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Canada: Entretien avec l'écrivain malgache Naivo pour la sortie de son livre aux USA.

Samedi 19 Novembre 2016

Naivo www.madaplus.info
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Naivo de son vrai nom Naivoharisoa Patrick Ramamonjisoa nous fait l'honneur de présenter son livre "Au-delà des Rizières". Voici un entretien très intéressant avec l'écrivain...

Naivo, l’un de vos livres va bientôt paraître aux Etats-Unis. Ce sera le premier roman malgache à être publié en traduction anglaise sur le continent américain. Pouvez-vous nous en dire un mot ?
Oui, j’ai eu le grand bonheur de voir mon livre « Au-delà des rizières » sélectionné par PEN America pour leur programme PEN/Heim Translation Fund. C’est une première je crois. Grâce notamment au talent de la traductrice américaine, Allison Charrette, ce roman a obtenu une subvention pour la traduction et a attiré l’attention d’un éditeur new-yorkais, Restless Books. Je suis invité ce mois-ci à New York pour finaliser ce projet.

Pouvez-vous nous parler un peu plus en détail du roman lui-même ?
Le roman décrit les destins croisés de deux enfants malgaches au XIXe siècle, la villageoise merina Fara et son esclave tanala Tsito. Il retrace en gros les effets de nos premiers contacts avec l’Occident, la façon dont les Malgaches ordinaires ont découvert les idées, les mœurs, le savoir et la religion des Blancs. Cela a eu un impact extraordinaire sur la société traditionnelle à un moment où le pays était déjà déchiré par les guerres de conquête merina, le commerce d’esclaves et les interminables intrigues de pouvoir. Cela a déclenché une confrontation violente entre les tenants de la religion ancestrale et les premiers chrétiens. Fara et Tsito grandiront et chercheront leur voie dans ce contexte de grande agitation et de bouleversement des croyances et des mentalités qui caractérise cette première moitié du XIXe siècle.

Pourquoi un roman historique ?
Pour deux raisons principales. D’abord, je voulais remettre en relief par la magie de la littérature cette période cruciale de notre passé, qui est généralement décrite de façon éparpillée dans les monographies universitaires et les hagiographies chrétiennes. Il faut savoir par exemple que l’arrivée des missionnaires anglais à Antananarivo en 1820 a considérablement influé sur notre trajectoire intellectuelle jusqu’à l’ère moderne. Nous sommes tous encore quelque part, sans le savoir, des « disciples » des révérends Jones et Griffiths… Deuxièmement, je voulais mettre en relief la richesse de notre culture dans un genre littéraire distinct de la poésie mais qui étoffe et prolonge l’œuvre des poètes malgaches comme Jacques Rabemananjara ou Jean-Joseph Rabearivelo. « Au-delà des rizières » reprend à cet égard l’esprit des ohabolana et des hainteny et tente à chaque fois que c’est possible de reconstituer au plus près la vie et les usages des Malgaches d’il y a 200 ans. Les tâches quotidiennes, les loisirs, les événements communautaires et même la façon de s’habiller et la coiffure des femmes.

Quel public visez-vous dans vos écrits ?
J’ai commencé à réfléchir à ce roman quand j’étais encore étudiant à Paris dans les années 90. Il répond à certaines de mes interrogations de jeunesse sur ma culture et mon identité. Avec le recul, je peux dire que j’ai essayé d’écrire le livre que je recherchais en vain dans les bibliothèques quand j’étais étudiant. Un roman qui parle du passé de mon pays d’une façon qui me donne envie de le redécouvrir, sans mentir et ni esquiver les sujets sensibles comme l’esclavage, le visage guerrier du prosélytisme chrétien ou les atrocités liées à l’hégémonie merina. À cet égard, « Au-delà des rizières » s’adresse aux nouvelles générations, qui s’intéressent plus à ce qui nous unit qu’à ce qui nous divise. Et plus généralement à tous ceux qui, à Madagascar et de par le monde, aiment qu’on leur parle de ce peuple singulier qu’on appelle les Malgaches, de leur culture unique et de leur incroyable histoire. Pour cette raison, j’ai tenu à ce que mes livres soient aussi proposés en version numérique sur Amazon. Mes autres écrits portent sur la haute société malgache contemporaine, ses distorsions et ses bizarreries. J’écris aussi des essais plus fouillés sur la culture et la politique sur mon blog naivoharisoa.blogspot.ca.



"Nous ne sommes pas le peuple des mora-mora que l’on a voulu dépeindre depuis l’époque coloniale..."

www.madaplus.info
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Quel message souhaitez-vous transmettre à la diaspora ?
Notre histoire fonde notre identité. Saviez-vous que le roi sakalava Andriamandisoarivo avait terrassé les maîtres de Mazalagem Nova, un puissant comptoir arabe ? Que l’éclat de la civilisation Zafindraminia de l’Anosy avait ébloui les navigateurs portugais ? Qu’en Imerina, Ambohijoky abritait une sorte de république libertaire créée par les Manisotra, véritables « samourais » malgaches dont la vaillance guerrière faisait peur à Andrianampoinimerina lui-même ? Tout cela pour vous dire que nous ne sommes pas le peuple des mora-mora que l’on a voulu dépeindre depuis l’époque coloniale. Nos grands ancêtres étaient des combattants, des aventuriers et des commerçants audacieux. Il fallait une volonté de fer pour tout quitter et parcourir les 7000 km de mer qui séparent l’Indonésie et l’Afrique, puis les 1000 kilomètres qui séparent le continent africain de la Grande Île. Nous sommes des descendants de migrants, par définition ambitieux et entreprenants. Nous avons été vaincus par les Français en 1896 et asservis pendant plus de soixante ans : cela, et le rabaissement de notre culture depuis deux siècles nous a marqué. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Nous traversons aujourd’hui une période de quasi-anarchie mais ce ne sera qu’un épisode de plus dans l’aventure millénaire de notre peuple. Le message est celui-ci : nous pouvons, et devons être fiers d’être malgaches.

Biographie de l'auteur

Naivoharisoa Patrick Ramamonjisoa, qui signe Naivo a grandi, comme enfant de diplomate, dans divers pays du monde avant de suivre ses études à Madagascar, à Paris et au Canada où il vit aujourd'hui avec sa famille. Un temps journaliste et enseignant, il écrit depuis longtemps en français. Alors qu'une de ses nouvelles avait été primée en 1996 au Concours RFI/ACCT, Au-delà des rizières, roman historique où se mêlent la grande et la petite histoire de l'Imerina, est son premier texte publié.
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