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Tout plaquer et monter un café à Madagascar – Témoignage

Vendredi 28 Septembre 2012

Tout plaquer et monter un café à Madagascar – Témoignage
Tout quitter par amour, foncer à Madagascar et y ouvrir un café de jeux de société… Ça semble fou, et pourtant cette madmoiZelle l’a fait ! (source : madmoizelle.com)

Tout plaquer et monter un café à Madagascar – Témoignage
Commençons par le début. J’ai effectué mon stage de fin de master à Madagascar, pays aux mille lémuriens et autre caméléons. À la fin de ce séjour, je rencontre l’Homme. Après dix jours à vivre d’amour et d’eau fraîche, j’embarque dans l’avion de retour les larmes aux yeux et l’estomac au fond des tongs.

Trois mois pour trouver un moyen de m’installer à Madagascar

6 mois passent, durant lesquels on entretient cette relation par textos et environ un minute de « conversation » par semaine. Bah oui, les tarifs bas ne s’appliquent jamais à l’Afrique, pff. Je cherche désespérément un emploi, mais bon, entre la crise à Madagascar et la crise en Europe, pas facile de trouver des projets financés, encore moins quand on a pour seule expérience professionnelle des stages qui ne sont pas vraiment pris en compte. Finalement, je convaincs ma maman de me laisser y retourner, d’une part pour voir si cette relation a vraiment de l’avenir (dix jours, c’est quand même court !), d’autre part pour tenter de trouver un travail sur place. J’ai trois mois devant moi, soit la durée d’un visa touriste.

Pendant ces trois mois, je confirme à qui veut l’entendre que cet homme-là, c’est le bon. Slalomant entre les « Pff, il est avec toi pour le visa » et autre « Fais gaffe qu’il te mette pas enceinte hein », je vis trois mois de pur bonheur avec lui. La recherche d’emploi s’avère aussi difficile sur place qu’en France, mais je ne lâche pas l’affaire. Entre-temps, nous décidons de créer « quelque chose » me permettant de monter une entreprise : ce sera un café de jeux de société, le premier à Tana, la capitale de Madagascar. Le dernier jour de mon visa touriste, le matin de mon départ pour la France, je signe un contrat avec une entreprise locale, en tant que salariée, soit un joli salaire de 100€/mois sans aucun avantage. Je rentre en France, pour annoncer tout ça à ma famille, qui est loin d’être contente et rassurée par mes choix quelque peu… incertains ! Ah oui, monter un café dans un pays en crise, l’un « des plus pauvres » du monde en plus, avec à côté un travail où je me ferai exploiter malgré mon bac+5, forcément ça rassure pas !

Mais je ne me laisse pas faire, l’amour est plus fort que tout. Je repars, pour de bon cette fois-ci.

Bienvenue au T-Toon !

Deux mois après, on ouvre notre café ! Baptisé le T-Toon, librement inspiré du nom de ma chienne qui a fait le voyage avec moi, je suis fière d’avoir enfin accompli quelque chose. Un an après, ça marche toujours, nous avons une clientèle fidèle et de nombreux nouveaux clients tous les jours.

Après cette (longue) introduction, je voudrais vous parler de la vie en expatriation, de ce moment où l’on se dit « Ça y est, j’ai plus de sécu, plus d’appart en France, tout recommence ici ». Au début, c’est forcément merveilleux. Par la suite, c’est toujours chouette mais quelques bémols viennent enrayer cette jolie musique.

Ce qui me manque : les amis, et les fromages qui puent

Je crois que le plus dur, c’est de ne pas avoir d’amis. De vrais amis je veux dire. De ceux à qui tu peux tout dire sans jugement, sans crainte. Ceux-là, forcément, je les ai laissés en France. Vous me direz, à l’heure d’Internet et de Skype, c’est plus facile. Sauf que mes amis en France, ils sont très occupés. Moi aussi d’ailleurs. Aller trouver des plages horaires qui conviennent à tout le monde, c’est pas si évident que ça. Et puis la connexion, ça marche quand ça veut hein ! Ici, la plupart des Français (et étrangers en général) ne restent que le temps de leur job/mission/projet, soit entre 3 mois et 1 an. Je me suis fait une copine. Elle part le mois prochain définitivement. Du coup, je n’ai personne à qui parler et c’est franchement triste.

Mon niveau de vie a pas mal baissé aussi, mais je ne confonds pas cela avec la qualité de vie qui pour le coup, est largement meilleure qu’en France. C’est simple, si je m’amuse à convertir en euros, j’ai l’impression de bosser pour des centimes. À la fin du mois, c’est la joie quand on arrive à mettre de côté 25€ pour éventuellement s’offrir des vacances, un jour. Et c’est pas souvent… J’ai au moins la fierté de ne pas demander d’argent à mes parents (et eux ont la gentillesse de me faire des gros cadeaux de temps en temps pour me faciliter la vie, dernièrement ce fut un ballon d’eau chaude dans la salle de bain, joie, bonheur). Je m’offre à peu près un pot de Nutella (les petits hein) une fois par mois. Je suis en manque cruel de (bons) fromages (qui puent).

Une éternelle « vazaha »

Enfin, je dirais qu’être étrangère à Madagascar, il faut s’y faire. Je peux rester ici encore dix ou vingt ans, je serais toujours « la vazaha » (= étranger, en malgache), celle qu’on peut arnaquer, celle qu’on peut draguer à tous les coins de rue, celle qui ne passera jamais inaperçue. C’est parfois très lassant (et certains mecs dans la rue se sont pris une flopée d’insultes au énième « Bonzour Sssérie ») surtout quand on est de mauvaise humeur. Le reste du temps, on s’y fait, on essaie d’être polie (mais pas trop, faudrait pas qu’il croie qu’il a une touche quand même).

Avec mon chéri, ça va toujours très bien, même si on est passé de l’idéal des débuts aux découvertes plus ou moins agréables de la personnalité de l’autre. Heureusement, on communique beaucoup, même si souvent j’ai l’impression d’être bien plus compréhensive que lui.

Pour conclure, je ne regrette en aucun cas mon choix, puisque j’ai trouvé l’homme de ma vie. J’ai parfois peur de l’avenir, de ce que je vais devenir professionnellement. J’ai finalement quitté mon taf’ (inintéressant au possible d’ailleurs) pour un autre job, à domicile et (un peu) mieux payé (enfin 15€ de plus ah ah ah, ça fait toute la différence !), mais qui me permet de rester plus souvent au bar (qui est dans notre maison en fait). Je cherche toujours un « vrai » boulot, en rapport avec mes études et mes ambitions. En attendant, je fais découvrir aux jeunes malgaches la joie des jeux de société et je me dis que quelque part, c’est pas si mal.


N.R.

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