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Saint Denis: Trafic d'Artane malgache : les intermédiaires condamnés, les fournisseurs dans la nature

Lundi 19 Février 2018

En avril 2011, 42 000 cachets d'Artane étaient découverts dans un conteneur de produits artisanaux provenant de Madagascar. Les revendeurs locaux ont, hier, écopé de 6 à 15 mois de prison ferme, tandis que les fournisseurs malgaches risquent, eux, de partir jusqu'à 5 années en prison s'ils reviennent un jour dans l'île.

Les magistrats du tribunal correctionnel de Saint-Denis ont examiné, hier, une affaire de trafic d'Artane vieille de près de sept ans... Si les cinq hommes poursuivis pour avoir écoulé les cachets dans l'île ont répondu à leur convocation de justice, leurs fournisseurs malgaches n'ont, eux, plus donné de signe de vie aux autorités depuis belle lurette et ils ne sont sans doute pas près de revenir de sitôt à La Réunion.

Le 5 avril 2011, les douaniers sont intrigués par un conteneur de produits artisanaux malgaches. Le nom de l'un des exportateurs malgaches leur est totalement inconnu.

Il s'agit de Jeannine Rasoarinivo, une femme de 55 ans dont ils n'ont que le numéro de téléphone. Les douaniers ont du flair. Ils découvrent 27 960 cachets d'Artane emballés dans du papier carbone et dissimulés au fond du conteneur. Le tout est d'une valeur marchande d'environ 140 000 euros.

Le lendemain, les douaniers découvrent encore 14 080 comprimés (estimés à 70 000 euros) cachés dans des babioles en bois. Une information judiciaire est ouverte mais celle qu'on appelle « Mme Jeannine » sera finalement remise en liberté et rentrera aussitôt à Madagascar.

Les enquêteurs remontent jusqu'à Sylvain Randriamehenina. Le Malgache de 52 ans surnommé «Cheval» vit avec «Mme Jeannine». C'est lui qui aurait tout organisé moyennant une enveloppe de 10 millions d'Ariary, soit environ 2 600 euros. Le couple a aussi mis leur proche Héritiana Pota dans la combine.

La substitut du procureur Fanny Gauvin a requis, hier, à leur encontre la peine de cinq ans de prison ferme assortie d'un mandat d'arrêt. Le tribunal a suivi la magistrate pour les deux hommes. «Mme Jeannine» a écopé de trois ans ferme. Les trois devront s'acquitter d'une amende douanière de 400 000 euros, du moins s'ils mettent à nouveau les pieds ici.

Un autre homme a lui aussi pris cinq ans de prison ferme avec un mandat d'arrêt à la clé, conformément aux réquisitions. Roland Njelihasina, 33 ans et connu sous le ti nom de «Malgache», figurait aussi aux abonnés absents hier. Dans ce trafic qui durait depuis 2009, c'est lui qui avait pour mission d'écouler toute la marchandise sur le marché réunionnais, explique la substitut Gauvin. «Au départ, il le faisait pour des petits montants, et puis en 2010, on atteint les 8 000 euros, puis les 10 500 euros».

C'est effectivement déjà son nom qu'on retrouve dans le premier volet de cette enquête lancée à la suite d'un banal contrôle de police, le 5 septembre 2010. Le Saint-Andréen Daniel Tandrayen, 38 ans, a deux plaquettes d'Artane sur lui. À son domicile, les policiers découvrent encore 180 plaquettes, du zamal, environ 5 000 euros en espèces, mais aussi un fusil à canon scié.

S'il s'est lancé dans le trafic d'Artane, explique Me Anissa Settama, c'est parce qu'il «voulait gagner de l'argent facilement pour rembourser ses dettes». L'homme avait en effet confié 100 000 euros en billets à l'escroc Jean Bernard Avanandé dans l'espoir qu'il les «multiplie»... La fameuse affaire dite du «wash wash».

Daniel Tandrayen a été condamné à 15 mois de prison tout comme Jean Eddy Turpin, 35 ans et décrit comme un "grossiste" et un proche de "Malgache" qu'il a rencontré dans le cadre du travail. Ce fils de forains saint-pierrois assure n'avoir été impliqué que pendant un an dans ce trafic.

Les trois autres prévenus n'auraient joué que le rôle d'intermédiaires pour financer leur propre consommation. Ils ont écopé de peine allant de six à douze mois ferme. Mais personne à l'audience n'a pris de mandat de dépôt.

Des peines sans commune mesure avec les deux à quatre ans de prison requis par le parquet contre les cinq hommes présents. Sans doute le tribunal a-t-il estimé que cela n'avait plus de sens, sept ans après les faits.

Source Clicanoo
N.R.

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