 10 heures par jour, les piroguiers plantent le campement et se mettent à la cuisine : riz, légumes ou pommes de terre accompagnés parfois d’un poulet ou d’un canard fraîchement préparé... Les piroguiers répètent le même programme jusqu’à la descente des touristes. Ils mettront entre 5 et 7 jours pour remonter le fleuve, à contrecourant. Pas de moteur évidemment, juste une longue canne à planter dans le sable pour pousser la pirogue. Ici, le temps prend une autre consistance. L’argent aussi. Les guides donneraient jusqu’à 70 euros par pirogue, généralement conduites par deux personnes.

Un rêve quasi-inaccessible

Le tarif comprend la location du "bateau" et le voyage allerretour. À leur retour, les piroguiers ont de quoi "nourrir leur famille pendant quelques jours" affirme Setra. "Quand ils ne descendent pas le fleuve avec des touristes, ils travaillent au champ. Quelques-uns pêchent et les plus jeunes partent pour plusieurs jours de marche chercher des pierres semi-précieuses". Setra aussi n’est pas guide à plein-temps. L’été, quand les pluies l’empêchent d’organiser des excursions, il travaille au champ, avec ses parents, sur leurs terres d’Antsirabe, le grenier de la Grande-Île. En famille, ils s’occupent de ses deux filles. Et ses parents prennent le relais pendant ses excursions. La tête pleine de rêves, Setra a pour ambition d’acheter un 4X4. Il possède déjà une pirogue, qu’il loue à d’autres le temps d’une descente. Mais la voiture est un tout autre investissement. "Je l’aurai", jure Setra.

Pour le moment, il loue des 4X4 à Bélo sur Tsiribihine, ville de passage en direction des Tsingy. Le véhicule est indispensable pour parcourir les 100 kilomètres de piste, en l’espace de... 4 heures. C’est aussi le plus gros poste de dépense de l’excursion. Le rêve de Setra restera longtemps difficile à réaliser. À Madagascar, son salaire lui permet de vivre un peu mieux que l’ensemble de la population. Mais pas plus. Et récemment, il a utilisé ses économies pour aider ses parents, tombés malades. Aléatoire, sensible à la fréquentation touristique, le commerce de Setra n’est jamais à l’abri d’un accident financier. Un groupe de touristes trop important, des dépenses mal calculées, et la semaine peut virer au cauchemar. "Ca ne m’est jamais arrivé depuis que je fais ça", jure Setra dans un grand sourire. Armé de son inaltérable optimisme et d’une détermination sans faille, le jeune guide se bat chaque jour pour faire fleurir son fragile business. Sur son bras, un tatouage résume le fond de son état d’esprit. Il y est écrit "black rastaman". "Je suis un rasta. Mais je ne pratique pas, confie Setra. Ce qui est important, c’est l’esprit".

Reportage : Jean-Philippe Lutton

N.R.

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